• dimanche 27 mai 2012
  • Agoravox France Agoravox Italia Agoravox TV Naturavox
  • Agoravox en page d'accueil
  • Newsletter
  • Contact
AgoraVox le média citoyen
La fondation Agoravox
  Accueil du site > Tribune Libre > Malaise à l’ANPE...
25%
D'accord avec l'article ?
 
75%
(85 votes) Votez cet article
  • Faire un don
  • Imprimer cet article
  • Marquer et partager

Malaise à l’ANPE...

L’ensemble des organisations syndicales, une première depuis 1991, appelle les agents de l’ANPE à la grève ce jeudi 29 mars. Une grève qui s’annonce bien suivie. Une grève très symptomatique du profond malaise qui atteint les salariés d’un établissement en plein bouleversement... Des salariés qui ne cessent d’être soumis aux injonctions souvent paradoxales des gouvernements successifs.

Le malaise c’est d’abord la crise de sens qui touche aujourd’hui l’ANPE. Le malaise, c’est aussi la crise d’identité professionnelle qui atteint de nombreux salariés de l’établissement public... L’ANPE, c’est un service dit public de l’emploi qui oriente chaque jour des demandeurs d’emplois vers... ses concurrents ! Dans quel autre secteur d’activité a-t-on connu pareille injonction paradoxale ? On demande désormais aux agents publics de trier des demandeurs d’emplois suivant leur durée et leur niveau d’indemnisation : les opérateurs privés ne sont en effet intéressés que par les « chômeurs rentables », c’est à dire ceux dont l’indemnisation est suffisante pour réaliser des profits. On imagine aisément le malaise provoqué par cette approche strictement pécuniaire... Une approche se situant à mille lieues des valeurs de nombreux agents publics encore et toujours attachés à un service aux des usagers déconnecté des éléments d’ordre pécuniaire. Comment cela est-il possible ? Les opérateurs privés répondent aux appels d’offres de l’Unédic qui est le financeur de ces opérations ; l’Unédic qui est aussi le « partenaire privilégié » de l’ANPE et surtout, de plus en plus, son financeur ! Alors quand votre financeur vous donne des ordres...

Le malaise découle aussi de l’absurdité des politiques publiques de lutte contre le chômage qui sont mises en œuvre depuis trois décennies. Les injonctions sans sens des gouvernements successifs n’ont jamais cessé... Les politiques devaient agir face à ce chômage médiatisé qui ne cessait de croître... Ils ont donc agi ! Tous les pouvoirs ont créé des nouvelles mesures afin de lutter contre le chômage. Avec le succès que l’on sait ! Mais les mesures se sont empilées formant un tout bien plus caractérisé par sa sédimentation que par son efficacité dans la lutte contre le chômage. Très vite, la seule priorité non dite des gouvernants est simplement l’affichage d’un chiffre épuré du chômage qu’ils auraient toujours voulu voir à la baisse... Et là se multiplient les dispositifs visant à sortir les chômeurs de la catégorie 1 des chômeurs, celle qui est médiatisée. Les agents de l’ANPE se sont toujours adaptés aux diverses mesures de ces traitements statistique et social (emplois aidés) qui ont désormais montré toutes leurs limites. Espérons que le temps viendra bientôt d’une approche totalement renouvelée de l’accompagnement des demandeurs d’emplois. Une approche qui apparaît enfin au travers des débats sur la sécurité sociale professionnelle. Il y a en effet une responsabilité collective à faire en sorte que les transitions professionnelles soient enfin sécurisées. Cela est essentiel au moment même où la notion traditionnelle de carrière (une seule entreprise où l’on progresse régulièrement) est remise en cause.

Le malaise découle enfin de l’image de l’Agence. L’agence serait inefficace... Pour faire des économies, il faut la fusionner avec l’Unédic clame Nicolas Sarkozy. Le mauvais fonctionnement du service public de l’emploi serait même responsable du chômage ose affirmer un rapport à paraître du Conseil d’orientation pour l’emploi (COE)... Dans ce contexte, il faut rappeler quelques réalités.

