• dimanche 27 mai 2012
  • Agoravox France Agoravox Italia Agoravox TV Naturavox
  • Agoravox en page d'accueil
  • Newsletter
  • Contact
AgoraVox le média citoyen
La fondation Agoravox
  Accueil du site > Tribune Libre > Mener, Guerroyer, Mourir
49%
D'accord avec l'article ?
 
51%
(31 votes) Votez cet article
  • Faire un don
  • Imprimer cet article
  • Marquer et partager

Mener, Guerroyer, Mourir


Un documentaire de plus sur François Mitterrand conforte mon admiration pour l’homme privé. En outre le parcours tortueux de Fanfan Mité, comme je le surnommais de son vivant, a tout de même accouché d’un occupant de l’Elysée à la stature d’homme d’Etat : pas rien, rétrospectivement, lorsqu’on jauge la texture présidentielle de ses successeurs. La vraie tromperie vient des médias français qui, en 1994, ont feint de découvrir ce destin clair-obscur alors que Le Crapouillot (magazine non conformiste en vente libre) consacrait dès 1972 une étude fouillée à la vie et aux contradictions du premier secrétaire du PS.

L’homme a maintenu à tout prix la dignité de son apparence, ne laissant pas les affres de la maladie liquéfier son esprit. Au contraire, dans le drolatique Starko de Karl Zéro, on découvre un Chirac en abandon comportemental, décontraction avec coupe-vent trop large, jean usé, grosse écharpe rouge nouée, petit-chien-à-mémère, pincement des lèvres façon Heaulme et démarche de vieillard égrotant.

La fin de Mitterrand, 9 avenue Frédéric-Le-Play, n’a pas manqué de grandeur. Son choix de cesser alimentation et traitement, pour ne pas subir une décrépitude des sens et de l’esprit, l’extrême densité avec laquelle il a fait ses adieux à ses proches, ceux des deux familles, d’Assouan à Latche, permettant à chacun d’en retirer l’affection ou l’amour qui lui permettent de vivre au mieux sa disparition, tout cela révèle une noblesse d’âme, quelles qu’aient été ses talents carnassiers pour atteindre et conserver le pouvoir. Le pouvoir : passion sur laquelle Madeleine Chapsal l’interroge à l’automne 1995 pour un ouvrage en préparation, autorisée à lui rendre visite dans son dernier logis parisien, et que j’accompagne jusqu’au troisième étage, accueillis par un impressionnant gorille en costume. Elle m’appellera, peu après, pour me délivrer son ressenti mêlé d’admiration et de tristesse pour cet homme dans son ultime et terrible combat. « Je souffre comme un chien… non comme deux chiens ! », confie-t-il à son fils Jean-Christophe. Une dignité gaullienne dans cette rectitude finale.

Seul regret : alors qu’il est au pied de l’immeuble bourgeois, dans la nuit du 2 au 3 janvier 1996, de retour d’une clinique qui a informé son médecin que dans la quinzaine suivante le cancer atteindrait le cervelet entraînant cécité, perte du langage et naufrage intellectuel (« Je sais ce qu’il me reste à faire » est la réponse sans ambiguïté de l’indomptable), il se ravise, referme la portière et demande à son chauffeur Pierre Tourlier de l’entraîner pour une dernière escapade au cœur de la capitale de son adoré pays. Refus du salarié qui argue de l’absence de son médecin Jean-Pierre Tarot. Si l’on peut admettre la réaction du fidèle conducteur de n’avoir pas souhaité endosser une telle responsabilité – et si Mitterrand était décédé pendant cette promenade nocturne imprévue ! – on regrette avec lui, a posteriori, de n’avoir pu offrir au vieil homme, décidé à en finir avec ce corps douloureux, ces derniers instants de liberté pour son regard perçant, pour sa culture infinie, pour tout son être avide de vivre cette parenthèse jouissive. Comprenant le message implicite dans le refus du chauffeur, ne pas prendre un risque inconsidéré, il renonce au dernier divertissement et rejoint son troisième étage, dont il ne sortira plus vivant.

Jacques Chirac sera le premier personnage non lié familialement à Mitterrand à venir se recueillir sur la dépouille du feu président, un peu plus de six mois après l’avoir raccompagné sur le perron de l’Elysée. L’hommage officiel qu’il lui rendra sur les écrans révélera qu’au-delà l’adversaire politique il respectait l’homme d’Etat et admirait l’homme privé. Et politiquement, étaient-ils si opposés ? Mitterrand aux origines droitistes ; Chirac, le cœur à gauche… L’antagonisme s’est surtout exacerbé pour la conquête de la présidence de la République. Relativiser les oppositions passées pour honorer les qualités fondamentales, voilà l’intelligent et sensible geste de Chirac.

