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Nicolas Sarkozy Ou La Politique De La Terre Brûlée

Oui, bien sûr, ces sondages qui se succèdent, l’un, l’autre, quotidiens, assommants, photos d’un instant, il conviendrait de ne pas y prêter attention, ou du moins, pas plus qu’ils n’en méritent, puisque, justement, ils ne sont qu’instantanés, au sens cliché du terme … Et pourtant … En s’y penchant, tête froide, reposée, on entrevoit quelques hypothèses. Et, peut-être, aussi, une incroyable stratégie.

Or donc, au lendemain d’une enquête TNS-Sofres/Le Nouvel Observateur/i>télé [1] nous indiquant que, si le second tour de la présidentielle avait lieu « aujourd’hui », Nicolas Sarkozy serait battu et par DSK, et par Martine Aubry, et par François Hollande, et par Ségolène Royal, voilà que l’institut CSA (avec BFMTV, RMC et 20 Minutes) complétait le tableau en nous en apprenant une bien copieuse :
Nicolas Sarkozy serait le seul, à droite, à devancer Marine Le Pen au premier tour de cette même présidentielle.
Ni Jean-Louis Borloo, ni François Fillon, pas même le candidat déclaré de 2017, Jean-François Copé, ne seraient en mesure de la distancer. Pis, en ce qui concerne Borloo et Copé, la présidente du Front National leur « mettrait » respectivement 6 et 7 points dans la vue.
Il faut aussi préciser que, dans ces deux enquêtes, Marine Le Pen oscille entre 17,5 et 19%.
Compte tenu de la marge d’erreur
(une fourchette de + ou – 3) cela nous donne 14,5% en hypothèse basse, 22% en hypothèse haute.
Comme dit le camarade journaliste, c’est « sans précédent ». Jamais, le Front National n’a été crédité, dans des sondages, et pour une présidentielle, d’un score aussi élevé. Jamais !

Alors oui, et encore une fois, ce ne sont que des instantanés. Tout peut basculer. Cela dit, tout de même … 22%, c’est inédit !
Mais allons plus loin ….
… Si l’on dissèque consciencieusement ces deux enquêtes, en y appliquant la marge d’erreur, on s'aperçoit que celui (le seul) qui laisse(rait) véritablement Marine Le Pen à distance, c’est DSK [2]. Ce qui ne doit pas ravir l’aile gauche du PS .. Mais enchanter toute la presse de droite qui, depuis des mois, nous abreuve de sondages désignant DSK comme étant, et de très loin, le meilleur candidat pour le Parti Socialiste [3].
Rien de nouveau, me direz-vous .. Non, mais ce qui l’est, ce sont (donc) les scores du Front National dans ces différents sondages
Et s'ils étaient révélateurs d'une stratégie politique ? D’un choix totalement assumé. Par un homme, et un seul : Nicolas Sarkozy.

En effet, alors que tout part à vau-l’eau (est-il vraiment utile d’y revenir ?) que « les merdes volent en escadrille », quel thème va nous être prochainement proposé pour faire l’objet d’un grand débat national :
La place de l’islam en France !
Et pourquoi ?
A priori, parce qu’on (dixit Sarkozy) ne peut laisser Marine Le Pen s’emparer, seule, de ce sujet.
Rappelons, pour les étourdis, que c’est elle qui a dégainé, en décembre dernier, en comparant « les prières de rue » des musulmans à une « occupation ».

En apprenant la tenue d’un tel débat, Marine Le Pen s’est réjouie. Et doublement, quand elle sut que ce pourrait être, aussi, un des thèmes central de la future campagne de Nicolas Sarkozy ... Cette réjouissance est compréhensible : car c’est bien suite au débat sur l’identité nationale que le Front National (qu’on nous avait présenté comme moribond après la présidentielle 2007) a repris du poil du suffrage lors des Régionales 2010.
C’est à se demander, tel Dominique de Villepin, à quoi joue Nicolas Sarkozy ? ... Même celui qui fut son conseiller politique pendant la campagne présidentielle 2007, le sieur Devedjian, se fend d’une tribune pour dénoncer un débat « inutile et dangereux ». Le même Devedjian qui, le 28 mars 2007, se gourmandait des incidents de la Gare du Nord, estimant que, je le cite :

« Cette affaire, c’est bon pour Nicolas : ça remet l’insécurité au cœur de la campagne »

