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Méchants cathos réacs et cathos de service : Que choisir ?

 L'affaire Castellucci (réactions de l'auteur lui-même et de ses adversaires à ce lien, une réaction intéressante de monseigneur d'Ornellas par ici) a semé la division chez les catholiques, il y a ceux qui se sentent blessés dans leur foi, et ceux qui voient dans la pièce un témoignage évangélique sur la pauvreté, la vieillesse, la maladie et tout ce qui s'ensuit, en cherchant bien certainement, mais ils le voient...

image prise ici

Ils se scandalisent de ce qui s'apparente plus à un monôme d'étudiants qu'à des violences commises sur une toute autre échelle dans d'autres pays par des fanatiques autrement plus dangereux que des jeunes en colère.

Parmi ces catholiques indignés du comportement de leurs frères et sœurs dans la foi, s'il y en a qui sont sincères, on ne peut que saluer leur sincérité d'ailleurs, ils ont le droit de s'indigner et de ne pas être d'accord, on ne saurait les soupçonner de tiédeur, il y a ceux qui se conduisent en « cathos de service » qui ont tellement peur de passer pour réacs ou d'aller contre l'esprit actuel, qu'ils hurlent au retour des ordres noirs et des z-heures les plus sombres de notre histoire (TM°), insultent les manifestants et les catholiques qui les soutiennent, se drapent dans leur honneur dans le style « vierge outragée ».

D'un côté comme de l'autre, on invoque Bernanos qui n'a jamais eu autant d'héritiers affirmés, on doute qu'il les eût tous reconnu fût-ce devant notaire. Personnellement, je suis extrêmement agacé d'entendre l'un ou l'autre évoquer l'écrivain comme « mon maître Bernanos », ce qui est risible car « le Grand d'Espagne » n'aurait pas voulu de disciples, préférant encourager ses lecteurs à se conduire librement et réfléchir par eux-mêmes.

Une erreur d'ailleurs souvent faite quant à Bernanos est de croire qu’il y aurait un Bernanos d’avant « les grands cimetières » et d’après ce livre, qu’il aurait viré sa cuti en somme dans un grand syncrétisme politique. Je rappelle que dans le livre,

Bernanos en a autant après les phalanges de l’ordre noir qu’après les socialistes ou les anarchistes, il s’agit pour l’écrivain de parler de Liberté avant tout, quitte à en perdre quelques relations mondaines qui auraient pu être opportunes pour sa carrière..

Quelques années plus tard, en 1948, un journaliste américain lui fait la réflexion :

« Mais enfin, maintenant, vous êtes de gauche donc ? »

Tempête et fureur de Bernanos qui l’envoie promener et lui rappelle qu’il reste catholique et monarchiste, et contre l’expression démocratique moderne.

Je suppose que l'auteur aurait sans doute vu dans ces manifestations un signe encourageant malgré les maladresses de certains manifestants et leur récupération par quelques groupuscules, ce qui est inévitable, de refus de la crise morale grave qui fait rage en Europe et dans tout l'Occident, et pas seulement en France, et qu'il dénonce dans « la France contre les robots ». Il est étonnant que les « cathos de service » soient à ce point aveugles face à cette crise de civilisation.

Il serait bon aussi de rappeler que ce sont des catholiques de toute tendance qui sont venus manifester devant le Théâtre de la ville, dont Frigide Barjot.

Et pas seulement des « tradis » ou des mêêêchants lefèbvristes.

Une question subsidiaire posée par l'attitude des cathos indignés par celle de leurs coreligionnaires devant le Théâtre de la ville, eux qui voudraient être des chrétiens dans la cité qui s'intègrent sans trop de difficultés est celle-ci :

« Peut-on faire le grand écart indéfiniment en essayant de réunir des hommes et des femmes de bonne volonté et de sensibilité différente voire opposée ? ».

Oui, bien sûr, mais ça ne dure qu’un temps car au bout d’un moment, l’un ou l’autre arrivera à un butoir et sera confronté à des choix le poussant à des compromis qui avec sa Foi qui avec ses idéaux.

Contre les « réacs » ; il est aussi question de « révolution chrétienne » qu'on leur oppose face à leur point de vue qui serait rétrograde, le Christ étant montré comme une sorte de gourou californien super-cool et équitable. Ce serait confondre la Foi avec une idéologie de gouvernement ce qu’elle n’est pas, ne sera jamais, que ce soit dans un sens ou dans l’autre d’ailleurs.