L’ANPE reçoit tous les demandeurs d’emplois et tous les responsables d’entreprises qui le souhaitent. L’ANPE est le seul acteur du placement à ne pas trier et choisir ses usagers. Elle s’intéresse et accompagne nombre de chômeurs non indemnisés. Ce traitement de masse n’est bien évidemment pas sans conséquence : plusieurs agents ANPE ont près de 200 demandeurs d’emplois dans leurs portefeuilles de suivi mensuel alors que les opérateurs privés ne dépassent généralement pas la cinquantaine de chômeurs suivis par salarié.

Il est aussi essentiel de rappeler que le placement n’est qu’une partie de l’activité des ANPE. Prospecter des offres d’emplois, réussir des recrutements en nombre, travailler sur le projet professionnel à travers une démarche d’orientation... Telles sont aussi les activités quotidiennes de l’ANPE. Des activités peu voire pas valorisées. D’ailleurs, lorsque les opérateurs privés n’arrivent pas à réaliser le placement d’une personne, ils se tournent souvent vers... l’ANPE ! Des opérateurs qui ont certes quelques activités communes avec l’ANPE mais des opérateurs qui, c’est certain, ne connaissent pas l’exhaustivité du métier de conseiller à l’emploi.

L’ANPE n’a donc pas fini de faire parler d’elle. Elle doit bien évidemment évoluer. Elle se soit aussi d’être pleinement efficace. Mais la légitimité et la nécessité d’un service public de l’emploi auprès des privés d’emplois devraient être une évidence pour tous. Une ANPE qui devrait être le cœur de la mise en œuvre des nouvelles solidarités dans notre société de demain.

par Patrick Salmon (son site) jeudi 29 mars 2007 - 35 réactions
25%
D'accord avec l'article ?
 
75%
(85 votes) Votez cet article

2 moyens pour donner

Don défiscalisé 10€ ou plus

Obtenez une réduction fiscale de 66% avec un e-reçu. Un don de 10 € ne vous coûte que 3€40.

Grâce à votre aide, AgoraVox peut continuer à publier plus de 1000 articles par mois. En donnant à la Fondation AgoraVox, vous offrez un soutien à la liberté d'expression et d'information.

Les réactions les plus appréciées

  • Par parkway (xxx.xxx.xxx.161) 29 mars 2007 15:45

    c’est marrant, moi j’ai pas compris comme ça ;

    moi j’ai lu que le chômage était dû aux financiers et au médef qui profitaient de la peur du chômage pour baisser les salaires.

    L’ANPE, est dirigée par des politiques amis des financiers.

    D’oùle malaise des employés de l’ANPE obligés de jouer les fachos.

    J’ai cotoyé des employés de l’ANPE pendant 5 ans ; à part une connasse, tous faisaient ce qu’il pouvait.

    Effectivement, les offres d’emploi étaient inappropriées ou déjà prises, mais je me refuse de taper sur des gens qui ne faisaient que ce qu’on leur disait de faire ;

    les responsables ce sont les gros lards qui les dirigent, qui eux-aussi sont fonctionnaires.

    ne nous trompons pas de cible...

  • Par serge guégan (xxx.xxx.xxx.39) 29 mars 2007 18:34

    En France - pays des moutons - il est à la mode, dans l’air du temps, de critiquer le service public et les fonctionnaires. Si cette critique est raisonnée, passe encore... Mais la plupart du temps c’est le petit démon individualiste qui est en chacun de nous qui parle...et surtout, se contredit. Car dans le même temps où l’on dénonce le coût et les privilèges de la fonction publique on peste dans une poste parce qu’il faut attendre 3 heures pour retirer un recommandé : "ils pourraient mettre du monde aux guichets, c’est un scandale ! Si c’était moi le chef ici, tu verrais çà, je te les ferais bosser !" etc. Passons...Le sujet est inépuisable...