Faut croire qu’à l’époque, Monsieur Devedjian ne trouvait aucun inconvénient à ce que son champion exploitât un fait divers à des fins purement électoralistes.. Faut croire, surtout, que depuis, bien de l’eau a coulé sous les ponts, un autre Sarkozy (Jean) s'étant radiné, mort de faim, sur le territoire de Patrick Devedjian ...
Or, c’est bien, itou, à des fins électoralistes, qu’aujourd’hui, Nicolas Sarkozy veut (via Copé, placé à la tête de l'UMP) ce débat sur l’islam. Il sait (d’autant qu’il en a eu la démonstration avec les Régionales) qu’il tient là un sujet qui peut maintenir le Front National à un niveau élevé ... Mais, ça n’est pas uniquement dans le but de mettre des bâtons dans les roues du Parti Socialiste (qui sait très bien le faire tout seul). Oh non ! C’est aussi pour faire le vide dans son propre camp ! Eviter de se retrouver dans la même configuration qu’en 1995 avec un duel fratricide Balladur/Chirac.
Car, en effet, tout se délitant, et comme rarement sous une présidence, c’en est même affolant, qui nous dit qu’un ténor de l’UMP (excepté Villepin que Sarkozy méprise, au point qu'il ne le considère pas comme un concurrent direct pour 2012) ne serait pas tenté, et fort légitimement, d’y aller ? Estimant qu’il aurait plus de chances que Nicolas Sarkozy de l’emporter en 2012 (François Fillon, par exemple, ou même : Alain Juppé). Ou, tout du moins, de défendre au mieux, les couleurs de son parti.
Bref, Sarkozy est-il vraiment le mieux placé à droite ?

Eh bien, voyez-vous, le sondage CSA du jeudi 24 février nous apporte une réponse : non, il n’est pas le mieux placé pour l’emporter en 2012, mais oui, il est le mieux placé, à droite, pour … battre Marine Le Pen au premier tour ! Il est le seul rempart de son camp face au Front National. Ni Fillon, ni Copé, ni Borloo, ni personne, ne seraient en mesure de le contrer sur ce terrain. De fait, cela tue dans l’œuf toute autre candidature à l’UMP !

Il est évident que Nicolas Sarkozy, même en mauvaise posture dans les sondages, y compris dans sa côte de popularité, ne renoncera pas, jamais, à briguer un second mandat. Parce qu’il croit qu’il pourra, comme en 2007, envers et contre tout, reconquérir son électorat, même ric-rac ; qu’il pourra une autre fois, allez hop, siphonner les voix du Front National. Et c’est pourquoi, il revient (et reviendra encore) chasser sur ses terres, avec ce débat sur la place de l’islam en France (et quoi d'autre, demain ?) ... Mais à la différence de la campagne précédente (qu’il commença dès juin 2002 sur le thème de la sécurité, puis en mordant, pour masquer son bilan en la matière, sur des thèmes chers aux extrêmes) il le fait AUSSI, pour écarter définitivement toute possibilité de candidature au sein de l’UMP. Cadenasser la sienne. La protéger. Tout en – mais ça va de soi – compliquant la tâche du candidat PS (hanté par le spectre du 21 avril).
C’est cela que j’appelle : la politique de la terre brûlée.

Oui, je sais, ça paraît insensé, tant ce choix politique est éminemment dangereux (et contesté – ce n’est pas un hasard – au sein même de l’UMP) mais .. C’est Nicolas Sarkozy ! Il est ainsi. Pour lui, ce serait une humiliation que de ne pas « y aller » une seconde fois, de devoir renoncer. D’aucuns, des Républicains, des Gaullistes, y verraient, du panache, mais lui non.
Alors, pour être sûr d’être LE candidat, l’incontournable, l’unique rempart de son camp contre le Front National, il détruit par le feu toute velléité, toute autre éventuelle candidature de l’UMP.
Voilà ce que nous indiquent les derniers sondages (notamment le CSA). Un billard à moult bandes. Meurtrier ... Loin, en tout cas, de ce que l’on appelle : l’intérêt général. Mais est-ce une surprise, dès lors que nous connaissons l’homme de l’Elysée (et son équipe resserrée) ? Quand, au cours de son mandat, s’est-il une fois, une seule, soucié de l’intérêt général ?


[1] Enquête publiée le 23 février 2011 et réalisée par téléphone les 18 et 19 février auprès d’un échantillon de 1000 personnes représentatif de l’ensemble de la population française âgée de 18 ans et plus (méthode des quotas).

[2] Concernant ce TNS-Sofres publié donc le 23 février, dans le cas d’une candidature Martine Aubry, Marine Le Pen réaliserait, au premier tour, 17,5% contre 24% pour la Première secrétaire du PS. En appliquant la marge d’erreur, Aubry se situerait entre 21 et 27%, et Le Pen entre 14,5 et 20,5%. L’hypothèse haute de cette dernière flirte dangereusement avec l’hypothèse basse de la première.
Pour ce qui est de François Hollande : 22% soit 19/25%, pour une Marine Le Pen à 18,5% soit 15,5/21,5%.
Pour ce qui concerne Ségolène Royal : 19% soit 16/22%, pour une Le Pen à 17,5% soit 14,5/20,5%.
Mais c’est aussi valable pour Nicolas Sarkozy qui selon ces trois candidatures socialistes se situerait respectivement à 24, 23 et 24. En appliquant la marge d’erreur, dans ces trois cas, son hypothèse basse est quasi égale à l’hypothèse haute de Marine Le Pen.
Or donc, seul DSK avec 29% (26/32%) met véritablement à distance la présidente du Front National.
Inquiétant ...

