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Onfray revisite son affabulation

Après avoir craché sur Freud et traité les historiens d’hagiographes hystériques, inventeurs de légendes et gardiens orthodoxes d’un prétendu « temple lacano-freudien », après avoir insulté psychologues, psychiatres, psychanalystes, psychothérapeutes de tous bords - accusés de s’enrichir à la manière de gourous distributeurs de miracles et de placebo -, après s’être mis à dos toute la communauté des philosophes, après avoir enfin essuyé des critiques bien méritées de la part des médias les plus sérieux - qui ont lu son livre et le trouvent désastreux -, voilà que Michel Onfray, soutenu par son éditeur, met en ligne un opuscule (Freud, une chronologie sans légende) qui sera distribué en librairie et qui prétend établir la vérité historique qu’il a lui-même bafouée.

Dans sa présentation, l’auteur se dit victime d’un complot : de méchants ennemis l’auraient comparé à Hitler, traité d’antisémite, de fasciste, d’onaniste ; ils auraient porté atteinte à sa famille et à sa dignité ; enfin, ils auraient voulu le destituer de son Université populaire.

Rien de tout cela n’est vrai. En revanche, ce qui est exact c’est que Michel Onfray a inventé un Freud conforme, non seulement à ses fantasmes, mais à ceux de l’école dite « révisionniste » nord-américaine dont les adeptes sont surnommés depuis 20 ans les « destructeurs de Freud » ou « Freud bashers ». Leurs excès sont désormais dénoncés par l’ensemble des spécialistes de l’histoire du freudisme, des études culturalistes et de genre (gender and cultural studies), de la psychanalyse, de la psychiatrie, des médecines de l’âme, toutes tendances confondues et dans tous les pays.

Car c’est bien Michel Onfray qui a fait de Freud ce qu’il croit qu’on fait de lui. Voici ce qu’il dit dans Le Point (6 mai 2010, p. 108, en réponse à Bernard Henri Lévy), en guise de résumé de son brûlot : « Freud menteur, Freud affabulateur, Freud destructeur des traces de son forfait, Freud cocaïnomane dépressif (...), Freud à l’origine de la mort de son ami Fleischl-Marxow, Freud destructeur du visage d’Emma Eckstein avec l’aide de son ami Fliess, Freud onaniste, Freud obsédé par le sexe de sa mère (...) Freud incestueux, couchant avec sa belle-soeur, Freud mentant et affirmant avoir guéri des patients, Freud amassant une fortune (...) Freud ontologiquement homophobe, misogyne, persécuteur des Juifs... » Pour résumer donc, Freud était, selon Onfray, une ordure, un antisémite, un assassin, un psychopathe, un dangereux pervers d’extrême-droite, admirateur de Mussolini et de l’austro-fascisme....

Toutes ces extravagances n’ont aucun fondement historique. Mais elles sont le signe d’une sorte de dégringolade vers laquelle se précipite de plus en plus Michel Onfray à mesure que de nombreux lecteurs découvrent ce que contient son brûlot. Plus personne ne prend au sérieux de telles balivernes. Ni légendes dorées d’un Freud sublimé par des disciples idolâtres, ni légendes noires inventées par les révisionnistes : l’art de l’historien repose sur le sens de la nuance, sur l’établissement rigoureux des faits, sur la capacité critique et sur l’interprétation vraie, toutes choses qui sont méconnues par l’auteur du brûlot.

On trouvera une analyse des affabulations de Michel Onfray dans le livre collectif qui paraît au Seuil le 27 mai sous ma direction : Mais pourquoi tant de haine ? Avec des contributions diverses (Guillaume Mazeau, Christian Godin, Franck Lelièvre, Roland Gori, Pierre Delion). L’ouvrage sera présenté à l’Université de Caen, le jour de sa sortie en librairie.

Mais ce qui est intéressant dans la chronologie mise en ligne - laquelle prétend répondre à ce livre collectif - c’est qu’Onfray se revisite lui-même au point d’invalider quelques unes des « thèses » avancées dans son brûlot. Finie la liaison de 40 ans avec la belle soeur engrossée par Freud à l’âge de 58 ans ! Atténuées les accusations de nazisme, d’antisémitisme, de fascisme, d’inceste, d’abus et de crime. Certes, la « chronologie » est commentée de façon fallacieuse, comme si Onfray voulait encore tordre les événements pour les faire coller à ses interprétations. Comment pourrait-il faire autrement sans tromper ses lecteurs ?
Mais les faits sont têtus et lui résistent.

Restent alors les fameux 450 euros pour une séance d’analyse à Vienne en 1920. Cette escroquerie imputée à Freud semble rendre fou l’auteur du brûlot qui, à l’évidence, ne connaît pas plus les lois de l’économie monétaire que celles de la procréation. De quoi se tordre de rire quand on sait qu’il est impossible de convertir 25 dollars de l’époque en euros et que d’ailleurs Freud ne faisait payer cette somme qu’à des disciples américains. En réalité, Freud prenait 100 shilings autrichiens à la plupart de ses patients, à partir de 1925, et 40 couronnes avant la Première Guerre mondiale. D’après tous les calculs effectués par les spécialistes (on les trouvera sur internet et notamment dans un article de Henri Roudier, mathématicien, professeur agrégé), les honoraires de Freud étaient ceux d’un spécialiste des maladies nerveuses des années 1920-1930 : et n’oublions pas la crise économique qui sévissait en Autriche à partir de 1920. Tous les témoignages des patients et disciples de Freud prouvent que la prétendue escroquerie est encore une affabulation de l’arroseur arrosé.