    Pour revenir à l’ANPE, je suis de ceux qui pensent que le maintien et l’amélioration du service public sont essentiels dans ce domaine comme dans beaucoup d’autres d’ailleurs. Si l’ANPE est relativement inefficace, ce que je pense, ce n’est pas une raison pour l’enterrer. Bien au contraire. 1) La mise en concurrence d’un malade ne peut que le tuer. Avant de le mettre en concurrence il faut le soigner... 2) La mise en concurrence ne doit intervenir s’agissant d’un service public que dans des domaines non stratégiques pour l’"usager" (les chômeurs s’agissant de l’ANPE). C’est à dire au final dans très peu de domaines, voire dans aucun. 3) On ne doit pas entrer dans une logique du droit du demandeur d’emploi à une plus ou moins grande efficacité du service à son égard en fonction de ses ressources ! Ou alors il faut réserver l’efficacité aux plus pauvres et aux plus fragiles, et pas l’inverse ! 4) On ne peut pas soigner sans remèdes, être efficace sans moyens, développer sans investir.

    Pour moi il faut d’abord et à la fois augmenter substantiellement l’effectif, les compétences, les moyens (outils...) et l’efficacité des agents. Le suivi individuel est essentiel, encore faut-il qu’il soit efficace. En l’espèce l’efficacité commence par une réelle aptitude à comprendre et à résoudre (si possible) le problème du demandeur d’emploi, ce qui ne va pas sans une réelle disponibilité et une réelle expérience (humaine et professionnelle). Il ne s’agit pas de vendre des cacahuètes mais d’aider un être humain - qui a droit, au minimum, au respect et à la dignité - à trouver un boulot et pas n’importe lequel. Il y a, à l’évidence, une réelle nécessité de recruter au sein de l’ANPE des hommes et des femmes qualifiées, de talent, avec des profils très diversifiés ! A partir de là beaucoup de choses pourront et devront être changées et améliorées dans le cadre d’un plan d’ensemble qui ne doit pas être remis en cause à chaque élection. C’est notre problème à tous, pas celui d’un parti, encore moins celui d’un homme ou d’une femme. Soit dit en passant je constate que notre constitution (pas l’européenne, la française !) est muette sur la question du travail et de l’emploi ! Apparemment çà ne choque personne !

    Pour ne citer qu’une seule amélioration urgente : refondre au plus vite la codification métier ROME qui est complètement décalée par rapport aux segmentations utilisées dans la réalité de notre société moderne. Faites un test sur le site de l’ANPE et vous verrez immédiatement qu’il peut être très difficile de se classer d’une manière précise et différenciée. Cà prouve une chose : c’est qu’il y a un énorme boulot de repérage, d’identification et de classification des activités et des professions (en particulier dans les services, et, par définition, dans les secteurs émergents, lesquels émergent de plus en plus vite et fort)...

    Vouloir confier la remise au travail des chômeurs au secteur privé est une monumentale connerie à court terme, une illusion à long terme. Car le chômage n’est pas un simple problème économique conjoncturel plus ou moins bien traité dans tel ou tel pays...C’est un problème structurel, un problème de civilisation, de choix de modèle de société. De mon point de vue - la mondialisation, la productivité, la concentration, la nécessité de protéger notre environnement, l’allongement de la vie, et toutes autres contraintes et contradictions aidant - le travail et le profit marchands, érigés en ce moment en valeurs suprêmes, ne seront pas éternellement le vecteur principal dans lequel s’inscrira l’activité (rémunérée) des hommes. Je pense même qu’avant la fin de ce siècle ce sera peut-être déjà un vecteur secondaire. Dès lors parler de chômage n’aura plus du tout le même sens qu’aujourd’hui, voire plus de sens du tout. C’est dans cette nouvelle civilisation, plus relationnelle, que nous sommes en train d’entrer. Il faut l’anticiper intelligemment en faisant du chômeur d’aujourd’hui le nouvel acteur fort ne notre société de demain. Pour cela notre image réductrice du chômage et notre conception étriquée du travail devra changer.

