• vendredi 10 février 2012
  • Agoravox France Agoravox Italia Agoravox TV Naturavox
  • Agoravox en page d'accueil
  • Newsletter
  • Contact
AgoraVox le média citoyen
La fondation Agoravox
  Accueil du site > Tribune Libre > Oublions la repentance
29%
D'accord avec l'article ?
 
71%
(42 votes) Votez cet article
  • Faire un don
  • Imprimer cet article
  • Marquer et partager

Oublions la repentance

Non, le refus de la repentance n’est pas le refus de l’histoire. Oui, la repentance est dangereuse et haïssable.

En lisant la presse, en écoutant les médias, je constate peu d’enthousiasme pour l’antirepentance que défend notre nouveau président, et au contraire des condamnations l’assimilant à une réécriture de l’Histoire. J’entends des confusions parfois, en trouvant une contradiction entre la commémoration de l’abolition de l’esclavage et l’antirepentance de la part de Nicolas Sarkozy.

Sur ce dernier point, il semble évident que commémorer l’abolition de l’esclavage, c’est commémorer un événement hautement positif de notre Histoire et non pas une repentance sur l’esclavage.

Pourquoi, la repentance est dangereuse, voire haïssable ? Un peu de ressenti personnel.

Je ne suis ni un « Français de souche » ni un Juif, ni un Arabe, ni un Noir, mais juste un mélange, sans communauté à laquelle me raccrocher, je ne suis donc « que » français. Quand j’entends "repentance de la France" j’entends repentance des Français, donc une repentance qu’on me demande à moi, personnellement. Pourtant, je n’ai jamais eu d’esclave, je n’ai déporté aucun Juif, je n’ai colonisé personne. Quant à mes ancêtres que je ne connais pas, ils étaient sûrement bien trop modestes pour cela. Et n’étant ni juif, ni arabe, ni noir, ni descendant d’esclave ou de colonisé, je ne peux me réfugier dans l’idée qu’étant victime je ne suis donc pas coupable.

Car, de fait, une grande partie des défenseurs de la repentance ne la réclament que pour les autres, car enfants d’esclaves, d’ex-colonisés, de juifs ils sont les victimes. Et c’est normal, quel Juif français pourrait se repentir des crimes de Vichy ? Comment imaginer leur demander cela ? Pour les Antillais la chose est encore plus complexe, ils sont souvent métis d’ancêtres esclavagistes et esclaves, voire même de violeurs esclavagistes. Doivent-ils se repentir ? Ils me semblent plutôt opter pour le statut de victime, et c’est bien naturel. Que penser d’ailleurs, des Noirs africains, qui se réclament victimes de la traite des Noirs, alors (à moins de venir du Liberia) il ne sont pas descendants des victimes, mais pourraient très bien l’être des coupables, la participation des Noirs dans la traite des Noirs étant clairement avérée.

On voit bien là que se pose un problème, cette question revient non plus à une repentance d’un peuple, mais à une séparation du peuple entre des victimes et des coupables. Et si le poids de la culpabilité vous pèse il ne vous reste plus qu’à trouver un crime innommable dont vous avez (par héritage) été victime. A défaut, il vous reste d’autres solutions, vous êtes communiste, vous n’allez pas vous repentir de Vichy, vous êtes socialiste ? Vous vous en dispenserez tout autant. Vous n’en demanderez pas moins à la droite de le faire, qui elle vous demandera de vous repentir des goulags russes, ou tout du moins du soutiens du PCF à Moscou lors du printemps de Prague.

Revenons à mon cas, moi le sans-origine, pas de refuge pour moi dans une victimisation salvatrice. Et pourtant, je me refuse à être coupable ! Et pourtant je me sens français et j’en suis fier, et je veux revendiquer l’Histoire de la France, celle qui est belle, celle qui me plaît. Et là on pourrait me reprocher de faire le tri, de prendre l’héritage sans en assumer les dettes. Mais comment pourrait-on en accepter les dettes ? Si je dois prendre la responsabilité de la colonisation et surtout des massacres qui ont eu lieu pour être fier de la grandeur de la France, si je dois prendre la responsabilité des guillotinés pour être fier des apports de la Révolution française, autant le dire, je refuse tout en bloc, ce n’est plus moi, je ne suis plus français. Quand le crime est absolu, comment peut-on le contrebalancer par des faits positifs ? Alors oui, je revendique de ne prendre que les parties positives de l’Histoire de France, de choisir les évènements dont je me sens l’héritier et de refuser les autres. De la même façon qu’on peut être fier des grands auteurs de la littérature française et ignorer royalement les auteurs minables, probablement majoritaires, pourtant tout aussi français.

