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Mélenchon vs Le Pen

Vous avez mal joué Madame Le Pen. Quelle pitoyable stratégie ! Refuser de débattre quand on aspire à diriger un pays ! Alors même que vous étiez traversée de questions auxquelles, on le savait, vous n’auriez su que répondre.

Lorsque M. Mélenchon a eu la parole, d’une manière brève et directe, il vous a interrogée sur un sujet auquel on ne s’attendait pas. Lui, a été fin stratège.

On supposait qu’il allait vous attaquer sur l’immigration mais il a eu la suprême habileté de ne pas le faire. Il a ainsi évité vos éternels arguments sur une France arabisée.

Evoquant un sujet que vous aviez abordé, « l’égalité homme-femme », il vous a demandé d’expliquer pourquoi vous niez aux femmes la libre disposition de leur corps en refusant désormais le remboursement de l’avortement. Ce que vous appelez « l’avortement de confort ». On appréciera l’expression.

Je pense que nombre de partisans du Front National, en particulier des femmes, ignoraient cette disposition. Il y a eu dans notre pays une telle lutte pour obtenir la liberté et le remboursement de l’avortement. Ils sont précieux. Les pro-life, avec leurs excès, se heurteront toujours à cette volonté de garder une liberté chèrement acquise. Qui veut encore se retrouver à l’époque où l’on s’enfonçait des aiguilles à tricoter dans le ventre ? Ou l’on courait après des « faiseuses d’ange ? Où l’on mourait dans le sang ? M. Mélenchon peut dénoncer l’injustice qui sera faite à celles qui ne peuvent pas payer. Celles qui ont les moyens ne se poseront aucun problème, de la même manière qu’elles allaient en Suisse pendant qu’en France, l’avortement étant encore interdit, les pauvres se faisaient charcuter. Il y a dans cette décision une volonté de punir la chair et le sexe qui rappelle de mauvais souvenirs. Sans oublier que, comme toujours, on fait des économies sur le dos des pauvres.

On attend la réponse de Mme le Pen qui s’y refuse. Ce qui est une grave erreur. Qu’elle dise et redise qu’elle ne veut pas débattre avec M. Mélenchon, parce qu’il l’a insultée, parce qu’il a insulté ses partisans, ce ne sont que des refus d’informer les électeurs sur son programme. Elle redit qu’il l’a traitée de semi-démente ce qui permet à M. Mélenchon de faire éclater de rire tout le plateau en lui répondant : « Il vous reste une bonne moitié. »

Elle garde cette attitude de gamine qui croit que dans le monde des hommes quand quelqu’un vous dit « un gros mot » on boude et on se tait. Sans s’en rendre compte, elle accumule les maladresses. Boire un verre d’eau, prendre un journal et feindre de le lire, regarder ses papiers. Personne n’aime ce style. En début d’émission, elle a confié que sa plus grande qualité était le courage. Elle démontre tout le contraire. Elle va même jusqu’à dire, idiotie fatale, qu’elle refuse de discuter avec M. Mélenchon car il n’est pas au même niveau électoral qu’elle ( !) Phrase prétentieuse qui la dessert.

Dans cet échange entre les deux candidats, Pujadas est du côté de Mme Le Pen. On imagine quelle aurait été son attitude si la situation avait été l’inverse et si M. Mélenchon avait boudé en disant « Non, je ne veux pas parler avec Mme Le Pen parce qu’elle a été méchante envers moi. Elle m’a traité de voiture-balai. »

Mais s’étonne-t-on de la médiocrité de Pujadas…il y a beaucoup à dire d’ailleurs sur cette émission, sur la mollesse de Gaino, lui aussi bouffé de tics comme son maître, sur l’appel du pied fait au FN de voter à droite. Ce n’était pas une émission du service public. C’était un montage privé organisé par l’Elysée. Peut-être pensaient-ils, invitant Mélenchon, que celui-ci perdrait son calme et se rendrait ridicule. Hé non… On ne met pas impunément sur le même ring un poids mouche et un poids lourd.

J L Mélenchon, qui aura peu la parole, la prendra cependant pour assener quatre directs gauche imparables.

