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Mémoires d’une vie de chercheur avortée (VI)

Sixième épisode de cette vie de chercheur que je qualifie d’avortée. J’ai sauté un passage qui n’a pas d’intérêt spécial sauf à confirmer l’inadéquation somme toute répandue entre un individu et le milieu professionnel où il se trouve. Mais il se trouve que la recherche n’est pas un milieu professionnel ordinaire car la découverte ne se pilote pas, contrairement à un avion de ligne où une production d’enceintes acoustiques. Dans cette histoire, je ne vois plus de bons et de méchants. Rien que des gens qui sont souvent le produit d’un système et le résultat de leurs désirs parfois intempestifs avec des jeux de carrière et de pouvoir. Trop humain dirait Nietzsche. Rien de plus à ajouter. La vérité est au-delà des lignes de ce récit. Essayez de comprendre avant de juger. Quant à mon destin, je remercie les dieux de m’avoir aiguillé vers des endroits plutôt moyens scientifiquement parlant afin que je puisse révéler quelques bifurcations nécessaires pour réaliser ce dont je suis capable

Elle me fixa dans les yeux : “j’espère que tu n’as pas tiré la mort” me dit-elle avec un ton dévoilant un sentiment d’impuissance. C’était bien la carte qu’elle avait pressentie, la mort. Dans un jeu de tarot, la mort signifie rarement une mort physique mais plutôt la fin d’une période de l’existence qui se traduit par un profond changement, symbolisant la métamorphose de l’individu. J’avais du mal à comprendre car franchement, je ne me voyais pas quitter l’université, et d’ailleurs, cette éventualité était exclue. Bon...J’aurai bien l’occasion de vérifier avec le cours des événements. J’apprendrai plus tard que les cartes ne sont qu’un support pour des flashes de médiumnité se produisant dans le champ phénoménologique de la voyante. Si bien que l’ange avait probablement eu l’image de la mort avant la conformation par la carte retournée.

 

PREMIER ACTE D’UNE PARTIE SERRÉE

La rentrée 1988 allait se révéler riche en événements et en surprises. Pour l’instant, j’en étais réduit à mener un double jeu. Observer la situation, recueillir des informations, préparer le terrain. J’étais décidé à ne pas me laisser sombrer. Une attitude plus déterminée, intériorisée, braquée contre l’équipe des M***. Bientôt, des événements imprévus devaient me conduire à prendre des décisions.

J’hésitais encore pour imaginer un avenir dans l’équipe de résonance magnétique nucléaire. Plusieurs critères entrent en ligne de compte. La personnalité du responsable d’équipe, l’intérêt scientifique des thèmes de recherches abordés, alliés à un goût intellectuel en guise de motivation supplémentaire. Et puis cette titularisation. J’avais la conviction que Chantal M*** ne ferait aucun cadeau, pas plus dans mon cas que dans celui de mon proche collègue. Quelques hésitations me faisaient pencher en direction d’un institut de l’Inserm situé en face du CNRS et dirigé par une sommité scientifique, surtout reconnue pour son art de présenter ses recherches dans les médias et pour publier quelques ouvrages à succès. Bref, le genre de personnage exubérant fort en gueule et en couleurs. Néanmoins, la situation semblait plus risquée. N’étant pas en position de force, il fallait minimiser les risques si bien que je n’ai pas pris la peine d’aller consulter les gens d’en face et me suis contenté de la solution qui avait été suggérée par le Directeur Bernard G***, par ailleurs bras droit scientifique du Président*** de l’université. Le choix s’imposait de lui-même, d’autant plus que Paul C*** m’avait été présenté comme un brillant scientifique, bien plus que l’agitateur médiatique d’en face...

 Paul C*** me confia quelques documents à étudier, puis je revis le Directeur qui m’assura d’un soutien de principe, sans plus de précisions. Drôle de situation. Devoir mener un double jeu...Et pour combien de temps ? Car il faut tenir six mois. Je ne me posais pas ce genre de question qu’il vaut mieux laisser de côté pour ne pas encombrer l’esprit. Si on prend tout en considération, on n’avance plus. Être focalisé sur le présent, voila un impératif dont on ne connaît pas la signification métaphysique. Quant à moi, je l’ignorais bien évidemment, ne sachant pas que le présent est une coïncidence entre un passé déterminé et un futur inconnu, mais déjà en germe, le tout assortie d’une case vide qu’on doit remplir. Si on pouvait lire à l’intérieur du Sujet, on y verrait une liste d’événements passés et prévisibles, avec cette fameuse case dont l’intitulé est : Liberté... Cette case occupe le plus souvent l’inconscient, mais à certaines occasions, elle surgit... Il faut alors cocher correctement, seul...

