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Ma mise en examen est programmée

Ce qui n’était pas prévu est finalement arrivé. J’ai reçu une convocation de première comparution à mon domicile la semaine passée. Le Monde vient de l’annoncer. Cette nouvelle intervient au moment où AgoraVox titrait que j’étais à la merci d’un courant violent. On pouvait difficilement trouver meilleure illustration.

Les juges d’Huy et Pons, à la suite des plaintes déposées par Clearstream et le cabinet d’audit Barbier Frinault, et sur réquisitions du Parquet de Paris, m’invitent effectivement à passer les voir le 12 décembre prochain, pour me mettre en examen.

Cette comparution interviendra à la veille de mes procès en appel contre Clearstream.

On me reproche un recel d’abus de confiance sur lequel je me suis déjà expliqué ici.

Je répondrai sans aucune difficulté à toutes les questions qui me seront posées, comme je n’ai jamais manqué de le faire.

Depuis mars 2001, date de la sortie de mon premier livre Révélation$ et du film Les dissimulateurs, j’ai toujours œuvré dans l’unique but d’informer le plus grand nombre, sans jamais enfreindre la loi, sur les pratiques et dérives en cours dans ce milieu très opaque de l’hyperfinance. Je suis allé là où aucun juge n’avait jamais mis les pieds car dans les paradis fiscaux, les magistrats ont pour fonction indirecte mais bien réelle de protéger les criminels.

C’est particulièrement vrai au Luxembourg, siège de Clearstream, où malgré des statistiques souvent avantageuses, agitées par le ministre de la Justice (qui est aussi ministre du Trésor), jamais aucun gros poisson n’a été inquiété. La dernière affaire importante remonte au début des années 1990, où un trafiquant de drogue colombien appelé Jurado a essuyé des plâtres. Il n’y en a pas eu d’autre...

Mon travail, depuis l’appel de Genève, s’inscrit dans une démarche visant à expliciter le pillage organisé de nos économies par le crime organisé et l’aveuglement des politiques et des banquiers sur ces questions. Leur hypocrisie aussi, concernant les paradis fiscaux.

J’ai résisté à toutes les pressions et à tous les pièges qui m’ont été tendus.

J’ai persévéré dans ce travail avec la Boîte noire, puis avec l’affaire Clearstream racontée à un ouvrier de chez Daewoo, notre dernier film, le seul que Clearstream n’ait pas attaqué.

Mes révélations sur la multinationale luxembourgeoise ont d’abord permis de mieux comprendre le fonctionnement de la planète financière, en particulier en ce qui concerne la traçabilité des échanges transfrontaliers, la centralisation en des points stratégiques de l’information financière, l’autocontrôle des banques...

J’ai montré, sans l’ombre d’un doute, que Clearstream était un organisme de compensation formidablement efficace pour des milliers de clients -banques honorables comme sociétés off shore- cherchant à dissimuler des opérations immensément frauduleuses. Et ceci au moins jusqu’en 2002, date à laquelle mon enquête s’est achevée. Il suffit de consulter les annexes de mes livres pour voir que Clearstream a autorisé l’ouverture de comptes à la banque noire d’Elf, à des banques russes douteuses, à des officines blacklistées par l’administration Bush après le 11 septembre, à des banques italiennes impliquées dans des affaires mafieuses. J’en passe et des dizaines...

Ma volonté d’informer le plus grand nombre s’est ensuite concrétisée par la publication en juin dernier de mon livre Clearstream, l’enquête, où j’ai, le premier, révélé les turpitudes et les protections des acteurs de cette tragicomédie à la française. Cette histoire de corbeau est d’abord l’histoire du détournement de mon travail à des fins politiciennes, et en définitive, mercantiles.

Cette convocation judiciaire tombe après que mes téléphones ont été écoutés, mes e-mails piratés, et après que des policiers et un expert en informatique ont perquisitionné mon bureau, recopiant les disques durs de plusieurs de mes ordinateurs, détruisant au passage l’un d’eux.

Avec cette convocation pour ma mise en examen, on est monté d’un cran dans l’extravagance.

Les principaux dirigeants de ce pays - le premier ministre, les ministres de la Défense et de l’Intérieur, comme le président de la République- qui connaissaient bien avant moi les tenants et les aboutissants des manipulations ne sont, eux, pas inquiétés, et bénéficient d’une immunité que chacun pourra apprécier.

