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Merci Monsieur Geremek

C’est un fait grave qui est en train de se dérouler en Europe et c’est en Pologne que ça se passe. » C’est François Bayrou qui le dit et il a raison. Pour n’avoir pas obéi à une nouvelle loi polonaise inique sur la « décommunisation », une loi décidée par les deux sinistres jumeaux qui dirigent aujourd’hui le pays, Bronislaw Geremek, un des grands démocrates européens, ancien chef de la diplomatie polonaise, grande figure de l’opposition anticommuniste et du syndicat Solidarité, va perdre son mandat de député européen.

Geremek est le seul des cinquante et un eurodéputés polonais à ne pas avoir déclaré s’il avait ou non collaboré avec les anciens services secrets communistes, comme la nouvelle loi lui en faisait l’obligation. Une chasse aux sorcières sordide qui en dit long sur l’état de suspicion que le gouvernement polonais est en train d’imposer à son pays. La création d’une sorte de « ministère de la Vérité » indigne d’un pays membre de l’Union européenne.

Il faut écouter Bronislaw Geremek parler de l’Europe, parler de son pays, dans un français parfait. Son intelligence, son humanité, une certaine forme de sagesse forgée par des décennies de combats politiques transparaissent à travers ses mots.

Il faut aussi se souvenir de l’hypocrisie des grands mouvements politiques européens qui ont empêché Geremek de devenir le président du Parlement européen en 2004. Il avait été battu par le socialiste espagnol Josep Borrel, par 388 voix contre 208, battu par une alliance de circonstances des communistes d’une part et de l’alliance contre nature des conservateurs et des socialistes, bien décidés à se partager les postes et le pouvoir. Cette élection, qui aurait pu avoir valeur de symbole, s’est transformée en petit arrangement politicien.

Il faut relire enfin le magnifique texte de François Bayrou dans le journal Le Monde, le 20 juillet 2004, à la lumière de l’élection présidentielle française de 2007 et à l’ombre des ennuis de Geremek dans la Pologne d’aujourd’hui.

« Bronislaw Geremek sera candidat demain à la présidence du Parlement européen. Cette phrase est toute simple. Elle n’a l’air de rien. On dirait de la politique. Pourtant il ne s’agit pas de politique, il s’agit d’histoire. Il s’agit pour l’Europe, en élisant le président de son Parlement, de dire ce qu’elle veut être, de le dire à elle-même, et de le dire au monde. »

« Tout cela est d’une telle force qu’à la vérité, c’est à l’unanimité que le premier Parlement de l’Europe libre aurait dû élire Geremek. Pourtant, on hésite à le dire, les appareils partisans, la droite européenne du PPE et les socialistes européens du PSE ont décidé de changer ce jour historique en un jour de médiocre politique. »

« Et voilà que la première décision que les socialistes européens et la droite européenne ont prise dans l’ombre des couloirs de Bruxelles, c’est de s’entendre pour verrouiller le Parlement et pour se partager la présidence moitié-moitié ! Les socialistes, particulièrement les socialistes français, ont accepté sous la table l’accord avec la droite honnie, pourvu que le candidat socialiste soit élu pour la première partie du mandat ! Et la droite, particulièrement la droite française, s’apprête à voter socialiste, contre Geremek, pourvu qu’elle en soit récompensée en obtenant la deuxième partie du mandat ! Et après cette dérision, ils viendront nous parler de démocratie, avec des trémolos... »

Contre une bipolarité de façade, une opposition factice, un déni de démocratie, une hypocrisie politique portée à son paroxysme, Bayrou, déjà en 2004, oppose sa liberté de choix, sa vision différente de l’Europe, son sens de l’Histoire, sa façon de penser la politique. Tout y est.

Que se serait-il passé si Geremek était aujourd’hui président du Parlement européen ? Les inquiétants siamois de Varsovie se permettraient-ils la même désinvolture ? Il est peut-être un peu tard pour s’offusquer, messieurs les députés socialistes et conservateurs de Strasbourg. L’occasion était belle. C’est votre échec qui revient aujourd’hui comme un boomerang.

Signons la pétition de soutien à Bronislaw Geremek.

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    Par Nicolas Proix (xxx.xxx.xxx.248) 27 avril 2007 15:45

    @ Bill

    Je suis assez réticent à lire la prose de Monsieur Daoudal. J’ai vaguement l’impression que, dans tous les cas de figure, il s’agit de plaquer des sentiments français sur un cas polonais. Pour le défendre comme l’attaquer, d’ailleurs.

