• dimanche 19 mai 2013
  • Agoravox France Agoravox Italia Agoravox TV Naturavox
  • Agoravox en page d'accueil
  • Newsletter
  • Contact
AgoraVox le média citoyen
La fondation Agoravox
  Accueil du site > Tribune Libre > Mme Albanel : il « faut » dépénaliser le téléchargement
8%
D'accord avec l'article ?
 
92%
(114 votes) Votez cet article
  • Faire un don
  • Imprimer cet article
  • Marquer et partager

Mme Albanel : il « faut » dépénaliser le téléchargement

Mme Albanel vient de présenter en Conseil des ministres son projet de loi de riposte graduée pour sanctionner les internautes usant ou abusant du téléchargement. L’occasion de livrer un point de vue décalé et forcément subjectif.

Autant avertir le lecteur, ce billet n’entrera pas dans les détails techniques de la loi, ni dans une rhétorique sur la nécessité de sanctions ou bien d’autres précisions sur d’éventuelles taxations à moduler ici ou là. En fait, mon avis est tranché depuis des années. Voilà pourquoi je n’ai pas suivi les développements de cette affaire sur laquelle j’ai des positions définitives et, en fin de compte, d’une simplicité radicale. Deux volets seront exposés, l’un personnel et l’autre relevant d’une réflexion citoyenne. Et, pour résumer mon avis, j’avoue ne jamais avoir téléchargé le moindre morceau de musique. Mais, à l’inverse, je plaide pour une dépénalisation complète du téléchargement qui ne doit pas être un délit, mais une pratique ordinaire. Question cigarette même plan, je ne fume pas, mais suis contre l’interdiction de fumer, y compris ce qui pousse sur les balcons à l’abri des regards.

-----------------------

Je n’ai jamais téléchargé parce que j’adore le disque, l’avoir en ma possession, le manipuler, l’écouter. Certes, je regrette ces vieux vinyles ayant accompagné mon existence. Que de souvenirs que les jeunes n’ont pas connus et qui me vaudront d’être taxé de vieux con. Je m’en fous, c’est même amusant, me rappelant les paroles de Chrysler, morceau écrit par Dashiell Hedayat, d’une légèreté et d’une dérision succulente, fleurant la belle époque, la belle Chrysler rose qui ne peut plus rouler et sur laquelle les gosses ont écrit, Dashiell est un con ! Allez, amusez-vous, écrivez que Dugué est un con ! Belle époque, 14 ans, mes premiers vinyles, pas de la daube, Van der Graaf, Magma, Ange, Amon Dull II. Et les âges ont filé. Les vinyles défilés. Puis les CD de prendre la place, avec leur emballage plastique merdique dont le taux de résilience face à la manipulation d’un honnête homme se situe autour de 90 %. Pourtant, il existe d’autres « packagings » avec des emballages soignés, travaillés, agrémentés de livret, notamment les digipacks dont l’ouverture rappelle la double pochette cartonnée des disques vinyles d’époque. Comme ces LP de Yes décorés, intérieur et extérieur, par des œuvres de Roger Dean. Il est dommage que les maisons de disque ne fassent aucun effort dans la présentation du CD. Mais, une chose est certaine, les emballages soignés sont plutôt une spécialité des boîtes dites indépendantes. Comme si la qualité était réservée aux produits écoulés par les voies alternatives, alors que les majors font dans le standard pour un public lui aussi aux goûts standardisés.

