Le premier conflit social Sarkozien a été géré à la Sarkozy. On s’est plaint de son absence médiatique, ce n’est pas pour cela qu’il n’a pas agi. Tout a été fait pour dénigrer les grévistes, de façon éhontée. Avec en priorité l’usage du vingt heures, jusqu’à plus soif : pas un soir sans la présence d’un conseiller du président ou d’un ministre venant expliquer la théorie de "la grande menace" que fait peser cette grève... sur les trois chaînes principales d’information.
Une grande menace pour le régime, surtout, qui a déclaré par la voix de son écrivain officiel que si cette réforme ne se faisait pas, il n’y en aurait pas d’autres. A croire que le réel Premier ministre est M. Guaino et non l’autre dont on a presque déjà oublié le nom. Le danger n’est pas qu’économique, donc, il est purement et simplement politique. La manipulation de l’information qu’un seul à ce jour a bien noté et observé : Daniel Schneidermann, qui relève la présence d’un étrange papy le soir dans les lucarnes. Si cela ne suffit pas, on donne dans l’opinion de spécialistes et dans le sondage. Parlons-en. L’homme s’appelle Gérard Mermet et n’a jamais caché ses amitiés sarkophiles. A la tête du gratuit Metro, il représente un poids énorme : le soir, les Parisiens se bousculent dans le métro avec à la main deux journaux, Metro et le journal de Bolloré, Direct Soir, avec dessus en couverture la photo de Xavier Bertrand, qui leur disent que les gens qui font la grève sont des "nantis". Le journal de Bolloré avec Bertrand, bizarrement ne propose déjà plus d’en télécharger le texte en PDF, y aurait-il dedans quelque chose de compromettant ? Mermet, fonctionnaire qui "sort de sa réserve" ce qui ne manque pas de sel, propose à mots couverts une contre-manifestation, que l’on retrouve effectivement deux jours après à Paris... où l’on note une participation massive de militants de l’UMP. Les mêmes qui avaient été recrutés à la hâte pour faire la claque pour FR3 lors des cérémonies du 11 novembre, un phénomène relevé par Le Canard enchaîné.
Et si cela ne suffit pas encore, on fait donner du sondage par une officine sarkozyste directement liée au CAC 40 : Opinion Way. Un peu comme si on demandait à une entreprise qui perd de l’argent son opinion sur l’origine de la perte, ou un fabricant de yachts un sondage sur l’efficacité du président actuel. Le 21 novembre dernier, Opinion Way rachetait TLB, apprend-t-on, qui "travaille pour une vingtaine de sociétés du CAC 40". Résultats, les chiffres de perte journalière pour les entreprises apparaissent et en cascade le soir même dans le téléviseur les reportages sur les pertes de la section Fret de la SNCF fleurissent. On en rajoute un couche en affirmant que cette division étant déjà déficitaire, cette grève va la tuer définitivement. Les grévistes sont des fossoyeurs d’entreprise, voilà bien une opinion du XIXe qui réapparaît tout à coup comme par magie... Chez Agoravox, un participant avait commis un article récemment sur Napoléon III en le comparant au régime sarkozien. Il ne croyait pas si bien dire (mais pas dans le sens de son article !), c’est sous Napoléon III qu’est apparu le terme de "classes laborieuses, classes dangereuses". C’est sous Napoléon III aussi que les germes d’une radicalisation du syndicalisme ouvrier est apparue. C’est devenu plus tard le marxisme. Nicolas Sarkozy voudrait faire renaître le PC qu’’il ne s’y prendrait pas autrement, aveuglé par sa haine des travailleurs, et son admiration sans bornes pour les riches et les dorures. En radicalisant la grève, il vient de faire sa première grosse erreur de tactique, aveuglé par sa gestion de l’instant et ses postures hollywoodiennes à la MacArthur. "Je ne céderai pas". Certes, mais dans cinq ans, certains, qui avaient même pu voter pour lui en espérant tout de suite des jours meilleurs, s’en souviendront aussi. Le procès d’intention fait aux syndicalistes vient de fabriquer une opposition forte qui n’est pas prête de retomber dans l’opinion. L’homme intransigeant aussi, qui oublie que le peuple souhaite un dirigeant qui comprenne ses difficultés et non un homme politique qui ne défend qu’une partie de la population, la plus aisée. Une partie minoritaire, comme on peut insister depuis plusieurs jours dans le discours gouvernemental. Dire qu’une minorité souhaite la grève, c’est aussi reconnaître qu’en fasse cela gêne surtout une minorités de patrons dont les profits n’ont jamais été aussi grands, et pas simplement les utilisateurs de transport en commun, les seuls à se plaindre officiciellement le soir dans le téléviseur. A ne jamais montrer l’autre partie, la partie patronale, on en conclut qu’il s’agit bien dans ce cas de propagande. A l’oublier, Nicolas Sarkozy envoie directement un partie des Français dans les bras du PCF, qui n’en attendait pas tant. Sarkozy en régénérateur du PCF, voilà qui est plutôt... inattendu.

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