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Nice : danger, identitaires !

Je n’ai pas envie de rire aujourd’hui. Un article de Métro sur les identitaires niçois me donne le cafard.

J’ai écrit sur la notion d’identité nationale et ai fait référence au livre d’Amin Maalouf "Les Identités meurtrières". Quand je me penche sur les idées des identitaires les mots de Maalouf résonnent, hélas, tellement juste. Ses mots apaisent un peu ma colère en m’aidant à comprendre comment peuvent émerger de telles idées, mais ma tristesse est profonde devant le manque de recul de ces gens, devant leur rejet des autres. Pour ne pas laisser la colère me gagner, je vais parler un peu de ces identitaires et essayer d’expliquer pourquoi une telle vision de la société et du monde peut exister, avec l’espoir que ces identitaires-là disparaissent dans les oubliettes de l’Histoire.

Nissa Rebela, le mouvement identitaire niçois, présente des candidats aux prochaines législatives à Nice, souhaite l’enseignement du niçois à l’école, l’autonomie par rapport à Marseille et l’expulsion des délinquants d’origine étrangère... Affiches noir et rouge, couleur de la ville, les candidats visent les 2% et ont déjà le regard tourné vers les municipales avec un objectif de 4% et une envie de peser sur les décisions locales. À leur actif :
- Des affiches "Oui à la socca, non au kebab"... !! J’en reste sans voix (la socca estun plat local niçois).
- Annulation du Nice Rap Contest. Pressions sur la mairie contre un ‘concert de rap haineux’ (dixit), diffusion de tracts ainsi que des numéros de téléphone et adresse mail des organisateurs qui ont été harcelés
- Participation à une soupe populaire à base de porc... Ils sont pour un communautarisme blanc et souhaitent aider "les leurs", ceux qui leur ressemblent et sont en Europe depuis quelques générations.
- "milice" à la sortie des lycées (ils ne revendiquent pas le mot et parlent d’opérations de sécurisation et d’îlotage) pour "assurer la sécurité des élèves" avec publicité pour inciter à rejoindre leur mouvement (cf.vidéo).Le phénomène n’est pas uniquement niçois, on retrouve ces idées identitaires partout en France. Leur argumentaire est à la fois un rejet de la société marchande, du matérialisme et un attachement aux racines européennes et blanches, rejetant tout métissage ethnique, tout impérialisme qu’il soit nord-américain ou musulman.

Extrémisme donc. Et rejet.

Rejet de tout ce qui est différent, de tout ce que l’on ne comprend pas ou qui paraît trop complexe.

Ces actions des rebelles niçois et ces idées affichées par les identitaires traduisent un repli sur soi, l’idée qu’il y a "les nôtres" opposés aux "autres". C’est une conception tribale de l’identité qui favorise le rejet des autres : on retrouve ce rejet dans les actes et valeurs énoncées ci-dessus. Les autres sont différents et représentent donc un danger pour les nôtres, pour notre culture, nos traditions, notre identité.

Cette attitude est décrite par Amin Maalouf comme partiale, sectaire, intolérante, dominatrice. Les autres représentent une menace pour notre identité. Comme il y a danger pour les nôtres, il apparaît légitime d’agir pour écarter cette menace. Cela confère le sentiment d’agir pour la survie des siens... Et en état de légitime défense puisque les autres nous menacent. Sur la vidéo des milices à la sortie des lycées, on entend ce paroles : « parce que notre révolte est légitime, parce que nous ne voulons plus subir... nous avons fait le choix de la résistance ». Sentiment de légitimité donc...

C’est quelque part l’illusion d’un monde figé, sans mouvement ni brassage. C’est l’illusion que l’autre est différent de moi. La mondialisation, le choc des cultures créé par l’immigration, la circulation de l’information sont alors vécus comme des menaces. Il y a risque d’uniformisation. Notre identité est donc en danger et il semble alors qu’il faille choisir entre la négation de soi ou la négation de l’autre. Cela entraîne au mieux le refuge dans l’illusion d’un repli sur soi, au pire le rejet actif de l’autre.