Encore un effort Michel Onfray ! Gageons que la prochaine « chronologie », dûment corrigée, se rapprochera un peu plus de la réalité.

Mais alors que restera-t-il du brûlot ?



par Elisabeth Roudinesco jeudi 20 mai 2010 - 223 réactions
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Les réactions les plus appréciées

  • Par Deneb (---.---.---.73) 20 mai 2010 10:07
    Deneb

    Encore une fallacieuse diatribe anti-Onfray par un bigot empêtre dans ses croyances. La psychanalyse est une escroquerie utilisant les techniques, bien réelles, de lavage de cerveau, ce que Lacan a plus ou moins reconnu. En instrumentalisant les relents d’une éducation religieuse, elle tire son profit de la crédulité des personnes mal dans leur peau, pour en faire des monstres d’insensibilité et d’egoisme.

  • Par docdory (---.---.---.206) 20 mai 2010 11:42
    docdory

    @ Elisabeth Roudinesco

    En tant que médecin généraliste depuis 1986 , j’ai eu l’occasion de voire quantité de malades avoir recours aux « services » de la psychanalyse ou de thérapies d’inspiration analytiques .
    Je n’ai jamais observé qui que ce soit être guéri ou amélioré par la psychanalyse.
    Je suis désolé que la formation des psychiatres français soit, encore à l’heure actuelle, fortement orientée vers la psychanalyse , alors que les psychothérapies cognitivo-comportementales ,qui ont démontré scientifiquement leur efficacité, soient si peu utilisées par les psychiatres français .
    L’oeuvre de Michel Onfray me paraît donc salutaire . je n’ai pas encore lu son livre, ce que je ne manquerai pas de faire , mais j’ai vu son intervention dernièrement lors d’un débat-spectacle télévisuel, il était tout à fait convainquant .
  • Par Imhotep (---.---.---.113) 20 mai 2010 10:50
    Imhotep

    La psychanalyse est la négation de la liberté. Freud (et ses disciples) fait des hommes quand il les soumets à ses lois des inféodés maladifs à leur propre égo. Leurs patients n’ont d’autre double voie que :

    1 perpétuer leur consultation au grand bienfait de leur pseudo thérapeutes qui se flattent de ne pouvoir guérir
    2 vivre en permanence en s’auto-analysant, en se regardant le nombril, en regardant leur moi dans tous les miroirs qu’ils promènent avec eux. Ils finissent à ne plus penser mais à réfléchir sur ce qu’ils pensent, qui ils sont, quels sont leurs rêves et leur signification.

    Freud a créé une prison, très rémunératrice pour ses geôliers extérieur et pour le geôlier que le patient devient pour lui-même.

    Freud a inventé une théorie après avoir dépouillé d’autres grands savants comme le professeur Charcot, fondé sur du vent qu’aucune réelle étude n’a jamais confirmée. Le complexe d’Œdipe n’existe que dans les esprits de ceux qui l’on inventé et le développent.

    Tiens pourquoi n’a-t-il pas pris dans la mythologie le complexe de Cronos ?

    La France devient le dernier refuge arriéré dans le monde de la défense de ces charlatans.

  • Par impertinent3 (---.---.---.189) 20 mai 2010 10:18
    impertinent3

    Je te rejoins complètement Deneb.

    Surtout lorsque l’on lit, ce sont des exemples :
    In : http://www.psychanalyse-paris.com/P...
    Le prix médian d’une séance de psychanalyse est de 50 €. C’est-à-dire que le tarif d’une séance analytique peut varier à l’intérieur d’une fourchette allant de 20 € à 80 €. Ce prix dépend essentiellement de trois facteurs. D’abord, du nombre de séances hebdomadaires que l’analysant est prêt à consentir ; ensuite, de ses propres disponibilités financières ; enfin, de l’avancement de l’analyse à proprement parler.

    In : http://www.psychanalyste-paris.com/...

    Le prix des séances de psychanalyse est adaptable à toutes les bourses. Si vous êtes peu fortuné(e), vous paierez peu. Si vous êtes plus fortuné(e), vous paierez un peu plus cher.

    Pour donner un ordre d’idée assez simple, on peut dire qu’en moyenne le prix d’une séance peut s’évaluer à : 1 minute = 1€.

    Ce qui ne veut pas dire que vous pouvez partir au bout d’une minute en payant 1€.

    Ce que cela veut dire, par contre, c’est qu’il y a d’abord un moyen assez simple d’adapter le prix des séances à toutes les bourses, c’est celui de pratiquer des séances en fonction des disponibilités financières de chacun :

     Séances de 20 minutes = 20 €
     Séances de 30 minutes = 30 €
     Séances de 40 minutes = 40 €
     Séances de 50 minutes = 50 €

    Etc, etc.

    Si je comprend bien, plus on est aisé, plus la psychanalyse est difficile et demande de temps. Pauvres riches !

    Cela me parait bien démontrer que les psy ont trouvé un bon fromage, savoureux à souhait, et qu’ils exploitent les gogos.


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