Vers la mi septembre, les M*** revenaient d’un congrès. Retrouvailles polies. Pour des raisons techniques, il n’y avait pas de rates gestantes, donc pas d’expérimentations. J’en profitais pour squatter la bibliothèque afin de me consacrer à des lectures studieuses portant sur la technologie de résonance magnétique. Je me voyais comme un résistant qui refuse de collaborer avec des patrons autocrates. La conscience a parfois besoin de produire quelques images pour rassurer le moi dans les passes délicates de l’existence. Après une dizaine de jours, je revis Paul C*** pour suggérer quelques expériences. Celui-ci avait l’air séduit. Je l’étais un peu moins. Un doute sur ses réelles capacités scientifiques. Mais le personnage paraissait assez franc, sympathique...bref, enfin un scientifique normal, pas fuyant, avenant, avec lequel on peut discuter...rien à voir avec mes patrons de la biologie cellulaire...De toute façon, une fois les décisions prises, il faut poursuivre, quelles que soient les réserves, car de toute situation on tire profit en donnant de soi...

 

Les événements se sont tout d’un coup accélérés. Jean-Pierre S. me fit savoir que nous avions signés pour un contrat jeune formation INSERM. En réalité, nous avons été dupés. Pour comprendre cette configuration digne des meilleurs polars, il faut expliquer l’origine de ces signatures. Jean M*** était jusqu’alors responsable d’une équipe figurant dans l’organigramme de l’institut de biochimie du CNRS. Pour des raisons complexes et en partie étrangères à la science, il avait décidé de ne plus dépendre de cet institut, et de proposer à l’INSERM la création d’une jeune équipe. Par ce moyen, l’INSERM constitue une pépinière où germent les futures unités propres de l’organisme. Ces démarches doivent bien évidemment être basées sur la transparence et surtout le volontariat. Or, tout semble indiquer que tel n’était pas le cas, notamment en ce qui concerne notre participation, Jean-Pierre S. et moi-même. Nos signatures avaient été extorquées et nous n’étions pas informés de ce contrat impliquant non seulement une thématique mais aussi un déménagement dans un autre environnement scientifique.

Comment extorque-t-on une signature ? Tout simplement, en abusant de la confiance des gens. Les équipes de recherche sont souvent amenées à demander des crédits et à remplir des formulaires. Ces démarches sont le plus souvent effectuées au dernier moment. Dans la précipitation, le responsable parcours le laboratoire pour recueillir officiellement les signatures des membres. C’est une simple formalité puisque les crédits sont demandés pour développer des travaux auxquels participent les chercheurs du groupe. Et effectivement, nous avions signé à notre insu pour un engagement vis-à-vis de l’INSERM. C’est comme si un responsable d’une société HLM vous demande une signature pour planter quelques arbres dans la résidence, et que vous découvrez quelques mois plus tard que vous avez résilié votre contrat et que vous avez quelques semaines pour décamper.

La situation était alambiquée. Notre technicienne ne se souvenait pas d’avoir signé le document en question. Je fus convoqué par le Directeur à propos de cette affaire, et appris par ailleurs que Chantal M*** avait reçu l’ordre de quitter l’institut dans la semaine qui suivait. Méchant conflit. Apparemment, les M*** avaient agit dans la plus grande discrétion, sans doute poussé par leur méfiance, sans discussion préalable avec les deux Directeurs de l’institut, ce qui semblait la moindre des choses. Je devais être survolté puisque la secrétaire de l’institut me recommanda d’être très prudent dans cette affaire qui sentait le sévère règlement de comptes. Même conseil de la direction.