Qu’on ne se méprenne pas, il ne s’agit pas de réécrire l’Histoire, de supplanter les historiens, mais de ne s’approprier que celle dont on est fier. Les commémorations ne sont pas les livres d’Histoire, ce sont des liens à travers le temps. On commémore depuis des millénaires les victoires militaires sans une pensée pour les morts d’en face. Le principe de la commémoration est, par essence, de ressortir les évènements consensuels de l’Histoire, qu’ils soient tristes ou glorieux mais qui unissent le peuple. On fête la Révolution française sans se repentir de la guillotine, ni demander repentance aux nobles d’aujourd’hui.

N’oublions pas qu’en ces temps de grandes migrations et de diversité, être français est un acte d’adhésion intellectuelle, et pas un simple héritage par le sang. Quand à l’école on nous enseigne « nos ancêtres les Gaulois » c’est important, et surtout pour ceux qui n’en n’ont pas d’ancêtres gaulois. Enseigner à un étranger ou à un fils d’étranger cela, c’est lui dire que ses ancêtres sont désormais les Gaulois, qu’il a été adopté par la nation, qu’il est désormais français à part entière et pas de première ou deuxième génération. Pour qu’il puisse accepter cet héritage entièrement, ne le plombons pas de crimes contre l’humanité ou de massacres, nous ne récolterons que le communautarisme par repli victimaire ou refus de la culpabilité. On se retrouvera dans une concurrence des souffrances, et on ira chercher aux tréfonds de l’Histoire d’autres crimes que l’on jugera sur les critères d’aujourd’hui. Créant ainsi des haines qui n’existaient peut-être même pas à l’époque.

En conclusion, il me paraît intéressant et peu surprenant que ce soit Nicolas Sarkozy, Français d’origine hongroise, qui s’oppose aussi farouchement à la repentance. Il a adopté la France, il veut en être fier, mais au nom de quoi devrait-il s’excuser de crimes qu’il n’a pas commis, que ses ancêtres qui n’étaient pas français n’ont pas pu commettre ?


Alors, une dernière fois, gardons le devoir de mémoire car il est des évènements qu’il est important de ne pas oublier, mais associons au devoir de mémoire celui de l’oubli, l’oubli des rancoeurs des haines des culpabilités. Oublions les dettes morales, et les revanches. Ne confondons pas l’Histoire de France celle des historiens, et l’Histoire de la France, ce conte, cette épopée d’un pays, d’un peuple, de ses idées, de ses valeurs, qui fait que nous sommes fier d’être français.

par etarcomed (son site) lundi 21 mai 2007 - 73 réactions
29%
D'accord avec l'article ?
 
71%
(42 votes) Votez cet article

2 moyens pour donner

Don défiscalisé 10€ ou plus

Obtenez une réduction fiscale de 66% avec un e-reçu. Un don de 10 € ne vous coûte que 3€40.

Grâce à votre aide, AgoraVox peut continuer à publier plus de 1000 articles par mois. En donnant à la Fondation AgoraVox, vous offrez un soutien à la liberté d'expression et d'information.

Les réactions les plus appréciées

  • Par Boileau419 (xxx.xxx.xxx.4) 21 mai 2007 10:46
    Boileau419

    La repentance est toujours à sens unique : les catholiques se repentent, mais pas les protestants. Ni les musulmans, qui ont pas mal d’atrocités sur leur compte.

    Combien savent le rôle des chefs locaux dans l’esclavage des noirs ? Combien se souviennet des négriers arabes, indispensables intermédiaires dans la chaîne de l’esclavagisme ?

    Qui se souvient des esclaves BLANCS au service des Arabes ?

    Bref, la repentance, c’est encore et toujours à sens unique.

    Il y a dans l’exploitation politique qui est faite par certaines minorités des souffrances et de la mort des ancêtres quelque chose de vil et d’odieux.

  • Par non666 (xxx.xxx.xxx.210) 21 mai 2007 11:03
    non666

    Mauvais exemple.

    Les etats unis ne sont en aucune maniere repentant.

    Et pourtant eux, ils sont bien assis sur un tas de cadavre. le genocide des indiens d’ameriques est le plus important de l’Histoire.

    Ils etaient entre 10 et 20 millions, sur le territoire des etats unis en 1800, ils n’etaient plus que 500 000 en 1900.

    Comme quoi la culpabilisation cela ne marche que quand on on ne domine plus le monde.

    La France avait la fierté de croire ses ideaux universels en les propageant dans ses "colonies"

    Mais ILS nous ont dit clairement : chacun ses valeurs, chacun ses terres.

    Et aujourd’hui, sans que personne n’y trouve a redire, les memes nous disent chez nous, sur NOS terres : repentez vous, respectez NOS valeurs sur VOS terres.

    A rire ou a pleurer, au choix.

