Le 2 avril 2012, j'ai eu l'opportunité être invité par LCI, Jean Baptiste Marteau, à participer à un débat avec Marine Le Pen sur les enjeux du numérique. Le débat a été élargi à toutes les questions de politique générale débattues actuellement sauf la sécurité et l'immigration. Retour sur une rencontre marquante.
La rencontre qui s'est passée Quai de grenelle, à Cap21 s'est déroulée pendant 2 heures qui ont, au final, parues trés courtes mais nous y reviendrons.
Tout d'abord, quelle impression personnelle me laisse Marine Le Pen ?
Les seuls hommes ou femmes politiques de premier plan que j'ai approchés et à qui j'ai parlé s'appellent Philippe Seguin et Michel Rocard. C'était et ce sont des personnes que j'estime 'naturellement' et à qui je prête volontier des idées généreuses et fondatrices. Je suis né à Lyon, les Raymond Barre - Maire de la ville quand j'étais 'jeune' - ou encore les François Bayrou sont pour moi des modèles de pensée politique cohérente voire courageuse.
Voilà pour mon background "de rencontres politiques". J'ai fait aussi de la politique pendant plus de 10 ans avec la Ligue ODEBI au plus proche des problèmatiques Internet, ai été entendu au sénat sur la LCEN en 2004 bref..le monde politique me passionne depuis mes 9 ou 10 ans et tout me semble - in fine- assez familier.
J'ai fréquenté les anarchistes, ligue communiste révolutionnaire de l'époque et autres militants d'extrême gauche pendant mes études d'assistant social tout en étant impliqué dans le Rotaract, organisation issue du Rotary et où mes amis se comptaient à l'époque dans les rangs de la droite classique.(RPR, UDF ou De Villiers).
Seul le Front National échappait pour l'instant à ma curiosité dans le sens où j'ai une aversion naturelle aux discours stigmatisants ou qui pointent du doigt les plus faibles ou les plus fragiles dans notre société , en particulier les étrangers dans des situations difficiles : mon histoire personnelle étant assez sensible sur ces points précis.
Pourquoi rencontrer Marine Le Pen ?
Tout d'abord l'approche que j'ai de Marine Le Pen est une approche républicaine. Je suis moi-même candidat aux élections législatives pour les français de l'étranger en Suisse. Je trouve complètement anormal que les partis en dehors du PS et de l'UMP soient stigmatisés, ostracisés et caricaturés.
J'ai aussi une approche "Lyonnaise" de la politique dans la droite ligne des Noirs, Barre et Colombs qui considérent et considéraient les partis politiques comme des prisons desquelles il faut sortir quand les enjeux le commandent. Une étiquette ne dit rien. Je veux aussi rencontrer les hommes et les femmes qui les portent ou les revendiquent.
De plus la campagne présidentielle Française de 2012 est affligeante.
Seuls les candidats hors système arrivent à pousser des sujets dérangeants et veulent débattre.
Nicolas Sarkozy a comme seul objectif une ré-élection qui lui assurerait finalement une immunité juridique tant son avenir juridique semble très difficile alors que François Hollande a guère plus de charisme qu'une moule anoxerique.
François Bayrou, que je soutiens, a un discours qui devient inaudible tant son coté père fouettard semble fatiguer maintenant les Français.
Il est toujours victime d'une caste médiatique qui le classe dans les mous alors même qu'il est un des rares à avoir des convictions fortes.
Marine Le pen a une cohérence et une logique claire même si je suis idéologiquement loin d'elle.
Il était donc interressant de l'approcher, de lui parler et de débattre.
Un repas rapide avec Marine Le Pen
A 13h00 (2 heures avant le débat), les participants avaient rendez vous dans une brasserie parisienne pour le déjeuner. Telle ne fût pas ma surprise de découvrir Marine Le Pen et une partie de son équipe de campagne avec une partie des blogueurs intervenants et les journalistes LCI.
Je serre la main sans trop de rendre compte que c'est Marine Le Pen et fait de même ou presque avec tous les participants.
Au bout de quelques minutes, je m'aperçois bien que je suis à la même table que Marine Le Pen.
J'avoue m'être senti mal à l'aise tant le coté "intouchable" des Le Pen est encore ancré en moi. Je suis de la génération des campagnes contre le racisme, de la montée puis de la chute du MRAP et SOS RACISME , des "touche pas à mon pote" et le FN représentait à l'époque l'ennemi absolu, le mal incarné.