C’est à ce moment que Jean M*** m’informa de ce contrat en me demandant une participation enthousiaste. Il n’hésita pas à vendre scientifiquement le projet, évoquant des collaborations avec une équipe d’immunologistes. Je l’ai trouvé bien maladroit. Ce qui se comprend car à sa place, on ne peut être fier d’agir ainsi, quant à moi, je fis semblant d’être intéressé, sans afficher une joie particulière. Le lendemain, visite au Directeur qui n’avait pas le projet, et me recommandait de ne pas me montrer chez Paul C*** Je ne comprenais qu’à moitié. La direction avait un plan. Je téléphonais le matin à l’administration de l’INSERM pour m’enquérir de l’existence du contrat jeune formation, puis fit un saut l’après-midi, mais curieusement, le document en question n’y était plus. Cela sentait le roussi. Je tentais de faire une diversion, bien dérisoire, en affichant mon côté tête de mule face à Jean M***, faisant remarquer mon absence parmi les gens remerciés sur la thèse de Claudine, alors que je pouvais y prétendre. Mais celui-ci bottait en touche et ne se mouillait pas, prétextant à juste titre que cette décision n’était pas de son ressort. Deux jours plus tard, nous nous expliquions à propos d’une agitation créée autour de cette thèse, avec à la clé une remarque à propos de ma visite impromptue à l’administration de l’INSERM. Visiblement, certaines personnes étaient dans la connivence et avaient prévenu Jean M*** qui semblait contrôler la situation. C’était sans compter notre technicienne. Celle-ci adressa au Président*** une lettre l’informant qu’elle n’avait pas signé le document envoyé à l’INSERM. Un incendie venait d’être allumé...

Ce fut ensuite au tour de Chantal M*** de partir à la charge. Elle me convoqua pour me faire dire que j’avais bien signé ce contrat, et que j’étais d’accord avec le fond. Je lui tins tête en la regardant droit dans les yeux. Elle n’eut comme seule réponse qu’une menace sévère, faisant allusion à la carrière de certaines personnes. Cela avait le mérite d’être clair, tout en confirmant des choses sues...Entre temps, les étudiants furent informés du projet INSERM. Claudine soutint sa thèse. Je revis à cette occasion Jean C*** qui crut bon de me faire la morale en s’inquiétant de mon intégration problématique dans le groupe des M***

La lecture d’un ouvrage de René Thom me procurait un dépaysement, avec l’occasion d’un recentrage intellectuel vers la quête de paradigmes scientifiques. Le soir, je profitais de moments de calmes pour m’adonner au dessin d’art, et parfaire un thème esthétique initié depuis quelques semaines.

Le règlement de cette affaire n’allait pas tarder puisque nous apprîmes, Jean-Pierre S., notre technicienne et moi-même, que le Président*** allait nous convoquer pour une confrontation avec les M***. Nous devions dire si nous avions signé le contrat INSERM en connaissance de cause. Et pour les deux enseignants-chercheurs que nous étions, nous devions préciser si nous confirmions notre participation, avalisant un engagement pris à notre insu. Jean M*** nous convoqua tous deux pour faire pression et vanter une fois de plus l’orientation scientifique du groupe.

Le lendemain eut lieu la dernière réunion de labo pour une mise au point définitive. Sans doute les M*** escomptaient souder le groupe. Ce fut l’occasion d’un triste spectacle. Notre technicienne était montrée du doigt. Les étudiants thésards furent odieux avec elle, attitude d’autant plus inadmissible qu’elle s’était toujours montrée dévouée en participant à la logistique de leurs expérimentations. On aurait dit une réunion sectaire, doublée d’un procès stalinien. Drôle d’ambiance... Flash sur la société et son Histoire, la manière dont on dresse les gens, la fabrication de bourreaux...Puis Jean M*** demanda aux intéressés de dévoiler les réponses qu’ils feraient aux deux questions du Président***. Évidemment, nous allons répondre par la négative à la première. Quant à la deuxième, Jean-Pierre S. affirma sans réserves qu’il serait de la partie et rejoindrait la jeune formation INSERM, quant à moi, je laissais planer le doute et à la surprise générale, déclara me réserver une nuit pour réfléchir. La décision était prise mais je préférais me pas dévoiler mes cartes, de peur d’avoir à subir des pressions bien réelles.

Le lendemain, je squattais pendant une heure la bibliothèque, comme s’il fallait faire le vide avant une épreuve d’examen cruciale. La secrétaire passa me réconforter. À demi-mot, je lui ait comprendre ma décision. Elle semblait ravie, d’autant plus qu’elle n’appréciait pas spécialement les M***. Vers onze heures, j’entrai dans le bureau de Jean M***, annonçai la décision de quitter le groupe. Mon ancienne étudiante afficha une mine déconcertée et partit en claquant la porte, visiblement en colère contre moi. Chantal M*** rappliqua de son bureau adjacent, attirée par le ton montant de la discussion. Colères. Celle-ci menaça d’écrire au CNU pour dénoncer mon attitude. La situation risquait de dégénérer en insultes. Mieux valait foutre le camp.