 Il commence à demander à Mme Le Pen, « si elle veut lui donner des leçons de maintien », de lui expliquer pourquoi elle a toléré, lors de son dernier meeting, que son père cite un poème de Brasillach, l’homme qui avait dit à propos des juifs : « Les ramasser en bloc avec leurs petits. »

C’est un coup bien placé car il rappelle que ce parti, qu’elle veut faire croire changé, est toujours sous l’emprise des mêmes démons. Après le bal de Vienne, le poète antisémite, c’est un peu trop.

Il revient ensuite vers cette fameuse égalité homme-femme, prouvant qu’elle dit tout et son contraire puisque des Fn ont refusé de voter la proposition qui disait : « Que sur les plans physiques, émotionnels et intellectuels, les hommes et les femmes sont égaux. »

Cette révélation est évidemment énorme. Invraisemblable. On attend une réponse. Mais non . « Je ne débattrai pas avec M. Mélenchon ».

Il lu rappelle ensuite que sa volonté de supprimer la CMU pour les étrangers est une absurdité sanitaire car les virus attaquent généralement sans vérifier les papiers d’identité.

Et il en vient enfin à une autre mesure du programme de Mme Le Pen qui veut instituer un salaire parental qui serait de 800 euros alors qu’une mère qui a le RSA plus une allocation pour son enfant touche actuellement mille euros. Ce sont encore de ces cadeaux qui font gagner de l’argent aux Etats. Ce que l’on offre d’un côté, on l’enlève vite de l’autre. On pense aux effets d’annonce de Sarkozy. Elle fait les mêmes. 

C’est donc à quatre questions portant sur des sujets précis et importants que Mme Le Pen a refusé de répondre.

 

Je voudrais conclure sur un point.

La déroute des conseillers en communication dans cette campagne.

 Il n’y a pas plus médiocre que cette profession.

 Il a bien fallu que quelqu’un conseille à Mme le Pen de se taire lors de cette émission. N’y-a-il eu personne pour lui dire que, même si elle redoutait ce débat, elle ne pouvait le refuser ? Qu’elle serait toujours celle qui a manqué de courage, redoutant un adversaire valeureux ? Qu’il est exclu, quand on prétend diriger un pays, de ne pas répondre à quelqu’un qui vous interroge sur votre programme ? Que c’est elle, à ce moment-là, qui manque de respect aux électeurs. Ne lui a-ton pas dit que bouder, minauder et lire le journal n’étaient pas des postures particulièrement valorisantes ?

 

De la même manière qui a concocté l’affiche de Sarkozy ? La plus nulle qui ait jamais été conçue, plus brocardée sur le net que St Sébastien par ses archers ? Qui a conseillé à Sarkozy de renvoyer Dahan ainsi que le journaliste qui a surpris un ridicule baiser, donné justement pour être vu ? Car ces gens-là, ces fantoches, croyez-le bien, ne décident rien sans leurs conseillers. Qui a conseillé à Sarkozy de vite faire voter le MES ce qui crée une révolte nationale pour l’instant limitée au net mais qui se répand de plus en plus. On ne peut pas éternellement museler la presse !

 Qui a conseillé à Hollande de se faire faire des T-shirts « H for Hope » ? Et d’inventer un signe ridicule qui veut dire : « C’est le changement » ? Qui a poussé Hollande à aller parler à la City après avoir rassuré le Bourget ?

Tout à l’opposé de ces postures, je voudrais raconter une petite anecdote que j’ai trouvée sur le blog « Place au peuple » de Mélenchon. Il s’agit d’une vidéo qui montre comment l’affiche de la campagne a été conçue. On assiste à plusieurs épisodes et enfin au moment où l’on photographie le candidat . Après une première série, on en refait une seconde. M. Mélenchon se remet en place et quelqu’un lui dit : « Allez ! Ce sont les dernières ! Pense à « Liberté ! Humanité ! Tous ensemble ! »

Mélenchon répond à mi-voix :

-Oh ! Je t’en prie ! Dis-moi simplement où je dois regarder.

