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Pan sur le bec !

Le Canard Enchaîné de cette semaine voudrait bien croquer du Google.

Dans un article signé Hervé Morin, le volatile reproche au géant américain de vouloir piller les richesses de la BNF. L’illustration de Cabu montre Google en rat mécanique en train de manger les livres, dont la Bible, La Fontaine etc …. Offusqué que Google ait l’intention de garder les doubles des fichiers ( !), le Canard craint que l’américain vende ensuite ces livres en ligne.

Qu-est-ce que Google ? La boîte la plus riche du monde vous a-t-elle déjà vendu quelque chose ? Pas à moi, en tout cas. On peut reprocher bien des choses à Google, mais force est de reconnaitre qu’il a fait un travail énorme pour mettre la connaissance à la portée de tous. Google s’est construit avec une seule idée directrice : la gratuité. Le Canard, qui défend bec et ongle le modèle de diffusion traditionnelle, qui se targue de son savoir faire dans la vente du papier imprimé, est un peu dur à la comprenette quand il s’agit de l’Internet. S’accrochant, comme un ivrogne au candélabre, à l’idée de la culture payante, il semble ne pas voir plus loin que son bec. Il craint le même sort que les cartographes, que Google Earth a relégué au même rang que Gutenberg les moines copistes.

Google est certes gratuit, mais pas libre. La différence est de taille. Quand une boîte vous donne quelque chose gratuitement, c’est en général pour vous appâter. Google n’est pas une exception. Je ne crois cependant pas que Google passe au modèle payant. Il fonctionne autrement. Il mise sur la notoriété. Ça lui permet de scruter les goûts et habitudes de milliards de gens. Les informations qu’il récolte ainsi lui permettent de connaître, mieux que quiconque, la nature humaine. Ce sont ces informations qui l’ont rendu riche. Il faut tout de même dire qu’il le fait avec une transparence étonnante. Il propose à son utilisateur un deal : il scrute et stocke les intérêts, les préférences et les penchants de son client – en échange il lui fournit une information sur mesure, en fonction des goûts de chacun. Personnellement j’estime que les bénéfices sont bien au dessus des risques que Google utilise ces informations contre moi. Je me prête donc au jeu, j’ai un compte chez le géant américain, qui me permet d’avoir à tout moment un choix d’actualités un peu plus intéressantes et pertinentes que ceux que je trouve dans un journal papier.

Le Canard reproche à Google de chercher les bénéfices à moyen terme. Il a tout de même compris que les autres acteurs, eux, cherchent le profit immédiat. Il a aussi compris que les autres, tels Gallica, chargée de la numérisation à la BNF, sont des incapables, en réussissant à numériser (mal !) 800 000 ouvrages en 8 ans. Quel est le péché de Google aux yeux du Canard ? De rendre la culture accessible à tout le monde, sans qu’il y ait besoin de débourser un centime ? Le volatile me déçoit à croire encore au dieu mercantile, qui a de plus en plus du mal à garder son emprise sur la culture et l’immatériel. Il est de plus en plus mal à l’aise dans un monde qui change, et c’est bien dommage. A force de se prendre trop au sérieux, n’est il pas en train de perdre sa verve légendaire, qui fut ma gouverne quand, il y a 30 ans, je suis arrivé en France.

Il est clair que Google est une révolution. Faut-il le fustiger, parce qu’il a compris les choses avant les autres ? Il n’est peut-être pas philanthrope, mais on s’en fiche un peu, du moment qu’il nous emmène la part immatérielle de la culture à la maison. Il cherche le profit à moyen terme ? Ça change de ceux qui cherchent désespéremment le profit immédiat et sont prêts parfois à des méthodes bien plus agressives que Google, qui, lui, ne demande finalement pas grand chose.

Il y a 15 ans j’ai entendu les prévisions des personnes âgées : « C’est terrible, avec tous ces écrans, les gens ne liront plus. » On se rend compte aujourd’hui qu’ils étaient complètement à côté de la plaque – les gens n’ont jamais autant lu qu’aujourd’hui. Et quand on voit les jeunes « chatter » sur MSN ou en SMS, on doit reconnaitre qu’en plus ils ont pris goût à l’écriture. Oui, ils écrivent, mal peut-être , comme disent certains, mais ils écrivent. Et les jeunes, j’y crois, surtout en ceux dont on n’a pas souillé l’esprit avec des croyances, par exemple celles qui disent que l’argent peut acheter la culture.

