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On veut des chefs, pas des ombres !

Où l'opinion réclame le contraire de ce qu'elle a demandé.

Les battus des élections législatives de Juin dernier (Yade, Mélanchon, Bayrou, Royale, etc.) ou empêchés à l’époque par des présondages médiocres (Dati) ont tous un point commun : par de là leur étiquette, ils ont depuis toujours créé de toutes pièces un personnage qui incarnait au fond l'essentiel de leur discours politique. Eux-même, c’était leur crédo. Deux d'entre eux ont été des candidats brillants à la présidentielle de 2007 (Bayrou et Royale), mais plus que leurs propositions, ils offraient l'un et l'autre à cette élection une sorte de contrat cathartique avec un individu providentiel.
C'est l'effet "people", conséquence désastreuse de la terrible préminence des médias qui transforme (du moins à la marge) les démocraties en une sorte de "Star Academy" dans le réel, où l'image phagocyte parfois le fond.
D'ailleurs, dans une certaine mesure, l'élection présidentielle de Mai fut aussi perdue par Nicolas Sarkozy à cause de la propre mise en scène lassante de son moi, censée résoudre à elle seule les problèmes du monde entier, quand cinq ans avant la même formule avait fonctionné.
Ce qu’a semblé montrer il y a six mois l'échec du Président sortant, puis les législatives, cruelles pour plusieurs vedettes de la politique, c'est que l'époque n'était probablement plus propice à la poudre aux yeux : les vedettes de cinéma qui font rêver, est-ce encore de mise quand une crise sans précédent frappe à la porte ? La victoire de l'homme normal Hollande fut en ce sens une trouvaille sémantique géniale. Malgré leur talent et leur intelligence, bien réels, Mélanchon, Yade (quasi disparue maintenant), ou Dati payèrent au prix fort la mise en scène forcenée d'eux-mêmes. Et ne parlons pas de l'échec cinglant de Ségolène Royale à la Rochelle, abandonnée par des électeurs ingrats, selon les propres dires de son entourage.

On s'est alors imaginé que l'époque de l'homme providentiel était heureusement close, pour une forme plus raisonnable de gouvernance, pragmatique et sobre.
Les premiers mois de Hollande furent volontairement en retrait, avec parfois des gadgets un peu inutiles comme prendre le train pour aller en vacances. Cette posture médiatique semblait correspondre à 100 % à l’état de l’opinion telle qu'exprimée avec netteté avant l'été.
Mais curieusement, cela ne marcha pas. 

Devant les mauvais résultats des premiers sondages d’opinion, le Président s’est alors de plus en plus exposé.
Aujourd’hui, la cote de confiance de François Hollande (et de Jean-Marc Ayrault) continue de baisser, le jugement des Français étant particulièrement sévère à l'égard du chef de l'Etat, selon deux études publiées ce lundi par les instituts de sondages BVA et LH2.
De la mi-septembre à la mi-octobre, la cote de confiance de François Hollande a reculé de neuf points et celle de Jean-Marc Ayrault de cinq, d'après l'enquête de LH2 pour Le Nouvel Observateur.
Seules 40 % des personnes interrogées ont « une opinion positive » de François Hollande (49 % à la mi-septembre), tandis que 52 % en ont « une opinion négative » (43 % à la mi-septembre), dont 21 % « très négative ». C'est la première fois dans un sondage de cet institut que les avis défavorables concernant le chef de l'Etat l'emportent sur les avis favorables, en l'occurrence de 12 points.
Selon une autre étude faite par BVA pour Orange, L'Express et France Inter, 53 % des personnes interrogées ont « une mauvaise » opinion du président François Hollande, qui perd deux points et 49% de Jean-Marc Ayrault, qui en cède trois. Le solde négatif s'accroît donc pour le chef de l'Etat, malgré son changement de stratégie médiatique.

Bien entendu il y a le fond, c’est-à-dire les décisions prises, qui ne paraissent pas contenter l’opinion. Mais sur la forme, il est étonnant de constater que ce qu’on demande à la fonction présidentielle, et aussi au job de Premier Ministre, encore et toujours, c’est non la normalitude, mais l’exception, le tempérament.

C'est probablement injuste, mais c'est ainsi. Effet collatéral de cet état de fait persistant : le désir de charisme pourrait à terme favoriser le retour d’un certain... Nicolas Sarkozy, au grand dam de ses actuels challengers !




par Grégoire Duhamel mardi 16 octobre 2012 - 29 réactions
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