Evidemment, les goûts spéciaux font qu’on ne s’y retrouve pas à télécharger, d’autant plus que le CD qui nous intéresse n’est pas forcément mis en partage par les internautes et c’est tant mieux. Chacun ses plaisirs. Et puis, acheter quelques disques n’est pas forcément ruineux. Le tout est d’être mélomane, éclairé, connaisseur et non pas l’esclave des médias et du temps. Les chefs-d’œuvre n’ont pas d’âge parce qu’ils sont de tous les âges. Et pour 7 euros, vous pouvez accéder à un répertoire d’œuvres classiques qui aurait rendu jaloux toutes les majors, de Decca à DG, de CBS à Philips. Allez donc chez Naxos. Après, tout dépend les exigences pour les interprétations. Faudra mettre le prix. Pour 7 euros, sont maintenant disponibles des artistes d’exceptions. Les Doors, Yes, Led Zep… Télécharger n’est pas une nécessité sauf si on n’a pas les moyens. Pour certains, le plaisir d’avoir de la musique gratos est un prétexte pour télécharger. C’est comme quand la caravane du Tour passe. Faut les voir, et pas seulement les mômes de 10 ans, se précipiter pour récupérer des casquettes publicitaires, des porte-clés, des échantillons, des merdes qui finiront à la poubelle, mais qui sont désirées car offertes. D’ailleurs, une chanson de Pagny, de Dion ou d’Iglésias, ça peut être distribué gratuitement, pour être ensuite vidée dans la corbeille de l’ordi. Ça ne vaut guère plus. Quelle idée de condamner de pauvres hères qui téléchargent de vulgaires chansonnettes pour supérette ? Comme si c’étaient des Jean Valjean volant un bout de pain.

-----------------------

Transition toute trouvée pour plaider la dépénalisation du téléchargement. Le net, c’est une tuyauterie, aussi évidente que peut l’être l’atmosphère. Quand on va chez ses potes écouter de la musique, on n’est pas taxé, on n’est pas délinquant. Alors statuons de même pour ceux qui téléchargent. Ils captent un produit musical, une ambiance. C’est offert par un internaute anonyme. C’est le partage. Pour ma part, je ne mettrai jamais mes CD en partage. J’ai une autre philosophie. Mes CD, je les prête parfois à des potes, pour qu’ils les copient. Les artistes les plus téléchargés sont les plus célèbres. Pas forcément les meilleurs. Parmi les plus grosses ventes de disques dans le monde, on trouve (nés dans les 60’ et 70’s) les Beatles, Led Zep, Pink Floyd, bref, des authentiques créateurs et puis des interprètes de music-hall plus tardifs, genre Jackson, Madonna, Dion. A noter l’évolution du rock populaire vers plus de conformisme et de médiocrité. Ceux qui pensent défendre la création en limitant le téléchargement se trompent complètement. Ils ne défendront que les revenus faramineux de célébrités, les profits des majors, l’entretien d’un système alliant business, commerce, publicité, promotion ; qui n’a plus aucun souci des artistes. L’avenir de la création est dans les maisons indépendantes. La plupart tiennent bien. Et l’autre système qui ruine la création, ce sont les médias. Devenus des lieux où on ne parle pas de l’Art, mais on donne de l’antenne aux célébrités pour faire la promotion de leur dernier produit qui sera vendu comme un paquet de lessive dans les hypers. Que dire de ces journalistes qui, pour une avant-première d’écoute d’un Cold Play ou d’un Madonna, se prêtent à cette humiliation d’être surveillés, fouillés, dépouillés de leur portable, par les cerbères musclés des majors, afin de protéger la confidentialité. Mais il faut bien gagner sa vie, dit le badaud des Champs sortant du magasin avec la compil de la Star Ac.

Le mode de fabrication d’un CD est devenu aberrant. Les maisons de disques reconnaissent une rentabilité à partir de 100 000 disques écoulés. A ce compte-là, si la création était entre les mains des majors, imaginons le désastre. Laissons les internautes télécharger, la technique le permet et un disque peut très bien s’échanger avec un anonyme du net. Si le profit des majors diminue, elles n’auront qu’à s’adapter et repenser leur rapport à l’art. Après tout, mettre en péril ce système n’aura aucune incidence sur l’avenir de la musique. Et c’est même le contraire, cela ne peut que favoriser les modes de productions alternatifs. Le rock indépendant, le seul qui pourrait bénéficier du label bio. La pénalisation du téléchargement est une mesure qui ne va pas avec l’intelligence du monde qu’on aimerait voir émerger. Et, pour finir, cette remarque de David Gilmour, dans le docu filmé à Pompéi. Le rock disait-il, est éternel, il résistera, y compris à l’effondrement du système économique. Il faut donc cesser cette rhétorique de la protection de la création. Informez-vous, Mme Albanel, sur ce qui se produisait en 1970, ces groupes étranges, Atoll, Ange, Magma, Catharsis… tous édités dans des grandes maisons avec un autre état d’esprit, des groupes dont on n’est pas sûr qu’ils auraient pu avoir un modeste succès avec les méthodes industrielles actuelles.