    Attaquer Bronisław Geremek sous le fallacieux prétexte qu’il "a adhéré en 1950 au parti communiste polonais, dont il a été un militant actif pendant 18 ans", c’est vraiment le type même de procès d’ignorance fait aux Polonais de cette époque. Facile à dire ! Nous étions à l’Ouest. En 1950, Staline vivait encore. Pour avoir une quelconque place dans la société polonaise, comment faire autrement que d’être communiste ?

    Je vais peut-être vous apprendre quelques chose, mais le communisme polonais d’après-guerre n’était justement pas celui de l’URSS. C’était le seul Parti de l’Est qui avait permis de garder une certaine forme de propriété privée, qui tolérait l’Église, grâce aux accords entre Gomułka et le cardinal Wyszynski, etc.

    Or, tout cela s’est terminé en . . . 1968, quand le même Gomułka n’a eu d’autre choix, sous la pression du bien-aimé "grand frère", que d’intervenir en Tchécoslovaquie pour contraindre Alexander Dubček à annuler ses réformes trop "occidentalistes". Le durcissement du régime et le remplacement de Gomułka par Gierek datent de cette époque-là également (1970).

    Il n’y a donc rien que de très logique au départ de Geremek du communisme.

    On a fait le même procès à Günter Grass et à Joseph Ratzinger à propos des Jeunesses Hitlériennes. Voyez le ridicule du parallèle.

    A quoi bon reprocher des faits aussi anciens - et franchement aussi peu répréhensibles quand on sait ce qu’enduraient opposants et résistants - à des personnes qui ont eu toutes les occasions de prouver leur opposition à ces régimes déviants ?

    Pour ce qui est de la méthode de transition, toute en négociations, je ne vois pas où est le mal dans l’affaire, et je crois y avoir déjà suffisamment répondu dans mon précédent commentaire.

    Par contre, je ne vois vraiment pas ce que vient faire ce commentaire final dans l’histoire : "Il faut dire que l’Union a la Pologne dans le collimateur, pensez donc ! Un pays qui est resté catholique, et qui se déclare plutôt contre l’avortement ! Si même les droits de l’Homme s’en mèlent..."

    Voilà tout à fait le type même de commentaire qui ne peut exister que sous la plume d’un Français. Rappel (d’il y a seulement 3 ans . . .) : sur 25 pays préparant la Constitution Européenne, combien se sont opposés à la mention de "l’héritage chrétien" de l’Europe ? (Qui est une évidence pour moi, mais je ne m’étends pas là-dessus, je suis prêt à en discuter ailleurs). Combien ? Deux. France et Belgique. Donc prétendre que l’Europe s’oppose au catholicisme polonais, c’est un "anatopisme", si je peux me permettre (par analogie avec l’anachronisme).

    Et, de toute façon, honnêtement, . . . quel rapport ? Ce qui est en cause, c’est le bien-fondé de cette loi qui me semble effectivement excessive et légèrement malsaine . . .

    Oui, j’ai signé la pétition pour soutenir Pan Geremek et Pan Mazowiecki. Nie ma problemu dla mnie.

  • vote :
    Par Vilain petit canard (xxx.xxx.xxx.250) 27 avril 2007 14:47
    Vilain petit canard

    La Pologne fait exactement ce que la France a refusé de faire après 1945 : tout déballer. Je ne sais pas si c’est bien ou mal, mais si les Polonais ont décidé de faire comme ça (loi votée), pas la peine de les contrarier, ils assumeront les conséquences de leurs décisions.

    C’est peut-être une bonne chose, après tout, de tout déballer à chaud. Nous, on a étouffé, et quand j’étais petit, on nous apprenait que tous les Français avaient été de vigoureux résistants. Il y a encore peu, on vantait les mérites de résistant de notre bon Président Mitterand en occultant son passé de sous-préfet décoré de la francisque par Pétain. Puis on est passé au "tous collabos", tous complices. Et on ne peut pas ouvrir un journal sans se faire refaire la dernière guerre et la lutte contre les nazis, qui comme chacun sait, menacent dangereusement notre société. Visiblement, on a encore un peu de mal avec cette période.

