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Meuse : Trois ouvriers fauchés par un train...

 
Meuse : Trois ouvriers fauchés par un train sur une voie ferrée privée.
 
La sécurité sacrifiée à la rentabilité ?
 
 
http://www.youtube.com/watch?feature=player_detailpage&v=2GM_TYspIl8
 
(désolé pour l’indécence, en ces circonstances, des quelques secondes de pub précédant la vidéo)
 
 Trois employés d'Alstom sont morts jeudi matin, fauchés lors d'un essai du nouveau train de la société sur une voie privée en Meuse, un accident rare dont les circonstances n'étaient pas encore élucidées en fin d'après-midi.
Les salariés du groupe de construction ferroviaire ont été percutés vers 08H35 par un train qui effectuait des essais sur une voie louée à Réseau ferré de France (RFF), entre Loxéville et Willeroncourt, et parallèle à la ligne ferroviaire classique Paris-Strasbourg, a précisé le groupe.
"Les essais étaient destinés à tester la qualité de ce nouveau matériel roulant. Ils avaient débuté depuis une semaine. Il est encore trop tôt pour déterminer les circonstances de l'accident", a dit le président d'Alstom Transports, Henri Poupard-Lafarge, lors d'une conférence de presse sur place.
"A priori, il n'y a pas eu de défaillance technique du matériel", a-t-il ajouté, en précisant que le train roulait "vite, entre 80 et 100 km/h".
L'accident a eu lieu en sortie de courbe sur cette voie grillagée des deux côtés et située près de la voie empruntée par les trains du réseau national, a relaté le commandant de gendarmerie de la Meuse, Frédéric Cléton.
"Les ouvriers avaient l'habitude d'entendre les autres trains circulant sur la voie à proximité, ils ne se sont peut-être pas méfiés", a estimé le commandant Cléton.
Le train était composé d'une motrice et de quatre rames du Régiolis, une nouvelle génération de train régional dont les premiers exemplaires doivent être livrés fin 2013, avec à leur bord une vingtaine d'ingénieurs d'Alstom.
Les trois victimes faisaient partie d'un groupe de dix ouvriers chargés de reballaster les voies, selon M. Poupard-Lafarge. Deux étaient salariés d'Alstom, le troisième travaillait en intérim. "L'intérimaire était le seul originaire de la région. Ce sont des pères de famille", a-t-il indiqué, sans préciser leur identité ou leur âge.
Selon Anne Cochart, Officier de gendarmerie, les sapeurs pompiers ont été dépêchés sur place pour porter secours à 5 autres ouvriers présents sur les lieux et légèrement blessés lors de la collision.
L'accident est survenu sur une portion de 11 kilomètres de ligne, louée par RFF cet été à Alstom pour 15 ans, a précisé à l'AFP le président de RFF, Hubert du Mesnil.
 Un porte-parole de la SNCF a de son côté démenti toute implication de la société nationale. Cet accident est d'autant plus "révoltant" qu'il s'est produit sur une section qui avait justement été louée pour permettre aux ouvriers de travailler en toute sécurité, a ajouté M. du Mesnil.
"Pour l'instant, on ne sait pas où est la défaillance. Nous avions mis cette voie d'essai à niveau pour faire les tests, nous arrivions à la fin des travaux. Depuis 15 jours, nous avions testé la capacité de la voie avec du matériel homologué. Et nous commencions depuis une semaine à tester ce nouveau matériel", a expliqué le président d'Alstom Transports.
 
Commentaires personnels :
 
Extrait d’une note Sncf :
 6.5 - Annonceur
L'annonceur est l'agent chargé d'annoncer l'approche des circulations.
6.6. - Sentinelle
Lorsque l'annonceur ne dispose pas d'une distance de visibilité suffisante, une oudes sentinelles lui signalent l'approche des circulations.
 
Cheminot est un métier à part entière.
Sachant que l’accident a eu lieu en sortie de courbe, la position dessentinelleset de l’annonceur ne semble pasavoir été respectée. Y en avait-il d’ailleurs ? Il est possible d’en douter au vu des déclarations de l’officier de gendarmerie sur la vidéo. L’enquête devra, en tous cas, l’établir car c’est un point d’une importance capitale. Ces ouvriers n’étaient-ils pas plus « rentables » à travailler sur la voie, peu importe le défaut de surveillance ?
Dans ce contexte particulier, l’avenir de la sécurité apparaît bien sombre :
Le centre d'analyse stratégique (CAS), l'organe de prospective du gouvernement, a rendu le 5 octobre dernier un rapport à fort potentiel polémique. Publié en pleines Assises du ferroviaire, il détaille par le menu les enjeux économiques et sociaux de la future libéralisation du transport des voyageurs décidée par la Commission européenne.
A l'horizon 2016, la SNCF ne sera plus seule habilitée à transporter des voyageurs sur le réseau ferré français. Comme pour celui de l'électricité, et en attendant celui des services postaux, le marché du transport ferroviaire des voyageurs va devoir s'ouvrir aux concurrents et suivre la destinée du fret et de certaines lignes internationales.
Bienvenue au privé, à sa gestion basée sur la rentabilité au détriment de la sécurité.
31 mai 2010. – La Commission européenne a exigé de Paris la privatisation de la SNCF en transformant le statut d'EPIC en celui de société anonyme. Selon les commissaires européens, la garantie de l'État sur l'entreprise publique fausserait le jeu de la concurrence. Le 11 février dernier, Bruxelles avait adressé un courrier en ce sens à Paris.
 