La Foi chrétienne, ce que dit le Christ dans l’Évangile, ne constitue pas une sorte de théorie globalisante comme il y en a eu depuis quelques siècles en Europe. Fabrice Hadjaj en a très bien parlé avec Jean-Claude Guillebaud dans un entretien aux Bernardins en résumant les choses ainsi : « Ni technocratie, ni théocratie ».
La Foi est là pour faire prendre conscience aux personnes de leur humanité réelle.
Ces jeunes et moins jeunes devant le Théâtre de la Ville ne réagissent pas en intellectualisant, mais avec leurs tripes. Alors oui bien sûr, il y eut pire comme blasphèmes dans l’histoire, et oui, quelques uns de ces jeunes ont été instrumentalisés, à commencer par le ministre de l’intérieur à qui cela permet de dire, « vous voyez que je ne suis pas d'extrême droite j’envoie les flics contre ses méchants fachos contre la liberté culturelle ».
Ils servent aussi le dessein de l’auteur et de son public, car cela permet que l’on parle à foison du pensum prétentieux et soporifique de Castellucci, ou si l’on creuse un peu on trouve surtout des lieux communs maintes fois rabâchés sur la foi chrétienne, son auteur sombrant dans le ridicule en sombrant dans le messianisme culturel en sortant sur son blog :

« Pardonne leur car ils ne savent pas ce qu’ils font ».

image prise ici
georges_bernanos1.7x0onpx3s8gsk84oocc0sc48g.brydu4hw7fso0k00sowcc8ko4.th.jpegOn peut y voir tout ce que l’on veut dans cette œuvrette, mais enfin, si l’on a besoin de tout ce salmigondis bobo pour comprendre ce qu’est la pauvreté et la faiblesse de chaque homme, alors qu’il est plus simple pour un chrétien de prier devant la croix dans une église ou ailleurs, il y a de quoi se poser des questions.
Ces jeunes chrétiens devant le Théâtre de la Ville pour rappeler Bernanos, justement, et ce malgré leurs maladresses, mais qui n’en fait pas preuve, n’ont pas le « cœur sec et les tripes molles ».
On pourrait dire aussi que les chrétiens, par leurs comportements, sont souvent aussi tout aussi insultants envers leur foi, ce qui fut souvent dans le cas dans l'histoire.

Certes, mais ce serait aussi mal comprendre ce qu’est la foi chrétienne qui implique aussi de prendre conscience de sa propre faiblesse, de sa propre pauvreté intérieure ainsi que l’indique le chant « Ego sum pauper » ou tout les « Ecce Homo » peints par divers artistes chrétiens.
En lisant l’Évangile on le voit bien, les apôtres eux-mêmes sont pour la plupart des « pauvres types » :

Ils sont lâches, vaniteux, ont tous un passé peu net, si on les considère froidement, en somme ils sont imparfaits, donc humains. Je ne parle même pas de Marie de Magdala, une ancienne putain, ou de Mathieu, ancien publicain et traficoteur, sans oublier Nicodème le pharisien, qui a tellement la trouille du « qu’en dira-t-on » qu’il vient trouver le Christ la nuit, ou Zachée le « collabo » un rien voleur.
Et pourtant, dans leurs maladresses, malgré toutes leur petitesse, ils sont devenus les pères de l'Église, ce que les chrétiens ont tendance à oublier, et le plus maladroit d’entre eux Pierre, qui réagit souvent avec ses tripes, après la Transfiguration, où il dit n’importe quoi (il est tellement content d'avoir vu ce que l'Évangile dit qu'il a vu qu'il propose de planter une tente, rester là et casser la croûte entre amis), comme à d’autres moments.
Face à Jésus, à l’inverse, les pharisiens essaient de comprendre, grâce à leur grande connaissance de la Bible, de la théologie, de la philosophie de leur époque, ils auraient du selon la logique strictement humaine être les premiers à comprendre ce que disait le Christ.

Et pourtant, jusqu’au bout, ils n’y voient goutte et ne comprennent rien à rien.

par Amaury Watremez (son site) jeudi 1er décembre 2011 - 18 réactions
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