    Et puis, est-ce vraiment important pour nous ? Le fait que la Pologne soit dirigée par deux frères (jumeaux !!!) me laisse plus perplexe sur leur capacité à lutter contre le népotisme et le copinage. Et qu’ils acceptent des bases de missiles américains visant la Russie, sans consulter leurs voisins européens me gêne carrément.

    Mais bon, si Geremek est le sujet d’inquiétude, allez-y.

  • vote :
    Par L’enfoiré (xxx.xxx.xxx.225) 27 avril 2007 18:04
    L'enfoiré

    Salut Bill,

    Je me permets de citer un billet d’un de nos journalistes, que j’aime beaucoup et qui donne un billet de la sorte tous les matin à la radio . Au sujet de l’affaire, il dit :

    Je vous parlais hier de cette loi polonaise de lustration à laquelle Bronislaw Geremek avait refusé de se soumettre et puis voilà que, dans la foulée, on apprend que Tadeusz Mazowiecki, le premier des premiers ministres polonais d’après la chute du Mur, a fait pareil il y a quelques jours. Geremek, Mazowiecki ? Ce serait donc toujours les mêmes ? Geremek a 75 ans, Mazowiecki 80. A quel âge exactement arrête-t-on d’être dissident ? Et dites-moi, Sophie, est-ce que les dissidents font des enfants ? Parce que sur les eurodéputés polonais qui sont quand même 54, Geremek est le seul à n’avoir pas signé sa déclaration. Il y a un homme, un poète, dont nous fêtons ces temps-ci les cent ans de la naissance, qui était dans les maquis de Provence pendant la guerre, la même guerre que Geremek passa dans le ghetto de Varsovie, et qui a écrit ceci : « Notre héritage n’est précédé d’aucun testament ». Ce poète, c’est René Char. Il disait aussi : « Pour qu’un héritage soit réellement grand, il faut que la main du défunt ne se voie pas ». Les mains de Geremek et de Mazowiecki sont toujours vivantes, peut-être qu’elles se voient trop et que personne n’ose les saisir ? Qu’elles sont difficiles à prendre, les mains des hommes qui ont pétri l’histoire et qui l’ont empoignée. Mazowiecki et Geremek ont tous deux connu les prisons de la Pologne de Jaruzelski. Ils ne laisseront d’autre héritage que ce devoir de désobéissance auquel nul n’est astreint. Car de quoi peut-on être dissident aujourd’hui, quand nous acceptons un peu plus tous les jours les choses qui nous révoltaient hier ? Et nous qui n’avons pas connu la prison, l’aurions-nous signée, cette loi de lustration ? Nous qui nous habituons à tout et qui nous accoutumons du reste ?

    Paul Hermant

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    Par Jim (xxx.xxx.xxx.236) 27 avril 2007 20:06

    Bonjour

    Je suis actuellement en Pologne, et parmis le peuple c est un autre son de cloche. En effet, tous les polonais souhaitent que les anciens communistes, qui ont eut des postes a responsabilite pendant l ere russe, et qui actuellement ont des hautes fonctions, repondent d abord de leurs actes avant d avoir de nouvelles responsbilite. Personne en France ne se rend compte de ce qu ont vecus les polonais, leur Foi etait interdite, pour se nourrir, il fallait faire la queue pendant des heures pour avoir un pauvre morceau de pain, pour avoir un travail, il fallait adherer au parti, les refractaires au pouvoir etaient soit assassines, soit on ne leur donnait pas de ticket de rationnement. Et ces histoires ont a peine 20 ans... La France, comme d habitude prend des positions sur tout, or ce n est pas leur probleme. S il est vrai que le president et le premier ministre ne sont pas bien vu, pour ce qui est de juger, et eventuellement condamner les anciens communiste, tout le monde est d accord. Bien sur, au pays des droits de l homme, on s indigne, et pourtant souvenez vous de l epuration... Si les polonais si prennent maintenant c est qu ils avaient d autres chats a fouetter, c est a dire nourrir le peuple.

    La Pologne a peut etre 50 ans de retard sur les grands principes humanistes qui nous regissent nous ( avortement, adulation des gays, negationnisme des exactions communistes)ils ne s en trouvent pas plus mal, ils invitent tout le monde a se meler de ce qui les regarde, l Europe ne s est jamais indignee du sort de ces populations qui ont ete asservis pendant 50 ans, laissez les laver leur linge sale en famille et regardez ce qui vous attend chez vous d ici quelques semaines....

    Jim

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