  • Par Jean-Philippe Immarigeon (xxx.xxx.xxx.29) 21 mai 2007 11:15
    Jean-Philippe Immarigeon

    Article et commentaires intéressants, parce qu’on met le doigt sur l’ambivalence de la repentance. Qui le fait pour qui et pour quoi ? La France ne peut pas se repentir pour une autre nation, ni les catholiques pour les protestants. Si d’autres pensées ne le font pas, c’est leur problème. La France se regarde en face, et elle se repent pour elle, et pour personne d’autre. Si d’autres nations ou d’autres cultures occultent leur histoire, tant pis pour elles après tout.

    Je prends le cas paroxysmique de la livraison des 4.200 enfants juifs de Pithiviers et Beaune-la-Rolande à l’automne 1942. Lorsqu’on lit les textes rassemblés par Serge Klarsfeld pour son Mémorial notamment les témoignages des gens de la Croix Rouge française (textes illisibles tellement ils sont insupportables d’horreur, comme ce gamin qui, lorsque la porte du wagon - SNCF - se referme, murmure : "Maman, maman, qu’est-ce que je vais avoir peur..."), on se demande comment des Français, élevés à Jaurès et Hugo, ont pu faire embarquer ces gamins dans ces conditions, et surtout ce que nous referions dans un cas similaire (même si la Shoah est un moment unique, sans équivalent et non reproductible). Les Français ne peuvent se poser la question que pour leur propre histoire, pas pour les Turcs, les Cambodgiens, etc...

    Plusieurs limites donc à la repentance : le désir de reconnaissance des autres n’a pas à être pris en compte, la France n’est pas psychanalyste et son histoire n’est pas un divan. Surtout il ne faut pas faire dire n’importe quoi à l’histoire de France. Elle ne s’est pas construite, contrairement à ce que l’on prétend, sur la négation, mais plutôt sur un tri sélectif : rien n’a jamais été nié des massacres de Vendée, ni de ceux de la Commune, il suffit pour cela de relire Hugo, simplement on passait rapidement sur le sujet. Ceux qui nous disent que l’histoire de France leur a refusé une identité mentent : l’épopée en Guadeloupe du colonel Delgrès, par exemple, est connue depuis toujours, et nombre d’ouvrages y ont été consacrés (à quand toutefois une promotion de Saint-Cyr à son nom).

    On peut en venir à raconter n’importe quoi : je discutais ainsi récemment avec quelqu’un de l’armée de Lattre en 1944 et il prétendait que Paris avait également été libéré en premier par des Africains. Non, dis-je, la colonne Dronne était composée de Républicains espagnols, et il n’y avait pas de noirs dans les trois DB françaises, puisque les Américains avaient exigé qu’il n’y en ait pas dans l’arme blindée, à la grande protestation de Leclerc. Ca ne fait rien, me fut-il répondu, ce sont tout de même des noirs qui sont entrés les premiers dans Paris. A ce niveau de relecture de l’histoire, il n’y a plus de discussion possible.

    Pour conclure, que Sarkozy ne se sente pas personnellement concerné est vrai, mais il n’y a pas de bénéfice d’inventaire pour l’histoire.

  • Par Jean-Philippe Immarigeon (xxx.xxx.xxx.29) 21 mai 2007 11:36
    Jean-Philippe Immarigeon

    Il n’y avait pas d’esclaces africains sur le territoire "métropolitain" parce que l’exclavage est aboli en France depuis 1310, édit de Louis X (un des rois maudits) qui disait entre autre ; "puisque nous sommes dits royaume des Francs, et que nous voulons que la chose corresponde au nom...".

    L’esclavage était donc un "privilège" accordé aux compagnies gérant les iles des Antilles et de l’océan Indien. Bien mieux (et il y a eu de longs débats juridiques sur le sujet durant le dernier siècle de la monarchie) : dès que, pour une raison ou une autre, un esclave posait le pied sur le royaume de France, il était immédiatement libre. Il y eut même à deux reprises au moins des décisions du conseil du roi sous Louis XIV qui, sur recours des armateurs et propriétaires contre des jugements appliquant l’édit de Louis X, confirmaient son appplication immédiate et automatique.

    (Maintenant soyons un peu marxiste, un Africain même libre paumé en France en 1710 ne doit pas s’amuser tous les jours. Mais il n’est ni plus ni moins esclave que le manouvrier itinérant qui se loue pour les récoltes).

Réactions à cet article

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


Faites un don

Les thématiques de l'article

Sondage

Pour quel candidat pensez-vous voter à l’élection présidentielle de 2012 ?


Voter

Palmarès

Agoravox utilise les technologies du logiciel libre : SPIP, Apache, Debian, PHP, Mysql, FckEditor.


Site hébergé par la Fondation Agoravox