Pourquoi le candidat républicain n’a-t-il pas fait preuve de plus d’agressivité dans le premier débat des présidentielles.
Le 3 octobre dernier le premier débat tant attendu des présidentielles américaines a eu lieu. La presse est unanime, Obama l’a perdu. Il faut dire que pour le républicain, ce débat était clé. Sa côte de popularité était au plus bas depuis les vidéos à scandales, dans lesquelles il qualifiait 47% des américains d’assistés, dont il ne devrait pas se préoccuper. Le vote « anti-Obama » ne lui suffisant évidemment pas à la victoire, sa campagne semblait perdue d’avance. Si Mitt Romney ne voulait pas finir aux oubliettes, il devait se ressaisir et relancer sa campagne. Le premier débat était un peu celui de la dernière chance.
Et comme prévu, le candidat républicain s’est bien préparé. Les fiches bristols étaient sues, sa dialectique parée et pour la première fois de la campagne, le candidat républicain mormon est apparu avec une stature de présidentiable. Il a utilisé tous les codes du parti républicain en martelant des mots clés et populaires tel que « emplois », « liberté », « croissance » et « entreprenariat ». Il a avec vigueur rappelé que les Etats-Unis étaient le pays du libéralisme économique et que ce dernier était à l’origine du succès américain. Il a, avec force et prestance rappelé que c’était le peuple américain et leur liberté d’entreprendre qui ont fait des Etats Unis la belle nation qu’elle est aujourd’hui. Et enfin sans suspense il a dénoncé point par point la politique économique d’Obama, de Dodd-Franck (acte de régulation financier) à Obamacare (sécurité sociale universelle) en passant par sa politique d’imposition. Pour finalement enfoncer le clou en déclarant vouloir apporter son soutien à l’industrie du pétrole et renforcer le budget militaire américain.
Et sans surprise au lendemain du débat, standing ovation du monde de la presse. Tous les analystes et observateurs s’accordent à dire que Mitt Romney est le grand gagnant du débat, alors qu’Obama apparait confus, décontenancé, à court d’idée… On lui fait même le reproche de ne pas avoir attaqué son adversaire au sujet de la vidéo des « 47% ». La course à la présidentielle est relancée, et c’est tant mieux !
Ceci étant, parler de la défaite d’Obama, c’est lui accorder bien peu de crédit. Et c’est en accorder encore moins à son équipe de conseillers en communication. Barack Obama et son équipe ont sans nul doute pu anticiper la stratégie du candidat républicain qui n’a fait somme toute, que ce qui était attendu de lui ; il a défendu les valeurs de l’Amérique traditionnelle républicaine qui sont le libéralisme économique, du pétrole à bas prix et une armée puissante pour veiller à ses intérêts.
Si la grossière stratégie du républicain était comme supposée anticipée, cela amène à penser que la défaite du démocrate était elle aussi prévue. Obama et son équipe était face à un problème, leur campagne s’annonçait bien, trop bien. Ils couraient le risque d’être victime de leur propre succès. Quand une victoire électorale semble gagnée d’avance, surtout à moins de 5 semaines de son terme, il y a un risque de désintéressement d’une partie de l’électorat, ce désintéressement mène à de la démobilisation et le jour J, la démobilisation se transforme en abstention et donc en mauvaise surprise.
Pour qu’Obama garde son électorat mobilisé, il était indispensable que son adversaire revienne dans la course.
Obama n’était donc pas sur l’offensive lors du débat, il savait que le républicain se sentirait à l’aise dans le domaine de la politique intérieure. Il s’est donc contenté de défendre tranquillement son bilan et sa vision keynésienne de l’économie, laissant ainsi le champ libre à son adversaire.
Lors de ce premier débat, Mitt Romney n’avait pas d’adversaire face à lui, mais un allié qui avait pour le moment besoin de lui. Il en sera certainement très différent lors des prochains débats abordant la politique extérieure, domaine ou Obama excelle.

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