 

Oui, Mélenchon est, dans ce monde de mensonges et de faux-semblants qui est celui de la politique qui a dégoûté les Français de s’intéresser à leur destin, quelqu’un qui tient enfin un langage clair, qui ne cherche pas à ramasser des voix proposant tout et son contraire, qui ne dévie pas d’un pouce de sa trajectoire « Pour le peuple et pour l’humain. »

Mme Le Pen, ce soir, s’est donné à elle-même une claque magistrale. Il ne sera plus possible de la regarder de la même façon. Elle sera toujours entachée par cette honte : avoir refusé le combat. Ce sont des fautes qui ne se pardonnent pas en politique.

Lorsque M. Mélenchon est parti, en maugréant, qu’on l’avait fait venir pour pas grand-chose, le forçant à abandonner le meeting d’Ajaccio, je me demande s’il avait alors pris la mesure de sa victoire.

Celle qui venait de lui dire « qu’il n’était pas à son niveau électoral », venait de prouver le contraire.

 

Car on ne répond pas à la parole par le silence.

Aux faits par le mensonge.

Au regard droit d’un homme décidé par les yeux baissés d’une femme en déroute.




par Ariane Walter vendredi 24 février 2012 - 574 réactions
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Les réactions les plus appréciées

  • Par Yvance77 (---.---.90.54) 24 février 2012 09:47

    Salut,

    Moi ce qui m’a tout de même le plus déçu, c’est l’appel à voter pour Flamby au cas ou au second celui-ci se retrouve en tête (et quel que soit le candidat en France).

    Hormis si j’ai ma comprenette défaillante, je trouve que voter l’ex gros mou, ou un autre gus de droite, c’est kif-kif.
    Autant laisser, ceux qui ont ce genre de convictions, diriger. Puis, si par malheur, l’on a encore du Pipole 1er au menu, c’est peut-être le moyen le plus sûr d’avoir un soulèvement social, ce qui n’est pas pour me déplaire.

    Mais Flamby, moi j’y arrive pas. Voter pour cette enclume non. Et, si JLM persiste dans cette voie j’en serais fort mari, et je ne pense pas voter pour lui dans ce cas... j’irais à la pêche tout bonnement.

    Sous la Ve république l’on a eu in fine, deux années de seul socialisme 1981-1982, le reste fût une lente glissade vers un social libéralisme qui a condamné le peuple de France. Il faut regarder la vérité en face, le PS a bel et bien vendu les intérêts nationaux aux secteurs privés, et quand ils avaient la possibilité de s’opposer, ils ne l’ont jamais fait.

    J’avoue que ce matin, j’ai les glandes.

    Quant au débat, c’était couru d’avance, et le premier coupable est la chaine qui savait que cela allait se produire ainsi. Je n’ai pas été surpris. Maintenant MLP s’est tout de même tiré une balle dans le pied, et JLM l’a quand même eu.

  • Par Peachy Carnehan (---.---.136.202) 24 février 2012 11:10
    Peachy Carnehan

    Salut Yvance.

    « Moi ce qui m’a tout de même le plus déçu, c’est l’appel à voter pour Flamby... »

    Il ne va tout de même pas appeler les sympathisants du Front de Gauche à voter pour Sarkozy. Je rappelle les consignes :

    1/ Au premier tour, on vote pour ses idées.
    2/ Au deuxième tour on chasse Sarkozy.

  • Par Gabriel (---.---.167.98) 24 février 2012 09:10
    Gabriel

    Bonjour Ariane,

    Pourquoi refuse t-elle le débat ? Que craint-elle ? Au contraire, ce serait une bonne chose. Cela permettra de clarifier la position de chacun et éclairera le citoyen sur les failles et les véritables intentions des politiques défendues. Le dialogue toujours et encore, c’est ce qui fait progresser  la tolérance et le vivre ensemble. Refuser de débattre n’est pas une attitude très démocratique …

  • Par parkway (---.---.112.169) 24 février 2012 12:42

    « Refuser de débattre n’est pas une attitude très démocratique … »

    la démocratie ça l’intéresse pas,

    tout simplement...

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