@à l’auteur,
Je suis athée, je ne souhaite rien
tant que la disparition progressive en France, de toutes les
religions monothéistes, mais pourtant, je ne suis pas du tout
d’accord avec votre espèce d’indignation qui n’est fondée sur rien
d’autre que sur l’état des moeurs à un moment donné. Or, ce qui
convient à la masse, confusément et sans réflexion, n’est pas nécessairement désirable : le populisme
et la démagogie n’ont jamais été parmi les principes du bon
gouvernement.
Déplaçons un peu le problème : après
la question du mariage homosexuel viendra la question de
l’élimination des vieux. 70% des Français, qui pensent aux
embêtements que risquent de leur causer dans les derniers mois de
leur vie leurs vieux parents, souhaiteraient qu’il y eût des moyens
légaux de les éliminer. Les vieux coûtent cher à la sécurité
sociale, si on pouvait les exterminer dès qu’ils commencent à
devenir embêtants, cela représenterait des économies
considérables. Or un tel projet, qu’on ne peut en rien comparer à une loi sur l’avortement, dont vous prétendez faire vos choux gras,
est d’inspiration carrément néonazie. Les catholiques y sont
opposés, ils ont raison. L’athée que je suis, et beaucoup d’autres
seront dans ce combat du même côté que les catholiques.
La question du mariage des homosexuels
est évidemment d’une bien moindre gravité. On est là dans le
ridicule et le vaudeville. J’avais vingt ans en 68 et je me suis
toujours moqué du mariage, comme Brassens dans la chanson où il
s’adresse à sa petite amie et lui déclare qu’il a « l’honneur
de ne pas lui demander sa main ». L’amour est libre et je vois
mal par quel miracle le mariage qui signale une certaine forme de
conformisme imbécile chez les hétérosexuels pourrait devenir
admirable chez les homosexuels, surtout lorsqu’ils singent les pires
niaiseries des mariés ordinaires ; cela ressemble trop, pour qui a
un minimum de culture, aux amours de Néron épousant l’esclave
Sporus après l’avoir fait châtrer, ou bien aux fantaisies
d’Héliogabale racontées dans « L’histoire auguste ».
Les moeurs de la décadence romaine ne me choquent pas
outre mesure, je les trouve même assez comiques, mais je ne
peux guère les prendre au sérieux. D’autant moins que beaucoup
d’homosexuels – et l’histoire littéraire en est remplie, qui ne
manquaient ni de talent ni de génie – se sont toujours posés non
pas en conformistes mais, comme Gide, en contestataires assez
radicaux de l’ordre établi.
Que les homosexuels se marient donc si
ça les amuse, je m’en fous, mais je me réserve le droit d’en rire
autant que d’un couple hétérosexuel qui se joue la comédie du
parfait amour et divorcera dans trois ans.
Ce qui me paraît beaucoup plus grave,
c’est la question des enfants. Autrefois, ceux-ci apparaissaient
d’une manière naturelle et assez inévitable après quelques années
de partage du même lit, il n’y avait même pas à les vouloir, les
méthodes contraceptives étaient si rudimentaires et si aléatoires
que les malheureux parents étaient bien obligés d’assumer, ce
qu’ils faisaient en général plutôt bien. Depuis qu’on peut choisir
avec une absolue certitude de ne pas faire d’enfants, et donc de ne
pas être responsable, demain, de leur mort (quelques dizaines
d’années, on sait bien que c’est demain) le problème est un peu
plus compliqué. Philosophiquement, il ne me paraît pas possible de
vouloir, en toute conscience, mettre au monde des condamnés à mort,
de faire cadeau d’un fruit qu’on sait pourri de l’intérieur.
Beaucoup de couples ne peuvent pas avoir d’enfants. On ferait mieux
de leur représenter que ce n’est en rien une tare, et même plutôt
une chance ; une psychothérapie pourrait même, dans bien des cas,
les aider à dépasser, lorsqu’ils ne sont pas très philosophes, le
conformisme ambiant qui les induit à vouloir être « comme
tout le monde ». Cela vaudrait mieux que le recours à toute sorte d’artifices chirurgicaux ou aux mères porteuses.
Les homosexuels ne peuvent pas avoir
d’enfants. Ils sont dans la même situation qu’ils ont tout de même
partiellement choisie, mais on sait bien qu’on ne peut pas avoir le
beurre et l’argent du beurre. Pourquoi , à l’imitation des couples
stériles, voudraient-ils « avoir » des enfants ?
Assurément pas par altruisme : à voir la plupart des couples
ordinaires, on plaint souvent leur malheureuse progéniture et on
regrette pour eux que la capote anglaise ou la pilule n’ait pas
fonctionné. Ils veulent « avoir » des enfants comme on « a »
une bagnole, une maison, une télévision ou un réfrigérateur (rappelons-nous la chanson de Boris Vian !). Parce
que cela convient à leurs fantasmes et qu’ils ont besoin de ça pour remplir un peu le vide, qu’ils ne savent pas remplir autrement, de leur existence. Si c’est un droit, pour tous,
d’ « avoir » des enfants, dès lors il faudra bien
leur en fournir.
Vous voyez bien la nécessité, à partir de là,
d’un marché de l’adoption et d’un système de production d’enfants à mettre à la
disposition des couples stériles ou homosexuels. Ne pas le
concevoir, ce serait être incapable de voir plus loin que le bout
de son nez ; ce serait comme ne pas voir que l’euthanasie implique la
création d’une nouvelle fonction, celle de tueur. Il n’y avait qu’un
bourreau en France avant l’abolition de la peine de mort. Combien
faudra-t-il de tueurs, demain, dans les abattoirs que seront devenus
les hôpitaux, si on laisse faire ces démagogues imbéciles et
criminels que sont les socialistes ?
En outre, je trouve que vous passez un
peu vite sur la questions de savoir ce que cela peut signifier, pour
un enfant, d’avoir deux pères ou deux mères. Deux mères, passe
encore, j’aurais trouvé cela, en ce qui me concerne, plutôt
agréable, mais deux pères ! quelle horreur ! Et quand on sait ce
que sont dans les familles les difficultés que rencontrent certains
enfants lorsqu’il apparaît que leur sexualité les porte vers les
jeunes du même sexe, on peut bien se demander ce qu’il arrivera
aussi dans la famille homosexuelle, et ce que sera la déception
lorsqu’il apparaîtra, malgré le « bon » exemple qu’on
croira avoir donné, que l’enfant est carrément hétérosexuel. A
l’âge où l’on s’oppose nécessairement à ses géniteurs, il est à
craindre que celui-ci ne redécouvre les vieux thèmes de
l’homophobie, lesquels lui donneront un soubassement idéologique lui
permettant de développer une haine des parents – c’est assez
banal – d’autant plus légitime, pour lui, qu’ils ne seront que des
parents adoptifs. Pourquoi, dira-t-il, ne m’a-t-on pas mis chez des
gens « normaux ». Pourra-t-on lui répondre : mais c’est
que vos parents avaient bien le droit d’avoir des enfants comme tout
le monde ! L’enfant, dans un tel contexte, on le voit bien, n’est
plus qu’un accessoire, un signe extérieur de la normalité et un
élément de confort. On peut quand même rêver mieux pour son
semblable !
PS- Je n’ai pas le temps de me relire et on voudra bien excuser les fautes et les maladresses.