Il faut dépénaliser le téléchargement ! Ceux qui pensent le contraire se trompent complètement d’un point de vue moral et éthique.




par Bernard Dugué (son site) jeudi 19 juin 2008 - 84 réactions
yahoo
8%
D'accord avec l'article ?
 
92%
(114 votes) Votez cet article



2 moyens pour donner

Don défiscalisé 10€ ou plus

Obtenez une réduction fiscale de 66% avec un e-reçu. Un don de 10 € ne vous coûte que 3€40.

Grâce à votre aide, AgoraVox peut continuer à publier plus de 1000 articles par mois. En donnant à la Fondation AgoraVox, vous offrez un soutien à la liberté d'expression et d'information.

Les réactions les plus appréciées

  • Par Forest Ent (---.---.---.205) 19 juin 2008 11:26
    Forest Ent

    J’attendais une version définitive du projet de loi pour le flinguer, parce qu’il change à la vitesse de la lumière, surtout après les avis du Conseil d’Etat. Aux dernières nouvelles, on réintroduirait l’obligation de filtrage pour les FAI. Derrière ce projet débile, il y a certainement une volonté de fliquer le net.

    C’est "jurassic park" 4. On a tellement écrit là-dessus entre 2000 et 2005, moi comme tant d’autres. Tout ça pour arriver à cette pitrerie qu’était la DADVSI en 2006. A ce propos, cette loi incluait une obligation de s’auto-évaluer au bout d’un an. On attend ...

    La messe est dite. Il ne manque qu’un épisode pour finir le spectacle et contenter le public, la faillite et la disparition de la RIAA et de la MPAA, deux bandes de pirates, piliers du crime organisé, championnes du racket et de l’extorsion, de la corruption et subornation.

    Personnellement, je n’oublierai jamais que c’est Sarkozy qui a imposé la DADVSI en 2006. Ca a valeur de brevet.

  • Par Cug (---.---.---.242) 19 juin 2008 11:50
    Cug

     Sujet très sensible.

     Il concerne la liberté des citoyens et pose la question de la propriété "culturelle" et donc plus largement de la liberté et de la propriété tout court.

     Je pense que "traquer" les "téléchargeurs" participe de la montée d’un système oppressif et sécuritaire. Que l’on poursuive des pédophiles ou des personnes dangereuses pour la société d’accord mais des personnes qui veulent écouter une chanson ou regarder un film, c’est hallucinant.

     Quand à la propriété d’une oeuvre et les droits inhérents à celle-ci c’est une histoire d’argent, n’est ce pas. Un "téléchargeur" fait ’il commerce de l’oeuvre ? Si oui, il pirate donc le système est est justiciable pour contrefaçon, si non en quoi est ce différent que de préter un disque, un livre, etc ....

     C’est un débat tronqué organisé par de puissants lobbies qui n’entendent pas du tout que des personnes puissent ne pas passer sous leurs fourches caudines, bref à la caisse. Car comme le reste c’est une histoire de "gros sous". Quand aux arguments des lobbies, c’est "peanuts" comme l’écrit Bernard.

     

     

  • Par Cug (---.---.---.242) 19 juin 2008 11:55
    Cug

    @Marsupilami

    Ta copine est peu tavailler plus pour gagner plus, genre en allant travailler, en faisant des concerts quoi.

     La vente de disques c’est comme une rente.

  • Par chmoll (---.---.---.1) 19 juin 2008 12:54
    chmoll

    devrait faire une loi contre l’piratage des fons publics

Réactions à cet article

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


Faites un don
Palmarès

Agoravox utilise les technologies du logiciel libre : SPIP, Apache, Debian, PHP, Mysql, FckEditor.


Site hébergé par la Fondation Agoravox

Mentions légales Charte de modération