Du côté syndical, la réaction est encore plus vive. « Pour accélérer le mouvement vers la privatisation totale, l'Europe demande à la SNCF de se transformer en société anonyme […] On nous dira qu'il ne s'agit pas d'aller vers la privatisation malgré les exemples d'EDF et de La Poste », réagit SUD-Rail. « La SNCF est encore un EPIC, mais pour combien de temps ? La commission européenne va-t-elle aller devant la cour de justice pour que la SNCF se transforme en SA ? […] La Commission européenne veut encore pénaliser les entreprises de service public », précise le syndicat.

 

 
Une vraie entreprise de démolition qui va à l'encontre des fondements même de l'Europe.
 
— Syndicat CFTC cheminots.
 
« La Commission européenne, ses technocrates, l'Europe en général, cassent tous les services publics qu'elle touche. Une vraie entreprise de démolition qui va à l'encontre des fondements même de l'Europe », estime Bernard Aubin, secrétaire général du syndicat CFTC des cheminots. Et d'ajouter : « L'Europe a imposé la concurrence dans le fret ferroviaire sous prétexte de le dynamiser : bilan, le fret SNCF est au bord du gouffre et la quantité de marchandises transportées par le rail n'a jamais été aussi basse en France ».
 
Aujourd’hui ce sont trois pauvres ouvriers qui ont été sacrifiés sur l’autel de la rentabilité.
Quel sinistre bilan demain parmi les voyageurs et les cheminots ?
 
 
« La multitude des hommes vivants est sacrifiée à la prospérité de quelques uns » (Senancour)
 
 



par Guy BELLOY vendredi 2 décembre 2011 - 18 réactions
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Les réactions les plus appréciées

  • Par ROBERT GIL (---.---.---.170) 2 décembre 2011 10:28

    Tout ceci est le résultat de politiques d’entreprise, pour lesquelles les coûts sociaux doivent être compressés en privilégiant la sous-traitance et en intensifiant le travail comme jamais. Face à cela, ni l’Inspection du travail ni la Médecine du travail n’ont les moyens d’assurer leurs missions. Les accidents du travail faute de prévention, faute d’effectifs, ainsi que les maladies professionnelles non reconnues, et les pressions sur les délégués syndicaux, ou sur les familles pour qu’elles ne portent pas plainte ne peuvent plus durer. Le laissez faire et le laissez taire doivent enfin être contrariés....

    http://2ccr.unblog.fr/2011/01/15/travailler-nuit-gravement-a-la-sante/

  • Par piquecul (---.---.---.138) 2 décembre 2011 11:25

    Presque un meurtre !

    Pour des raisons que je ne dévoilerais pas, j’ai eu à connaître des informations sur la société Alsthom et ses centres d’essais.

    Ce que j’évoque dans ce texte n’est ni de la médisance, ni de la délation. Il n’en est pas moins vrai que ce qui c’est passé aux environs de Bar Le Duc hier matin, et qui s’est soldé par un bilan de trois morts, était prévisible.

    La société Alsthom n’est pas directement impliquée dans cet accident si ce n’est qu’elle est le maître d’œuvre par l’intermédiaire d’un « filiale » et plus précisément C.E.F. Cette entreprise est placée directement sous les ordres de Alsthom avec même certains cadres communs.

    Si, jusqu’à hier, rien de notable n’était apparu, ce n’est plus le cas. Et c’est un scandale car manifestement les règles les plus élémentaires de sécurité ont été ignorées pour ne pas dire inappliquées.

    Comment peut on justifier la présence de travailleurs sur la voie sans protection physique et humaine ?

    Qui et comment peut-on autoriser une circulation a s’engager sur une section de voie sans en vérifier le dégagement ?

    Qui a mis sous tension l’alimentation électrique de cette portion de voie sans s’assurer que cela pouvait se faire sans danger ?