Quand on sait que les procès-verbaux d’auditions de témoins sont en ligne avant même que les avocats ne les aient eus entre les mains, on voit que c’est au plus haut niveau de l’Etat que les décisions se prennent, et que des manipulations s’opèrent.

Je suis aujourd’hui la victime non consentante d’une minable guerre politicienne entre sarkozystes et chiraquiens. La Justice est instrumentalisée en ce sens.

Si le nom de Sarkozy a été placé dans les listings, le président de l’UMP a compris très tôt que cette présence pouvait le servir. Et lui permettre d’évincer un rival. Machination contre machination... Fuite contre fuite... Utiliser la faiblesse de l’adversaire pour le mettre à terre. L’opération a d’ailleurs réussi. Sauf miracle, Dominique de Villepin n’a plus aucune chance pour l’Elysée. Et Sarkozy peut parader. L’affaire Clearstream est passée par là.

Aujourd’hui, le Parquet a obtenu ma mise en examen. Les juges ont obtempéré. Cela permet au moins de ne pas parler de l’implication des politiques et d’ouvrir une brèche sur un autre front. Là sont le cynisme et le calcul.

Jacques Chirac, Michèle Alliot-Marie, Dominique de Villepin, mais aussi Nicolas Sarkozy étaient à coup sûr tous informés, au moins depuis juin 2004, du trafic des listings de Clearstream. C’est facilement démontrable.

Ce sont eux qui ont abusé et qui continuent à abuser de la confiance des magistrats instructeurs et des Français.

Moi, qui ai aidé la Justice et les enquêteurs en leur révélant l’ampleur et les éléments de la manipulation des corbeaux dans mon livre Clearstream, l’enquête, débloquant ainsi une instruction qui s’enlisait, je suis aujourd’hui sur le point d’être un receleur d’abus de confiance. Ce nouveau statut ne me soucie pas sur le fond, même si me voir mis en cause à intervalles réguliers dans la presse ne me fait pas particulièrement plaisir.

J’aimerais que cette presse, si réactive quand il s’agit de divulguer des procès-verbaux ou des mises en examen -Le Monde a encore fait fort ce week-end- soit plus curieuse sur le fonctionnement de Clearstream. Et plus solidaire concernant ce qui est en train d’arriver.

Après le retrait du livre des librairies en juin dernier (dans le silence) et les procès à répétition de Clearstream et des banques contre moi (dans le même silence), l’addition commence à s’alourdir en termes de censure et d’atteinte à la liberté d’écrire et d’informer.

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Les réactions les plus appréciées

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    Par Jean-Michel Pierral (xxx.xxx.xxx.129) 27 novembre 2006 12:53

    Cher Monsieur Robert,

    Vous faites honneur au journalisme. Ma compagne est journaliste également et me décrit avec effroi son dégout de la façon de travailler dans les rédactions actuelles. Informations de dépêches coupées, tronquées, information filtrée, orientée, biaisée, concentrée et soumise à la volonté de ses annonceurs avant celle de ses lecteurs. Journalisme de simplisme et de raccourcis, qui se donne bonne conscience avec quelques tribunes d’opinions. Fin de partie pour le watchdog journalism, le journalisme d’investigation.

    On nous dit "si l’affaire du 11 septembre était vraie, il y aurait une cohorte de journalistes pour se pencher sur ce problème, car ils se feraient beaucoup d’argent". C’est en réalité le contraire. Le journaliste qui voudrait se pencher sur ce sujet, briser ce tabou, ce mensonge collectif, entrarait en conflit avec sa hiérarchie, et la hiérarchie de sa hiérarchie, celle-ci craignant d’ouvrir des boites de pandaores trop dangereuses.