Trois heures plus tard, la grande explication eut lieu dans le bureau du Président***. J’étais inquiet et intimidé. L’ambiance était crispée. Avec une voix cassé, je me lâchais face à un Président*** affichant une assurance et prêt à entendre mon point de vue et mon discours sur la vie d’un chercheur pris de cours et devant contre sa volonté participer à un projet scientifique. Les M*** tentèrent de contre attaquer, au risque de se ridiculiser car dans l’emportement, ils cassèrent du sucre sur mes compétences scientifiques. Le Président*** montra son agacement en faisant justement remarquer que s’ils me jugeaient médiocre, alors on ne voit pas pourquoi ils souhaitent me garder avec tant d’insistance. Chantal M*** ne se priva pas de montrer l’engagement signé avant mon recrutement. Le Président*** savait bien la nullité d’un tel document. Celui-ci me questionna sur mon avenir scientifique, et je répondis que je me mettais aussitôt en recherche d’un laboratoire d’accueil pour déployer des activités dès lors que le groupe des M*** aurait déménagé. Ce devait être dans de vieux locaux récupérés à la faculté de pharmacie situé place de la Victoire.

 

L’affectation dans l’équipe de Paul C*** n’était pas encore officialisée. Mon bureau était encore au quatrième étage. Quelle ne fut pas la surprise de le voir occupé ce lundi par une étudiante de DEA, jeune effrontée qui prétexta que l’ordre venait des patrons. Je passais voir Jean M*** qui me signifia qu’il n’est pas au courant. Comme toujours, il n’y était pour rien, c’est comme cela, les gens circulent, occupent des espaces...La communication n’a jamais marché dans cette équipe. Ce jour là, je vis un homme abattu, brisé par des événements où j’avais le premier rôle. C’était la dernière fois que je voyais, puisqu’il était temps d’officialiser l’affectation dans l’équipe de résonance. Juste un petit problème de locaux à régler. Installation provisoire au troisième étage, dans une salle de laboratoire attribuée à Paul C*** encore encombrée de vieux appareils ne servant plus. Les restes d’une équipe trop petite n’ayant pas survécu à la compétition internationale, ni à l’âge avancé de son responsable.

Je disposais d’un bureau et partageais le temps entre les travaux pratiques d’histologie et la mise au point d’un projet de recherche. Paul C*** me laissait le champ libre, et c’est tant mieux car toute activité de recherche doit être basée sur la libre participation, excepté bien sûr les années de thèse où l’on doit en général obéir jusqu’à la soutenance. Mon insertion fut officialisée auprès du Doyen de la faculté de pharmacie, puis du Président***, apparemment ravi de mon choix scientifique attesté par un projet de recherche dont il reçut une copie

L’accueil au sein de l’équipe de résonance s’effectuait dans de bonnes conditions, en dépit d’une difficulté d’acclimatation somme toute normale. Il faut dire que les événements passés ont marqué ma réputation et que si la chaîne des potins fonctionnait, alors des rumeurs sur mon incapacité scientifique ont du circuler, avec tout ce qui s’en suit d’attaques personnelles. Disons que je n’avais pas bonne presse, selon l’expression consacrée, peut mieux faire...en balance...J’appris par ailleurs que la lettre d’engagement signée au tout début avait été soigneusement affichée dans le tableau du quatrième étage, pour me livrer à la vindicte des étudiants et autres amis de passage des M***. Plus inconfortable fut la situation de la technicienne qui, pendant quelques temps, fut soumise au harcèlement moral des étudiants de thèse. C’était bien là le changement d’une époque. Dans les seventies, on n’imaginait pas dresser de cette manière des étudiants afin qu’ils participent à des règlement de compte. Jeunes loups, d’accord, mais jeunes merdeux, non !

Pour en finir avec cette histoire, il est intéressant de faire savoir au lecteur que mon proche collègue Jean-Pierre S. serait amené à quitter lui aussi le groupe, se déjugeant un an plus tard des engagements oraux pris devant le Président***. Enfin, nos deux étudiants arrogants et brillants devaient être recrutés, l’une comme chargé de recherche à l’INSERM et l’autre comme Maître de conférences. Mais une fois titulaires, ils allaient se faire la malle pour rejoindre un institut basé à Montpellier. J’étais donc le quatrième dans une liste de sept chercheurs qui se sont séparés des M***. Lors de la prise de la Bastille en 1789, il y avait sept prisonniers...

