Quand bien même ne connaîtrions-nous pas la liste officielle des candidats pour la présidentielle 2012 [1] que les spéculations vont bon train. D’ores et déjà, on nous prédit un match à trois :
FN, PS et UMP.
Ce qui nous conduirait, pour le second tour, à trois cas de figure :
Marine Le Pen/PS, Marine Le Pen/Nicolas Sarkozy ou PS/Nicolas Sarkozy.
S’il va sans dire que le média préférerait la troisième hypothèse, il disserte cependant, et abondamment, sur les deux premières à grands coups de « 21 avril à l’endroit » et de « 21 avril à l’envers ».
A l’endroit, à l’envers, qu’est-ce que ça peut faire ? Puisque Marine Le Pen ne gagnera pas la présidentielle…
On nous tartine que l’une des grandes différences entre Marine Le Pen et son président d’honneur de père, c’est que la fille, elle, veut le pouvoir. D’où la dédiabolisation du FN qu’elle mène, peu ou prou, depuis 2007…
Mais, d’une part, comment l’obtenir avec un tel mode de scrutin, et d’autre part, quand on est seul ?
Bref, comment espérer rassembler, au second tour d’un scrutin majoritaire, 50% des suffrages exprimés + 1 voix quand on se refuse à toute alliance avec quelque parti que ce soit ? Et ce, quand bien même la colère, la déception, le ras-le-bol seraient grands. Et que fleurirait le sigle/slogan – redoutablement efficace – de : UMPS (également utilisé par Dupont-Aignan).
S’il ne fait nul doute que Marine Le Pen vise le pouvoir, elle n’ignore pas le chemin qu’il lui faudra parcourir. Et il dépendra de moult facteurs.
Le véritable objectif de Marine Le Pen, celui à court terme, ce n’est pas la présidentielle 2012, ce sont les législatives qui suivront. C’est ça, le début du chemin. Encore faut-il qu’elle réalise un score à ladite présidentielle. Plus important que celui de son père en 2002. D’autant qu’il en va de sa survie à la tête du FN. Où elle n’a pas que des amis.
Nombreux, en effet, sont ceux qui n’ont pas digéré son élection, présumée démocratique, de janvier dernier. Présumée, car le père aura bien verrouillé l’affaire. Appliquant son adage : « Je préfère ma fille [ou ma famille] à mes amis, mes amis à mes voisins, mes voisins à mes compatriotes, mes compatriotes aux Européens. » [2].
Or donc, sa fille plutôt que Bruno Mégret, Carl Lang ou, plus récemment, Bruno Gollnisch. Les deux premiers auront compris qu’ils n’avaient aucune chance de lui succéder et seront partis ; quant au troisième, il suffisait d’attendre que Marine Le Pen conquière l’opinion publique au point de se rendre incontournable aux yeux des militants. La succession, filiale, étant alors assurée, le père pouvait se retirer. Voilà pourquoi : « présumée démocratique ».
Toujours est-il qu’au sein d’une partie du FN dite « historique », et jusque dans la quasi-totalité de la presse d’extrême-droite, on ne serait pas chagriné de voir Marine Le Pen se ramasser en 2012, afin de (lui) reprendre la « boutique ». D’où l’impérieuse nécessité pour elle d’y faire un score. C’est la condition sine qua non de son avenir à la tête du FN.
Ceci étant, elle peut faire un score (autour de 20%) et ne pas être au second tour... Si ce cas de figure ne la mettrait pas (trop) en danger dans son parti ce ne serait pas le meilleur des scénarios. Car Marine Le Pen compte bien y être ; au second tour. Elle sait qu’elle ne gagnera pas la présidentielle, tout comme elle sait que le différentiel sera moins large qu’en 2002 (plutôt qu’un 82/18, il y a fort à parier que nous serons aux alentours d’un 65/35) mais peu importe ! Car là, continue le chemin. Celui qui, pense-t-elle, peut la conduire à la victoire en 2017. Objectif à moyen terme.
Tout dépend de son adversaire du second tour. Si c’est le candidat du PS, c’est tout bénef. Et c’est bien ce qu’elle espère. Car il provoquerait un éclatement de l’UMP.
Pour le coup, là oui, nous aurions droit à un véritable séisme politique.
La consigne « pas d’alliance avec le FN » (promesse faite à Chirac) volera en éclat. Dès les législatives. Toute la Droite Populaire (celle des Vanneste, Raoult, Mariani, Barèges, Luca et consorts) est prête à basculer. Soit une quarantaine de députés de l’UMP.
Dans la défaite – qui là, aurait plutôt des allures de Waterloo pour notre bonapartiste Sarkozy – tout devient possible ! Quand on veut conserver son siège à l’Assemblée…
Nous assisterions alors à la naissance, non pas d’un nouveau parti, mais d’une « vaste coalition » (un peu sur le monde italien avec Silvio Berlusconi et la Ligue du Nord).
Une « vaste coalition » (ou « grand rassemblement patriotique ») que le FN appelle déjà de ses vœux [3] et dont le but serait de prendre le leadership à droite. Un bloc néoconservateur populiste. Un Tea-Party à la française. Qui se régale déjà d’une présidence « socialiste » qui, elle en fait le pari, ne pourra que la renforcer et la rendre incontournable en 2017.
Voilà le plan de Marine Le Pen : faire exploser la droite dite traditionnelle… La ventiler copieux. Elle n’aura donc pas besoin, comme elle ne cesse de le répéter, de faire alliance avec l’UMP, ni avec aucun autre parti : ce sont quelques pégreleux de l’UMP (entre autres...) qui localement feront alliance avec le FN, puis « transfugeront » sans complexe, vers son parti.
Reste une dernière hypothèse dite « moyenne » : un second tour opposant Marine Le Pen à Nicolas Sarkozy. Ce qui rendrait plus compliqué la « vaste coalition » pour les législatives. Mais il n’est pas exclu, suivant les rapports de force, qu’il n’y ait pas quelques alliances locales, lors de ces législatives, entre des membres de la Droite Populaire et le FN. Ce qui constituerait un premier coup de canif. Une brèche dans laquelle Marine Le Pen compte bien s’engouffrer. D’autant plus si ça lui donne quelques (sièges de) députés « sympathisants » à l’Assemblée nationale. Après, tout dépendra du second quinquennat de Nicolas Sarkozy…
Pour contrer cette stratégie de Marine Le Pen, redoutable, élaborée, qui la conduit d’ailleurs à déclarer que « la victoire du FN est structurelle » il revient aux partis traditionnels, républicains, de hausser le niveau. Redonner à la politique ses lettres de noblesse. Ne pas se vautrer dans le populisme ou la démagogie. Arrêter de nous envaper. Parler correct. Comme à des gens qu'entravent ce qu'on leur baragouine. S'il n'est pas trop tard...
Il conviendrait, surtout, que l’UMP ne courût plus après le FN. Tant c’est bien cette course (ce suicide, plutôt) qui favorise la stratégie de Marine Le Pen [4]... Et rendrait si elle se poursuit, effectivement, et à terme, la victoire du Front National aussi « structurelle » qu’inéluctable.

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17/06 14:48 - yazanJe suis certain que l’expression UMPS vient de Jean-Pierre Chevènement en 2002 entre le (...)
12/06 14:36 - Brath-zC’est la première fois que vous me répondez. J’accepte tout à fait ma médiocrité. (...)
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