    Serge Guégan

  • Par malik (xxx.xxx.xxx.211) 29 mars 2007 23:14

    et demain mademoiselle, ça sera pire pour vous car vous n’aurez plus le choix, vous irez faire du ménage ou vous crèverez dehors, parce que vous croyez que les politiques en ont quelque chose à faire de vos diplomes et compétences, et bien non, ils veulent diminuer le taux de chômage, nuance, et pas la précarité : de la part d’un ex chomeur

  • Par titi (xxx.xxx.xxx.180) 30 mars 2007 08:48

    Histoires droles : Je précise : je sais lire et écrire. je comprends (du moins je le pense) ce qu’on me dit. Les formulaires incompréhensibles, bah je les comprends et je pense bien les remplir.

    Ma vie professionnelle étant mouvementée, j’ai eu plusieurs fois à faire à l’ANPE.

    1. Un jour au guichet, je viens voir un conseillé concernant une annonce. Il me demande le n° de la annonce. Il n’y en avait pas. Impossible me dit il !!! Et pourtant c’était le cas... car c’est l’agence ANPE qui recrutait, et c’était son nom qui figurait comme personne à contacter. Il n’était pas au courant. L’annonce était à 1,5 m de lui.

    2. Vu que j’étais diplomé on m’a inscrit d’office dans un "club de chercheurs d’emploi". Je devais aller démarcher les entreprises avec mes petits camarades. Bien sur mon essance ne m’était pas remboursée. Ni mon téléphone. En discutant, j’apprends que mes "contacts" sont comptabilisés dans les "contacts" effectués par les conseillés qui eux sont payés pour celà, et ne se bougaient pas les fesses de l’agence.... Bien content...

    3. Je suis licencié, je retrouve un travail à 80%. Je reste inscrit, car je souhaite trouver à 100%. Off course. Je suis donc indemnisé à 20%. normal. Je précise à l’ANPE les jours où je bosse.... il me convoque un jour où je bosse... j’envoie un courrier pour dire que je peux pas venir car je bosse... je recois un courrier pour dire que je vais être radié car je ne suis pas venu et que je n’ai pas d’excuse mais que je peux encore m’expliquer si je viens les voir un jour à une date où... je bosse... je renvoie un courrier en recommandé JE BOSSE... je suis radié... je suis réintégré celà uniquement grace à ma preuve de distribution du recommandé... mais je suis réintegré à 100% au lieu de 20%... je suis après harcelé par l’Assedic pour les 80% trop percus... recommandés... etc... Moralité si vous êtes chomeur et trouvez une activité à temps partielle pour assurer la "soudure" entre deux pleins temps, refusez la.

    Maintenant une histoire vraie (je vais faire un peu de pub mais bon...) Je suis licencié : j’ai mon recommandé à 10h00, sans obligation de préavis. à 14h je suis chez Manpower et j’explique mon cas. Le conseiller prend son téléphone, et me fait patienter. à 16h j’ai un entretien d’embauche. à 18h j’ai le contrat d’interim (3 mois) dans ma poche 3 mois plus tard le contrat se transforme en CDI.

    Bah voilà. Le conseillé Manpower c’était un vrai pro. Je n’avais pas exactement le profil correspondant à ce que voulait sa cliente, mais il a su décrocher l’entretien à ma place. A moi de faire le reste. Les employeurs parlent compétences/expérience et les chomeurs diplomes/formation. Ce gars a su faire la traduction. A l’ANPE, à l’époque, ils parlaient code ROME, et en semblait bien content... Boljemoï.

Réactions à cet article

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


Faites un don
Palmarès

Agoravox utilise les technologies du logiciel libre : SPIP, Apache, Debian, PHP, Mysql, FckEditor.


Site hébergé par la Fondation Agoravox