Rapprocher les destins pour mieux les distinguer, et s’interroger sur ce qui a permis à Mitterrand de réunir ses deux familles autour de son cercueil, alors que d’autres ne parviendront même pas à rassembler leur famille légitime au complet. Là où Mazarine Pingeot délivre des souvenirs affectueux pour son père, d’autres fustigeront les salauderies délinquantes de leur géniteur. D’Amstetten aux Ardennes, en dérivant par les plats pays, d’écœurantes révélations édifient sur le néant paternel de ces enfumeurs de réalité, uniquement déterminés à soulager leurs sordides élans sexuels. Mentir, Gueuler, Manipuler.

 

Documents joints à cet article

Mener, Guerroyer, Mourir Mener, Guerroyer, Mourir
par Loïc Decrauze (son site) lundi 19 mai 2008 - 46 réactions
49%
D'accord avec l'article ?
 
51%
(31 votes) Votez cet article

2 moyens pour donner

Don défiscalisé 10€ ou plus

Obtenez une réduction fiscale de 66% avec un e-reçu. Un don de 10 € ne vous coûte que 3€40.

Grâce à votre aide, AgoraVox peut continuer à publier plus de 1000 articles par mois. En donnant à la Fondation AgoraVox, vous offrez un soutien à la liberté d'expression et d'information.

Les réactions les plus appréciées

  • Par maxim (xxx.xxx.xxx.74) 19 mai 2008 13:40
    maxim

    sacré Mitterand ..

    depuis ma prime jeunesse ,j’en ai entendu parler ,il a bouffé à tous les rateliers ,de l’extrême droite à l’extrême gauche ,eu un rôle à jouer aussi bien sous Vichy ,que sous l’Indochine et l’Algérie ,voulait à tout prix arriver au poste suprême ,par n’importe quel moyen ,toujours à l’affût ...

    en Mai 68 ,quand De Gaulle est parti à Baden Baden ,il était prêt à un coup d’état et avait déclaré qu’il était en mesure d’assurer le remplacement du Général séance tenante !

    Couve de Murville avait dit à l’époque que Mitterand n’avait jamais été un homme de gauche ,et quand à un fameux congrès il avait chanté du bout des lèvres l’Internationale ,parce qu’il avait besoin des voix du PCF pour parvenir à ses fins ,ça n’avait pas échappé à l’oeil d’un caméraman qui avait fixé l’objectif sur l’expression du père François qui devait se dire " merde ,qu’est ce qui faut pas faire pour arriver à se faire élire ..."

    un sacré embrouilleur le père Mitterand qui avait obtenu son éléction en promettant de faire son affaire des 1 million de Chômeurs de 1981 ,et qui à la fin de son règne en comptait 3 fois plus !

    c’était plus un monarque qu’un président ,et le pire c’est qu’il a encore une cour qui espère en sa résurrection !

  • Par GreenGarden (xxx.xxx.xxx.146) 19 mai 2008 14:17
    GreenGarden

    Mitterrand avec son passé sulfureux, ses cadavres (3 suicidés dans son entourage) , ses scandales financiers (l’affaire Urba, entre autre) et prévarications en tous genres, restera l’homme des intrigues et du cynisme politique.

    G.

  • Par (xxx.xxx.xxx.109) 19 mai 2008 13:58

    Mittérand réélu suite à un bilan catastrophique. C’est la preuve par a+b que les francais votent à la gueule, sans réfléchir. Rebelotte avec Chirac, puis avec Sarko.

  • Par Gazi BORAT (xxx.xxx.xxx.192) 19 mai 2008 12:50

    Je me souviens, au lendemain de sa mort dans "Libération", de la phrase laissée par Jean Jacques Goldman, au milieu d’un concert de louange :

    • "L’archétype de l’homme de droite"

    Je me souviens de mon étonnement devant l’oraison funèbre de Jacques Chirac, exercice dont il ne sétait pas si mal tiré.

    gAZi bORAt

     

Réactions à cet article

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


Faites un don

Les thématiques de l'article

Palmarès

Agoravox utilise les technologies du logiciel libre : SPIP, Apache, Debian, PHP, Mysql, FckEditor.


Site hébergé par la Fondation Agoravox