Malgré les idées de la droite "dure" (nous reviendrons plus tard dessus) ne me sont pas étrangères et j'ai l'habitude aussi de les côtoyer. Mon collégue de gauche, journaliste, et ancien blogueur "de droite" me permet d'engager des conversions interressantes sur la liberté et l'identité. Nous sommes bien à une table "de droite" "droite".
Au passage sa définition de la ligne de fracture autour d'Internet me parle et permet de mettre en lumière une vrai singularité du débat sur Internet que j'ai développé lors d'une émission radio sur la radio suisse (RTS) sur Medialogue :
http://www.rts.ch/la-1ere/programmes/medialogues/3870292-medialogues-04-...
Ce sont bien les souverainistes, "les identitaires", voire ceux qui manient la xénophobie au quotidien qui deviennent les plus ardents défenseurs d'un net libre.
Je me détends, finalement le "diable incarné Le Pen" apparaît comme beaucoup plus sympathique que prévu.
Pour le reste, c'est un repas rapide, où la candidate à l'élection présidentielle apparaît sûre d'elle mais sous une très forte pression. La tension de la fin de campagne est palpable, un stress évident se dégage de l'ensemble de l'équipe Le Pen.
On parle politique et stratégies politiques des autres candidats : Sarkozy,
Hollande Vs Mélenchon. Bayrou, lui, est absent des conversations comme si son statut de 3éme homme avait disparu des esprits.
Marine Le Pen pense qu'Hollande devrait "étriller" Mélenchon histoire de bien négocier la suite avec lui tout en soulignant que le score de l'extrême gauche "est classique" (15%) et qu'il n'y a donc pas de poussée de ces courants.L'effet repoussoir de Mélenchon pour la gauche démocrate classique est aussi évoqué. Quid de ministres communistes ou d'extrême gauche dans le gouvernement Hollande ? on se pose la question.
Sarkozy, lui, est unaniment vu comme "sans convictions" et avoir comme seul programme sa propre ré-élection.
J'avoue que j'approuve totalement ce point là.
Les échanges sont à la fois légers mais sérieux.
L'équipe Le Pen avec des journalistes à table est toujours en campagne et concentrée.
Marine Le Pen, elle, est 'naturelle' et semble jouer aucun rôle.
Evidemment pas de petites phrases déplacées ou autres pics qu'on aurait pu attendre de son père.
Marine Le Pen est d'une autre génération et contrôle à priori parfaitement son image, son discours et les gens qui l'accompagnent.
Il se dégage une impression de "pros" focalisés sur l'objectif.
A noter aussi que le débat derrière est préparé. Nous le verrons. Marine Le Pen se plaît à présenter d'elle une image de bosseuse. Je ne l'ai pas côtoyé suffisamment pour savoir si cette image correspond ou pas à une réalité mais l'impression donnée est convaincante.
2 heures avant un débat qui lui permet de contourner les règles sur les temps de parole, elle a potassé le sujet du numérique, c'est sûr et elle le montre déja.
Depuis le début de la campagne, les candidats ne parlent qu'à leurs propres troupes.
Les meetings ne servent qu'à s'adresser aux journalistes qui prennent ce qu'ils veulent. Bref, ce n'est pas une campagne où les différents partis s'affrontent.
Tous le monde se comporte comme si l'élection se jouait avant tout en mobilisant son propre électorat "naturel" ce qui peut dailleurs expliquer les faibles variations de score dans les sondages .
Je m'aperçois vite que ce débat n'échappera pas à la règle. Parmi les blogueurs présents, deux représentants du site "français de souche" et pas de blogueurs qui sont véritablement des chiens enragés du combat contre le FN.
Le débat est retransmis en direct sur Twitter et en vidéo sur le site du FN.
La plupart des intervenants sur Twitter sont des militants du FN et les questions sont donc avant tout là pour mettre en valeur leur candidate.
Marine Le Pen, candidate des anonymous ?
La moitié du débat va se concentrer sur la liberté d'expression en règle général et sur internet en particulier. On va aussi passer par HADOPI. Viendra ensuite la 5éme république mais le débat restera soft dans sa forme et sur le fond.
Marine Le Pen affiche une position quasi libertaire en se prononçant pour une liberté totale d'expression.