     Pour répondre à ces questions il faut et il suffit de se pencher sur la méthode de commandement de ce « laboratoire d’essai ». Pour faire un vilain jeux de mot, plutôt un « abattoir d’essai ».

     Le moins insultant des qualificatifs est la coupable négligence avec laquelle est gérée ce « Laboratoire ». Une négligence soumise aux impératifs de rentabilité, de rapidité de résultats aux dépends de la sécurité des travailleurs et (et, me suis laissé dire) des futurs voyageurs.

    Quel est le fieffé menteur aujourd’hui qui est en mesure de nous assurer, qu’en plus des risques inouïs des travailleurs, la qualité des résultats des essais est réelle ? Est-il donc garanti que ces « essais » sont véritablement fiables ?  Dans quelle mesure les économies de financement alliées aux économies de travailleurs qualifiés (souvent remplacés par des intérimaires sous payés) et au rendement rapide ne seront pas àl’origine de défauts de conception dangereusement ignorés ?

    Comment au XXIeme siècle peut on partir rejoindre son lieu de travail à l’ombre de son cercueil ? Tous les moyens de préventions et de sécurités étaient-ils connus des victimes ? Tous les acteurs de ce drame connaissaient-ils les lieux et les conditions de travail particulières du site ?

    Manifestement non ! La faute ne peut être imputable à un seul des acteurs car elle résulte de plusieurs infractions aux règles élémentaires du milieu ferroviaire. Qui peut croire qu’un dirigeant (si un était présent lors des faits) ne porte pas la responsabilité de cette horreur. Mais en est-il le seul ? Pas si sur.

    Lorsque l’on n’applique pas les directives (pourtant répertoriées dans le Document Unique des risques d’accidents) nécessaires par manque de personnel qualifié, lorsque le système fonctionne avec le minimum de personnel formé, lorsque les travailleurs, eux même, ignorent les risques, alors il faut s’attendre à un problème grave. Ce problème est directement issu de l’obsession du coût minimum, du temps limité, du résultat attendu.

     Je suis profondément affecté par ce drame surtout en cette période de l’année ou le deuil est particulièrement ressenti.

     Puis nous voyons venir sur les lieux un P.D.G affligé, une palanquée de ministres y va de sa larme de sympathie avec les familles. Même un Directeur Général du Travail est convoqué sur place pour « faire la lumière ».

    N’ayons pas de frayeurs anticipées ! De l’enquête la lumière mettra en évidence quelques sous fifres dont les responsabilités seront diluées. Au mieux, les familles se verront reconnaître un droit à une misérable indemnité.

    Misérable car bien inutile. Rien, ni personne, ne remplacera ces hommes qui à jamais resteront absent. Et surtout misérable, car c’est faire une aumône bien amère que de glisser au creux d’une main, même pas tendue, un lot de consolation. Un peu à la manière de la main flatteuse sur le flanc du cheval qui a bien travaillé aux labours. Brave bête !

    J’ai honte de ce que j’ai pu lire sur ce « faits divers » qui sera bien vite oublié devant l’actualité si importante de nos politiques.

    J’ai honte de parler dans le vide sidéral de notre indifférence quotidienne. Alors je prends ma plume et je vomis sur ces personnages infects qui ne sont intéressés que par leur petit pécule qui grossit encore et encore. Ce qui m’étonne toujours c’est la passivité des rangs des modestes qui stoïquement continuent leur chemin sans se rebeller.

    Le champs d’honneur, si prisé par les sabreurs de tous poils, est là ! sur ces lieux de travail qui sont aujourd’hui plus nombreux que les quelques champs de batailles connues. Et ce sont encore les mêmes qui y tombent ! Paradoxal non ?  

    Que dire des blessés, meurtris dans leur chair, et pour qui les difficultés iront en grandissant ?

    Il en est même qui trouvent des circonstances atténuantes aux employeurs qui les licencient ensuite. Et oui ! Ils ne sont plus aptes à leurs postes de travail et puis cela coûte cher un poste adapté alors…

  • Par jaja (---.---.---.129) 2 décembre 2011 11:01
    jaja

    Je pense surtout aux familles, aux enfants de ces travailleurs sacrifiés par des ordures qui n’ont que les mots rentabilité et privatisation à la bouche...

  • Par antonio (---.---.---.21) 2 décembre 2011 11:17

    On nous rebat les oreilles avec le nombre de tués lors d’accidents de la route.
    Il serait souhaitable que l’on nous tienne au courant du nombre de morts au travail et il est sans doute bien plus élevé que l’on ne l’imagine : ce sont des morts cachés, le plus souvent sacrifiés sur l’autel de la rentabilité.

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