[3] Vous pouvez vérifier, ce n’est certainement pas Libération, et encore moins L’Humanité, qu'ont publié les premiers sondages flatteurs à propos du Directeur Général du FMI. C’est bien la presse classée à droite, et plus particulièrement Le Figaro ... Qui continue d’ailleurs ... Ainsi, quant au sondage TNS-Sofres où Nicolas Sarkozy serait battu dans tous les cas de figure (soit par : DSK, Hollande, Aubry ET Royal) Le Figaro.fr a titré :
« 2012/Sondage : Sarkozy battu par DSK ».

par Philippe Sage (son site) vendredi 25 février 2011 - 90 réactions
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Les réactions les plus appréciées

  • Par Yvance77 (xxx.xxx.xxx.51) 25 février 2011 11:37
    Yvance77

    Salut,

    Il y a un truc auquel Pipole 1er doit faire gaffe en jouant avec les allumettes FN.

    C’est que les prolos il préfèreront toujours l’original (FN) à la copie (Copé et lui).

    Ça ne lui garantit pas le second tour cette voie là.

    A peluche

  • Par easy (xxx.xxx.xxx.174) 25 février 2011 12:44
    easy

    J’aurais parlé de politique de la terre brûlée, moi aussi, mais concernant plus précisément la France entière et non le seul échiquier politique.

    Je vais essayer de le dire rapidement. Comme tous les chefs, plus que d’autres chefs, NS est orgueilleux. Posons qu’il fantasmait être adoré des Français, posons qu’il ait dit à Carla "Tu verras, les Français vont m’adorer". Et bien face à la non réalisation de cette acclamation, face aux manchettes qui ne cessent de le considérer comme pire président de la V ème, il peut en venir, c’est un réflexe reptilien hyper ordinaire, vouloir tout casser.
    Ou plus exactemant, vouloir en état de semi conscience (car la haute conscience impose à chacun de repousser ce fantasme vengeur) la ruine de la France sans que cette ruine puisse lui être impliquée.

    Oui je suis en train de faire allusion à ceux qui, en raison d’une défaite sociale, choisissent de cramer leur maison après avoir suicidé toute leur famille.

    Sans aucun doute ce sentiment vengeur laboure son esprit et sans aucun doute, sa raison lui demande de repousser cette idée (similaire à celle qui anime Khadafi après avoir animé Saddam)

    Vous vous rappelez, quand Giscard avait quitté son bureau présidentiel, il avait pris un ton grave et était parti dos à la caméra avec un pas d’enterrement. C’était pour dramatiser. Il fantasmait le drame pour la France.

    Tout chef qui doit partir la queue entre les jambes est cisaillé entre le désir de tout faire péter et la raison qui l’oblige à renoncer à la politique de la terre brûlée. Et parmi les facteurs de raison, figurent les limites matérielles de son pouvoir destructeur qui l’obligent à renoncer. On peut foutre le feu à sa maison, tuer ses gosses mais ce n’est pas facile d’incendier Paris tout seul.
    Là, il y a Khadafi qui fantasme à haute voix de foutre le feu à son pays mais de là à y parvenir, c’est autre chose.


    Sarko ne pourra pas incendier la France et devra examiner d’autres options mais je ne doute pas que dans toutes ses décisions, depuis qu’il est hué et raillé, que ce soit pour sa petite taille, pour ses tics ou ses réflexions, il y a ce sentiment vengeur qui joue son rôle. Pour lui, se venger n’est pas un tabou.

    Alors que chez Mandela, chez Gandhi, la vengeance est taboue.

  • Par Fergus (xxx.xxx.xxx.232) 25 février 2011 09:33
    Fergus

    Bonjour, Philippe.

    Oui, Sarkozy pratique une politique de terre brûlée. Toute proportion gardée, de même nature dans l’esprit que celle de Khadafi en Libye : tirer ses dernière cartouches en espérant un sursaut victorieux ou disparaître dans le chaos.

    Concernant, DSK, je rectifie (une fois de plus) ce qui est affirmé un peu partout : qu’il y ait une volonté évidente de certains de soutenir sa candidature, c’est évident (et j’en suis réellement désolé) mais il est faut d’affirmer qu’il est porté par les médias de droite, à moins d’admettre que Le Nouvel Observateur et Marianne sont d’affreux relais médiatiques de la droite.

    Essayons d’être un peu objectifssur le phénomène car, comme le dit l’adge, ce n’est pas en cassant le thermomètre que l’on fait baisser la température !

    Cordiales salutations.

  • Par Fergus (xxx.xxx.xxx.232) 25 février 2011 11:15
    Fergus

    Bonjour, Zenzoé.

    Un scénario (Marine Le Pen élue) bien peu vraisemblable mais qui aurait au moins un avantage : ouvrir ipso facto une crise institutionnelle (pour ne pas dire de régime) car l’Assemblée nationale serait à n’en pas douter aux couleurs de l’opposition, ne serait-ce que par réflexe de survie du corps électoral. La mandature débuterait donc immédiatement par une cohabitation, mettant fin à la Ve République !

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