    Alors le journalisme d’investigation se meurt. Les journalistes vous trouveront de très bonnes raisons, en privé, pour justifer cela. Mais le résultat est là. Vous êtes Monsieur Robert, l’un des derniers journalistes d’investigation digne de ce nom. Les obstacles que vous avez connu et connaissez sont nombreux et illustratifs. On veut vous manipuler, certains écriront des bouquins sur vous pour vous discréditer (tactique facile mais qui, devenant habituelle, devient de moins en moins opérante), maintenant on tâche de vous poursuivre judiciairement (rien de plus simple d’attaquer quelqu’un qui s’interesse de trop près aux outils des grands pouvoirs financiers, recel d’abus de confiance). Je me souviens d’ailleurs d’une discussion sur un autre forum que je ne citerai pas, où des personnes (de droite) s’insurgaient du fait que l’un de vos informateurs, le consultant auditeur dont j’ai oublié le nom ait eu le toupet de briser l’omerta de la confidentialité. "Le premier qui dit la vérité, il faudra l’exécuter". Votre tort est donc d’avoir révélé des informations confidentielles. Certes, le secret des affaires doit rester confidentielle dans une certaine mesure, pour protéger la concorrence sur un marché. Mais lorsque ces informations révelent des ratiques illégales, elles doivent être prise en compte.

    Va-t-on poursuivre pour recel d’abus de confiance un journaliste qui déciderait de révéler des compositions d’aliments contenant des ingrédients illégaux (même si le secret s’applique sur les recettes et la composition d’un produit commercial ou industriel) ?

    Voilà le monde dans lequel nous baignons, et chacun, isolé, crois ne rien pouvoir, crois percevoir, dans sa myopie, son impuissance. Pourtant, nous tous, citoyens, en nous unissant, en délibérant, en nous engageant pour la vérité dans le monde politique, nous pourrions, tous ensemble briser ces chaînes du mensonge.

    Je pense pour ma part qu’une mobilisation est nécessaire pour empecher votre mise en examen. Nombre de juriste, les cheveux dressés sur la tête me rétorqueront un couplet habituel sur l’indépendance de la justice, indépendance qui en l’espèce est dévoyée, retombant dans son habituelle collusion entre le parquet et le siège.

    L’argument de l’indépendance judiciaire ne tient plus lorsqu’une mise en exament intervient de façon aussi visible, aussi délibérée, à l’avantage du pouvoir politique et financier, eux-mêmes les premiers impliqués dans cette affaire.

    En même temps, mise en examen ne signifie pas condamnation. MAis cela signifie dépenses lourdes que ne peut pas se permettre un journaliste d’investigation.

    Alors quelle doit être notre conclusion ? Peut-on conclure de façon cynique "maintenant, c’est clair pour tout le monde, tout journaliste d’investigation devra assumer seul les risques qu’il prend pour offrir au plus grand nombre l’externalité positive que constitue la diffusion d’informations essentielles sur le fonctionnement concret du monde dans lequel nous vivons. Il devra se confronter seul aux intérêts des immenses puissances financières mondiales. Ca ne nous regarde pas. "

    Ou bien devrions nous au contraire conclure qu’il y a un enjeu clair de service public à protéger ceux qui s’engagent à enquêter, pour le compte du monde entier, afin de diffuser ces informations capitales (même si celles-ci peuvent par la suite être détournées (façon barbouzarde) à des fins politiques.

    Bon courage.

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    Par argll (xxx.xxx.xxx.70) 27 novembre 2006 12:49

    Existe t-il une association de défense pour vous soutenir ?

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    Par Sylvio (xxx.xxx.xxx.38) 27 novembre 2006 14:31

    Attaqué un journaliste qui fait son travail de manière indépendante : grave atteinte à la liberté de la presse.

    Selon Reporter Sans Frontière, la France est passé de la 11e à la 35e place mondial en 4 ans (2002-2006). Nous avons plusieurs echos aujourd’hui de journalistes ou professionnel du milieu de la presse nous tenant à peu près le discours suivant (qui peut également s’appliquer à Clearstream) : "Ce n’est pas dans les médias généralistes qu’on peut parler du 11 septembre. Censure et auto-censure règnent en maître. Si un journaliste fait un papier sérieux sur le sujet, il a toutes les chances d’être refusé."

    Voir aussi ce discours révélateur de John Swinton rédacteur du New York Times : http://www.zore.org/wordpress/les-j...

    Retirer un livre des librairies : grave atteinte à la liberté d’expression.

    Quand est-il au niveau de la liberté d’expression, la France régresse-t-elle ici aussi ?

    Vit-on encore dans une vraie démocratie en France ? Notre devise et nos principes fondamentaux sont-ils respecté ?

    Tout mon soutient et tout mon courage. Félicitation pour votre travail que peu de journalistes peuvent (ou veulent ?) mener.

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