Ce choix est bien sûr faux et inexistant si l’on considère l’identité comme étant faite d’appartenances multiples et non uniques, d’un brassage tel que je peux retrouver chez l’autre des points communs avec moi, peut-être plus parfois que chez les "les miens".

Le monde n’est pas figé, la différence est une richesse et l’identité de chacun est complexe et ne devrait pas être source d’opposition aux autres. L’identité de chacun ne doit pas disparaître et se fondre, mais doit exister dans sa complexité et ses contradictions.

Je suis triste donc.

J’aime la socca. J’aime regarder le nom des rues écrit en nissart dans le vieux Nice, je comprends cette peur d’une uniformisation face à la mondialisation.

Je suis triste que ces identitaires s’accaparent ces richesses locales pour les opposer aux autres comme si elles étaient les seules richesses de ce monde et que le rejet des autres cultures était le seul moyen de les défendre.

Je suis triste que quelques meneurs attisent ces sentiments tribaux en s’appuyant sur les peurs et les menaces, faisant croire qu’affirmer son identité contre les autres est un acte libérateur, courageux.

Je suis triste que certains les écoutent et les suivent... Peut-être par habitude ou manque d’imagination... Je préfère ne pas dire autre chose.

par Jimd (son site) vendredi 1er juin 2007 - 47 réactions
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Les réactions les plus appréciées

  • Par armand (xxx.xxx.xxx.163) 1er juin 2007 12:12
    armand

    Ce type de dérive extrémiste n’est malheureusement que le résultat d’un sentiment d’expropriation voire d’invasion ressnti par beaucoup d’habitants de souche. Il existe déjà une forte identité dans le Midi, et dans le cas particulier de Nice, il n’est pas surprenant d’assister à des réactions ’à l’italienne’. Et râler contre les ’petits blancs’ comme le fait le sinistre Mélenchon, par exemple, ne fait que jeter de l’huile sur le feu.

  • Par Patrick_Boissy (xxx.xxx.xxx.155) 1er juin 2007 14:33

    Les réactions "à l’italienne" sous entendent mafieuse ? je pense que l’Italie ne peux se résumer a cela... D’autre part le sentiment d’invasion de la Côte d’Azur devrait porter sur toutes les invasions :
     Les anglais qui, sacrilège, ont donné leur nom à la promenade,
     Les Russes ayant implanté leur église et nommé boulevard et Lycée,
     Les français à la recherche de soleil,
     Les européens en villégiature,
     Les nouvelles fortunes russes

    L’invasion qui a le plus déphasé cette région avec ses origines est l’invasion financière qui a transformé le paysage, les mentalité, les modes de vie et d’habitat. Mais bien sur on a le droit d’avoir le sentiment de rejet selectif...

  • Par LE CHAT (xxx.xxx.xxx.49) 1er juin 2007 12:47
    LE CHAT

    @cris

    bien d’accord avec toi , j’assume le fait de manger avec plaisir du rôti de porc à la diable , le chat est l’ami des démons , tu le sait bien ! smiley je vais pas manger de l’agneau à la diable et exiger du jambon de bayonne halal , faut pas foutre du racisme partout , on va pas exiger à marrakech qu’il fassent la tajine au porc ! smiley les recettes , c’est les recettes !

  • Par Gazi BORAT (xxx.xxx.xxx.192) 1er juin 2007 13:39

    "noyaux de délinquances immigrées.."

    Dans le cas de Nice, le noyau de délinquance le mieux ancré ne semble pas être un produit d’importation.

    Je me souviens de Jacques Médecin, de son règne et de ses obsèques à l’église de la place Rossetti.. que son successeur Jacques Peyrat fit payer par la municipalité..

    Je me souviens de la guerre des casinos, de la disparition de la fille de la propriétaire du Palais de la Méditerranée.

    Je me souviens des mille et une affaires de corruption, dont les plus grosses apparaissaient même dans "Nice Matin".

    Je me souviens d’une ville que j’ai quitté sans aucun regret..

    gAZi bORAt

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