Un tweet lâche même "Marine Le Pen candidate des anonymous" tant son discours va au-delà de ce qu'on a pu entendre dans la classe politique Française.
Voir mon analyse sur la RTS (Radio Suisse Romande), le 4 avril 2012 en direct sur MediaLogue :
http://www.rts.ch/la-1ere/programmes/medialogues/3870292-medialogues-04-...
Elle évacue les questions relatives à l'aspect supranational de l'internet voire hostile à son encontre (les anonymous adorant se farcir du site d'extrême droite).
De plus sa posture est celle de quelqu 'un qui n'exerce pour l'instant aucune responsabilité gouvernementale et elle se plaît à se placer en défenseuse de la liberté "absolue" allant jusqu'à dire que la France accorderait sous sa présidence un asile numérique aux dissidents par exemple.
Elle se garde de partir sur Anonymous ou WikiLeaks malgré des questions sur ces 2 sujets. Elle évacue habilement les réponses les concernant.
Elle drague ouvertement l'électorat jeune sur ce point à priori. Sa position n'est pas incohérente car certaines lois comme la Loi Gayssot par exemple ont souvent été un problème pour le FN.
Sur HADOPI, elle défend le modèle de licence globale que je trouve à titre personnel être qu'un impôt supplémentaire injuste.
Ce coup-ci cela parait être une position "tactique" pour ne pas trop froisser de monde tout en restant "cool" pour les jeunes.
J'ai essayé de la titiller dessus mais les réponses sont bien préparées même si on sent qu'evidemment elle n'est pas "une spécialiste" de l'aspect technique de la mise en place de ce nouveau "machin" que serait une licence globale.
Elle revient donc sur ce qui est sa profession : le droit et le rapport au droit. C'est plutôt habile.
Vous pouvez voir cet extrait concernant la licence globale, juste ici :
Pour ma part je reste convaincu que la Licence globale est une arnaque et un piège pire que l'HADOPI toute seule.
C'est un simple confiscation de richesse aux profits des plus riches qui auront le droit à une distribution gratuite [1], continueront à toucher la taxe sur les supports vierges (malgré des demandes insistantes de ma part, elle ne répond rien à ce sujet) et en plus toucheront les fruits d'un impôt spécial qui touche tous le monde.
En matière de numérique, elle sent qu'elle occupe un espace peu pris par les autres candidats, et elle en profite. ACTA, HADOPI, ect.. sont citées et rejetées.
Pendant 1 heure, l'ensemble des participants sont en fait d'accord avec elle car le rejet des lois libertiticides fait évidemment consensus.
Ce ne sont que les modalités de mise en oeuvre de certains mécanismes comme la licence globale, la contradiction avec le caractère supranational d'internet et sa volonté de construire un Etat national "fort" qui viendront un peu mettre de tensions mais très lègérement.
J'attendrai pour ma part de voir si cette liberté absolue serait aussi absolue qu'elle le prétend si elle était au pouvoir. Une heure de débat sur la liberté d'expression et le numérique....et on bascule sur le terrain politique classique avec la moralisation de la vie publique.
Là je la trouve "timide", trés empruntée.
Elle ne remet pas en cause l'immunité présidentielle ni propose aucun aménagement à ce sujet du type *empêchement américain". Aucune charge contre le président en place alors même qu'on n'a jamais eu un président aussi entouré d'affaires.
Elle demande une absence de condamnation pour les élus dans le cadre de leur gestion mais se garde bien de dire "casier judiciaire vierge". Elle pointe aussi la responsabilité des électeurs qui élisent des repris de justice.
Les propositions sur le renouvellement des politiciens sont maigres et tournent principalement autour de la proportionnelle.
A noter une bonne sortie sur la nécessité de se mettre daccord "source de la vraie démocratie" qui découlerait de la proportionnelle. J'avoue que ce positionnement m'est apparu comme intelligent et pertinent.
Elle voit aussi la proportionnelle comme un moyen efficace pour assurer un renouvellement même si la proportionnelle accentuerait à priori les effets "de parti" rejettant peut être la société civile encore plus loin du politique, les règles devant plus complexes.
Nous abordons ensuite la sortie de l'Euro pendant 15 bonnes minutes.