 

1989 commençait durement. Par mesures de représailles, Chantal M*** m’avait confié l’entière responsabilité des travaux pratiques de physiologie, avec l’appoint de notre technicienne qui su brillamment me seconder auprès des étudiants, bien que sa fonction officielle ne soit pas pédagogique. Les années précédentes, il y avait toujours deux enseignants pour réaliser ce type d’encadrement. Tel fut le prix à payer pour une recherche délibérément choisie, selon la liberté de la raison...

L’examen de la titularisation approchait. J’ai su par Jean-Pierre S. que Chantal M*** avait déployé une énergie considérable pour me discréditer auprès de la commission de physiologie, menant une véritable campagne de haine visant à me guillotiner... Fort de cette information, je tentais tant bien que mal de nouer quelques relations avec mes futurs juges. Je m’étais entretenu avec le Président de cette commission, qui avait reçu par ailleurs une lettre d’appoint de Paul C***. Celle-ci insistait sur la motivation et l’implication manifestée vis-à-vis du groupe, tout en précisant mes qualités scientifiques. Mais rien n’y fit. La commission refusa ma titularisation, ce qui à la limite peut se comprendre. Elle ne m’accorda pas une année supplémentaire de stage, ce qui signifiait la porte. Exclu sans la moindre faute professionnelle, alors même que j’avais rempli ma mission dans un amphithéâtre de cinq cents étudiants. Une honte ! La haine déployée par Chantal M*** l’avait emporté. De justesse puisque le vote pour la prolongation totalisait 7 voix pour, six voix contre et 3 bulletins blancs. Mais par une subtilité des textes, les blancs sont comptabilisés avec les non. Le plus choquant fut d’apprendre le manque de soutien de mon confrère Jean-Pierre S. qui au cours du débat, sans doute par lâcheté, ne pris aucune initiative pour émettre une voix discordante susceptible d’atténuer le lynchage de ma supérieure hiérarchique, métamorphosée en garce, incarnée en ange de la terreur...

Après quelques jours de flottements, d’égarements, et quelques suggestions sur des vices de procédures, Paul C*** et le Directeur de l’institut proposèrent une stratégie pour me sortir d’affaire avec l’appui du Président***. L’examen de la titularisation prévoit un vote par le CEVU afin de confirmer le jugement de la commission de spécialistes. C’était grâce à ce recours que mon collègue avait été titularisé après un vote en faveur d’une prolongation, sorte de mesure de rétorsion décidée par Chantal M*** pour mettre au pas un individu récalcitrant. Mais les textes avaient changé entre-temps et le jugement de la commission était prépondérant. J’ignorais ces choses et crus mon sort définitivement fixé lorsque le CEVU vota pour une titularisation, non sans qu’un débat animé ait été mené, plus pour décrier les M*** que pour me soutenir.

Enfin, j’étais rassuré pour un instant. Quelques mois plus tard, l‘examen de la titularisation était renvoyé devant la commission de spécialistes. J’imagine que le jury encaissa une sacrée vexation, notamment lorsque le Président*** de l’université de déplaça en personne pour expliquer les conclusions du Ministère, lequel demandait expressément que l’on réexamine avec impartialité la prolongation d’une année. Cette fois, la proposition fut adopté à l’unanimité moins une voix, comme si tous avaient obéit à une nécessité éthique suggérée par une hiérarchie mécontente du vote précédent. Sorte de rappel à l’ordre...

À ce moment, je me croyais définitivement sorti d’affaire, escomptant une décision positive du ministère sur la base d’un choix entre la titularisation précédemment votée par le CEVU, et de la prolongation récemment acquise. J’appris que mon cas était repassé devant le CEVU qui entérinait le vote des spécialistes. C’était donc une prolongation de stage qui serait proposée définitivement après cette procédure riche en rebondissement dans un milieu qui n’aime pas faire parler de lui. 

J’en profite au passage pour lancer un message à tous les énarques qui font les lois. Pour dire que vous fatiguez, à changer les textes tous les deux ans, croyant que les règles écrites peuvent palier aux déficiences humaines et produire plus de justice !




par Bernard Dugué (son site) mardi 14 août 2012 - 2 réactions
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