Le 19 mai j’ai eu l’occasion d’aller voir les policiers de Kampot dans leur antre. Cette visite fut enrichissante, un vrai microcosme de la vie cambodgienne dans ses pires dérives.
Que l’on ne se trompe pas, dans cette article je ne condamne pas les policiers, généralement stupides et incultes, mais le système corrompu qu’ils encouragent et qui les fait vivre.
C’est la première fois que j’entre dans un commissariat (au Cambodge), d’habitude je ne recherche pas particulièrement la présence des policiers. Ils sont déjà assez nombreux aux croisements de rues à se reposer tout en extorquant les cambodgiens qui tentent de gagner leur vie.
J’entre donc dans l’enceinte de la police de Kampot (city) pour aider un ami qui a besoin d’un témoin. Sans entrer dans les détails de l’affaire pour protéger les acteurs de la farce, je peux déjà dire que cette histoire est ridicule et serait presque drôle si la vie d’une personne n’avait pas été en jeu. Les policiers ont cherché par tout les moyens à se décharger de leurs responsabilités.
Pendant l’attente que l’on m’avait imposé stratégiquement, j’ai pu observer à loisir les usages d’une visite au poste. Lorsqu’un client entre (de son plein gré) il trouve une demie douzaine de policiers avachis à l’ombre en train de se marrer devant un « soap » cambodgien. Bien sûr personne ne vient à sa rencontre, ce qui oblige le visiteur à s’approcher timidement jusqu’aux hamacs de la maréchaussée. A ce moment, un policier agacé indique à l’opportun un banc au soleil où il peut rejoindre les autres qui attendent que l’on daigne les appeler.
Tout ce théâtre a une seule raison d’être : perdre ou non la face. Les policiers agissent ici dans le but très clair de se montrer supérieurs aux visiteurs. Bien-sûr, ils sont aussi feignants et arrogants, mais ce n’est pas la première raison…
Lorsqu’enfin le contrevenant est appelé, il est invité à parcourir des photos d’accidentés étalées sur le bureau du « chef ». Cette méthode pourrai être efficace si l’on était pas habitués aux images sanglantes. Mais la télévision nous noie sous ce genre de scènes. Donc le conducteur de moto-dop regarde les photos, impassible et obéissant.
Après ce vernissage, le policier demande une somme d’argent au citoyen pour qu’il puisse reprendre possession de son deux-roues. Sur le parking du commissariat, une trentaine de motos ont ainsi été kidnappées par les policiers. La règle pour toute contravention à moto (non port du casque pour le conducteur) est que les policiers prennent en otage le scooter pendant deux jours et que le propriétaire doit payer pour récupérer son véhicule.
Ces « prises d’otages » à répétition représentent une grande partie des ressources des policiers. Avec le droit de passage perçu aux carrefours, un policier double ainsi son revenu.
Pour un novice, les scènes jouées dans ce commissariat peuvent parraitrent naturelles. Mais la vérité est une joute pour garder la face. Pour moi qui n’était pas fautif, il était indispensable que je me montre supérieur aux fonctionnaires qui avaient besoin de moi pour boucler leur affaire. La différence de traitement devenait presque drole si l’on ne songe pas que les khmers doivent composer tout les jours avec ces parasites pour vivre et travailler.
Les services de l’ONU avaient défini un seuil de salaire en dessus duquel un fonctionnaire ne ressent plus le besoin de compléter ses revenus. Un équilibre se fait entre le salaire confortable et la peur de la sanction qui réduit naturellement lacorruption. Au Cambodge, les salaires ne sont pas confortables (moins de 100 dollars par mois) et aucune sanction n’est prise contre ceux qui abusent de leur situation.
La corruption est un mal difficile à juguler, et aucun pays n’en est complètement débarrassé. Le Cambodge fait partie des pays les plus corrompus, et cette situation est la cause principale des difficultés que connaissent les khmers à s’enrichir et progresser dans la société. Il est temps de faire preuve de courage et d’oublier ses intérêts personnels, il est temps qu’un gouvernement mature au service de la société prenne ces décisions simples mais courageuses.
Pour que le Cambodge cesse de vivre sous perfusion de l’aide extérieur, pour que le Cambodge devienne viable économiquement (surtout face à ses voisins impérialistes), il est primordial de lutter contre la corruption en augmentant les salaires des fonctionnaires et en contrôlant strictement les abus de pouvoir.
source : LGV
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