Elle la présente comme "facile" et élude de fait la complexité de la question au profit d'un discours plutôt démagogique consistant à dire "qu'il n'y a qu'à faire comme avant" sauf qu'avant il y avait une croissance et qu'on ne basculait pas d'une monnaie européenne à une monnaie nationale, qu'on avait moins de dette ect..
Elle voit la dette comme une génération spontanée en dédouanant complètement - car elle n'en parle pas - la responsabilité des politiques qui ont voulu donner toujours plus sans que l'enrichissement réel soit au rendez vous.
Elle place l'augmentation de la dette à 73, ce qui est vrai, mais ne l'attribue pas à la bonne mécanique c'est à dire à l'augmentation des dépenses publiques pour compenser une crise économique naissante de la crise pétrolière.
Pour elle, ce sont les banques qui sont in fine les grandes méchantes suite à la fin de la tutelle de l'Etat sur la banque de France et qui sont une source quasi unique du problème.
Les questions sur les dépenses publiques permettent aussi de lever un voile sur une autre partie sa pensée politique : elle est fortement, voir très fortement jacobine comme tous les candidats à la présidentielle.
Elle veut remettre en question certains aspects de la décentralisation en critiquant "les roitelets locaux".
En gros, contrairement à son discours immédiat, elle veut éloigner les français du pouvoir politique malgré la présence du référendum dans ses propositions.
Pour moi, elle n'a pas pris conscience que la source du problème est l'énorme place de la dépense publique en France et la déconnection des politiques des réalités trés locales.
Au contraire beaucoup de ses propositions iront naturellement vers une augmentation de ses dépenses avec en plus la possibilité de battre monnaie.
Le jeu d'équilibriste pour ne pas tomber en hyperinflation ne sera pas simple et demandera une vraie union nationale qui sera difficile à obtenir, à mon avis, par le front national qui reste malgré tout un parti "clivant".
Elle devra lutter contre ses démons jacobins pour ne pas laisser partir les dépenses publiques en flèche en reveillant le fantasme de l'Etat "tout puissant".
Ses convictions, en matières économiques, sont respectables mais elle élude trop rapidement la difficulté de cette mission.
Je l'ai trouvé plutôt flottante sur ce point même si je pense que la majorité des candidats sont dans ce déni à l'exception de François Bayrou.
Conclusions sur le débat
Marine Le Pen me dégage une impression trés paradoxale.
Après l'avoir côtoyé pendant presque 4 heures, Marine Le Pen m'apparait se situer clairement et sans ambiguité dans le prolongement d'une droite gaulienne et souverainiste.
Marine Le Pen s'inscrit dans la tradition de la vieille droite française.
Elle en reprend le corpus idéologique (identité, autorité, rôle de l'Etat), les postures, son inclinaison sociale et peu libérale.
Bref, oui, le FN est "la vraie droite classique" qu'on le veuille ou non.
Marine Le Pen a réussi ce déplacement idéologique que les saillis de la vieille garde lepeniste de son père avaient empéchées.
Je parie qu'une partie de l'UMP se déplacera dans les 5 prochaines années vers un nouveau FN voir peut être la création d'un nouveau parti politique qui engloberait les souverainistes, les gaullistes et le FN "Marinisé".
De toute manière à voir la politique de Nicolas Sarkozy et ses propositions, les idées du FN sont déja les idées d'une grande partie de la droite.
Nicolas Sarkozy n'est plus qu'une version 'canada dry ' de Le Pen.
Entre les idées du FN et Bayrou, par exemple, il n'y a plus personne ou que des laquais aux ordres du pouvoir du type nouveau centre, radicaux de Borloo.
Le FN a donc réussi son pari d'imposer ses idées...mais y perd du coup sa singularité voire sa radicalité.
Ensemble du débat :
Réunion publique avec les blogueurs par MarineLePen
[1] http://www.agoravox.fr/actualites/economie/article/l-universite-d-harvar...

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je tiens à dire à l’auteur que je vais personnellement m’occuper d’ajouter à (...)
15/04 13:12 - lsgaJACKTURF Vous avez , je crois assé bien décrit une situation que les médias aujourd’hui (...)
15/04 12:20 - fred74bonjour de la différence à penser par soi même ou grâce au pré mâché des merdiats dominants (...)
15/04 08:59 - gordon71POURQUOI Marine LE PEN SERA AU SECOND TOUR ! Si j’en crois les sondages, les jeux sont (...)
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