Fort d’une popularité acquise avec les gros moyens de TF1, des hélicoptères, des avions, les matériels de prise de vues les plus sophistiqués, Nicolas Hulot franchit le pas de la candidature à la plus haute fonction de l’Etat. C’est en fait bien de cela dont il s’agit, il pense pouvoir assumer la Présidence de la République Française. Si ce n’était pas le cas, il faudrait le dire clairement : je viens là pour témoigner, pour faire « prendre conscience » etc. D’emblée on s’aperçoit que ce n’est pas mince affaire que de passer du rôle d’agitateurs d’idées, de star de l’audiovisuel, de vedette médiatique à celui de responsable politique en charge de tous les sujets, confronté à toutes les contradictions, comptable de toutes les diversités.
Tant que l’annonce n’est pas faite, les commentaires restent courtois, interrogatifs voir goguenards. Il a suffi d’un petit voyage à Sevran pour que « l’environnement » se transforme.
C’est en premier lieu le fondateur d’Europe-Écologie, l’eurodéputé Daniel Cohn-Bendit, qui exprime quelques réserves. Il va même jusqu’à douter du réel intérêt d’une candidature écologiste à une élection présidentielle au suffrage universel qu’il a toujours combattue, lui préférant les régimes parlementaires à l’allemande ou britannique. En ce sens il n’a pas complètement tort, les seuls scrutins qui pourraient réellement compter pour ces forces « vertes » sont ceux qui concernent les collectivités territoriales et le parlement. Le scrutin uninominal à deux tours est une épine pour ces formations qui demandent depuis toujours une proportionnelle intégrale pour avoir de meilleurs chances d’être dignement représentées et d’agir. Le retour à une République du 4ème type ne serait pas pour déplaire. Saisissant le mot vedette « durable » il profère : “C’est, par exemple, beaucoup plus durable s’ils font un groupe à l’Assemblée qu‘un petit tour aux présidentielles, où ils feront entre 3 et 10 %”.
Eva Joly, partie depuis longtemps dans la course infernale, ayant perdu l’aura du scoop initial ne ménage pas ses mots : “Je pense être la meilleure (candidate). Je trace mon chemin depuis trois ans, j’ai déjà mené trois campagnes, j’en suis à mon 120e déplacement, je suis une femme de terrain” Il est vrai qu’elle entrevoit la possibilité de se faire voler son os !
Alors ? Une primaire de plus ?
Certes répond Hulot mais « ouverte », c’est également la mode : un scrutin avant le scrutin et passant au-dessus des militants des formations politiques est la dernière trouvaille de ceux qui ne cessent de proclamer par ailleurs « engagez-vous ». Mais alors pourquoi s’inscrire dans une formation politique quand elle n’a même plus le loisir de désigner seule ses candidats ? Quel mépris pour ceux si rares qui font l’effort de cet engagement. On comprend Hulot, il faut bien que son “capital” TF1 serve à quelque chose.
Solennel, un peu ému, avec des « tics renforcés » il déclare : “J’ai décidé d’être candidat à l’élection présidentielle et de mettre le capital confiance que j’ai essayé de construire au service du changement.” Les mauvaises langues sont déjà nombreuses à dire qu’il aurait pu faire l’économie du « confiance » après le capital, ce dernier mot étant amplement suffisant et sans doute plus prêt de la réalité. C’est en tous les cas ce qu’Eva Joly laisse déjà entendre avec des allusions à peine voilées aux relations étroites et professionnelles de l’animateur télé avec « les grands groupes » financiers et /ou industriels : “les grands groupes” la référence qui tue ! Il ne va pas falloir longtemps à Nicolas Hulot pour se rendre compte du guêpier dans lequel il s’est fourré.
Il prend les devants d’ailleurs, se déclarant lui-même « candide », mais à un point tel qu’il est permis de douter :
“Je souhaite favoriser l’émergence d’une nouvelle majorité politique” […] « C’est une décision ferme parce que j’ai la conviction que l’impératif écologique conditionne aujourd’hui tous les grands enjeux de solidarité. Et parce que ce diagnostic, central à mes yeux, n’est pas partagé par tous. Notamment dans les partis classiques. Vous savez, je viens de passer quinze jours au cœur de la forêt amazonienne avec le chef Raoni et son peuple. J’ai vu la déforestation sur des milliers d’hectares et ces interminables plantations de soja qui ne servent qu’à alimenter le bétail européen. Vous trouverez ça peut-être candide, mais je me suis dit : “Nicolas, il faut tout tenter !”
Serait-il possible qu’il continue à croire qu’une campagne électorale à la présidentielle s’apparente à une émission de télé ou à un « koh lanta » quelconque ?
On a pu mesurer immédiatement ses énormes lacunes : pas un mot sur le nucléaire, pas une « louche » serrée à Sevran (important la “louche”), aucune précision sur les alliances envisagées pour gouverner, peser. Le petit coup de griffe à Sarkozy et à l’UMP, ainsi qu’aux partis « traditionnels » n’étaient là que pour sacrifier à la bonne vieille tradition du tous les mêmes tous pourris qui fait toujours recette en avant-première et pour les vedettes chargées de chauffer la salle avant l’entrée en scène des vrais compétiteurs.
Ainsi, la notoriété, la télévision, le monde de la virtualité, est redoutable pour ceux qui n’ont pas compris, ou bien oublié, qu’il n’était pas le vrai monde. Nicolas Hulot va s’en rendre compte à ses dépens. C’est dommage, il avait mieux à faire et était sans doute plus et mieux écouté et entendu quand il demeurait à sa place d’aiguillon. La vanité et les entourages avides qui savent la flatter sont de mauvais conseillers.
Nous sommes dans une phase préliminaire et je suis prêt à parier, qu’à l’mage de Coluche en son temps (crédité à un moment d’un flatteur 15%), cette candidature n’ira pas à son terme ; je suggère cependant à Georges Pernoud, l’homme de Thalassa, de venir se mêler au concert : on rigolerait un peu !

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