En tout cas, c’est décidé : je ne renouvèlerai pas mon abonnement au seul journal papier qui arrive dans ma boîte à lettres. Je le trouve un peu trop déconnecté de la réalité d’aujourd’hui. Et je ne suis pas très heureux de voir partir ainsi une partie de ma jeunesse.

 
par Deneb samedi 29 août 2009 - 96 réactions
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Les réactions les plus appréciées

  • Par Souricette (xxx.xxx.xxx.138) 29 août 2009 17:12

    La plupart des commentaires hostiles à cet intéressant papier sont manifestement rédigés par des gens qui ne fréquentent pas souvent les bibliothèques universitaires. Je veux dire les françaises, tellement sous-dotées en moyens qu’y effectuer la moindre recherche sans Sésame ni recommandation tient du parcours du combattant. Ceux qui critiquent le projet Google/BN feraient bien, d’ailleurs, de commencer par faire un tour sur le site de la BN appelé Gallica.


    Je bénis la BN d’avoir lancé Gallica, qui m’a permis de consulter des ouvrages auxquels je n’aurais pas eu accès autrement, à moins de les acheter. Et je bénis la BN d’avoir conclu un marché avec Google, qui offre déjà en téléchargement des centaines d’ouvrages inaccessibles en dehors de l’Internet. (Beaucoup de livres et revues du XIXe, introuvables même en librairie d’ancien.)

    Et pour l’instant les livres que Google propose en téléchargement sont gratuiits. Où est donc le problème ?
    Qu’un jour (peut-être !) la société Google fasse payer l’accès aux livres numérisés par elle, à ses frais ? Et alors ? Quoi de plus normal ? 1) Ce service ne pourra fonctionner que si le péage reste modique. 2) La gratuité de l’Internet est un modèle révolu pour les services rendus par le secteur privé. (On va s’en apercevoir bien assez tôt, mais ce n’est pas encore bien vu de le dire, alors chut.)

    En tout cas Google ne fait encore rien payer pour consulter "ses" scans de livres et revues libres de droits. Et il y a de bonne chances pour que tous les livres prêtés par la BN se retrouvent tous sur Gallica. 

    Encore une fois, donc, où est le problème ? Il faut vraiment avoir l’esprit partisan pour préférer la rareté à l’abondance, sous prétexte que la première serait financée par l’impôt. Donc "pure", "morale" ? Quelle ânerie !

    Merci, Deneb pour ce pan sur le bec archimériité !
  • Par Cotcodec (xxx.xxx.xxx.91) 29 août 2009 14:49

    Que l’auteur ne m’en veuille pas, mais je trouve cet article complètement con.

    En gros, on m’explique que je devrais être content que Google numérise toutes les oeuvres écrites de la planète au motif que
    1) Le Canard n’a pas compris le modèle de gratuité d’Internet
    2) "les bénéfices sont supérieurs aux risques"
    3) la BNF a été incapable de le faire par elle-même, ce que "même le Canard a fini par comprendre"

    Sur le 1), c’est hors-sujet. Sur le 3), vous mentez. Le Canard n’a pas écrit que la BNF était des incapables mais que les budgets nécessaires n’avaient pas été affectés par l’Etat alors même qu’ils étaient ridiculement bas (dans les 50 Millions d’euros).

    Sur le 2), je me demande si vous avez saisi l’énormité de ce que vous racontez. Expliquez-moi pourquoi un pays devrait accepter un tel jeu de dupes ! Pour les coûts de la numérisation (donc dans les 50 millions d’euros), Google récupère les sources numériques de tous les écrits de ce pays ??? Ne pensez-vous pas que le fait de pouvoir disposer du fonds littéraire français complet sous forme numérique vaut un peu plus ?

    Expliquez-moi ensuite comment vous pouvez être assuré que Google se comportera loyalement ? Google a été attaqué et a perdu ses procès contre des éditeurs américains pour avoir retranscrit les oeuvres littéraires leur appartenant sans leur autorisation et même sans les informer ! Pourquoi ne feraient-ils pas la même chose avec les oeuvres de la BNF ?

    Pour finir, ne nous prenez pas pour des idiots sur la nature profonde de Google. Non content d’être une structure monopolistique ayant des comportement hégémoniques, Google a partie liée avec les services secrets US depuis sa création et collabore avec toutes les dictatures dans le monde entier à commencer par la Chine.

    Le Canard a raison, même s’il coûte 1,20 euros (mon Dieu, ce sont vraiment des voleurs, ils ne sont pas gratuits !!!). La BNF devrait faire numériser ses oeuvres elle-même, sur le budget de l’état français, et réunir d’autres bibliothèques nationales sur un tel projet avec elle.

    Cela ne coûte que 50 millions d’euros c’est une goutte d’eau dans le budget de l’état.

    cotcodec
    vive la France quand même

  • Par Paul Cosquer (xxx.xxx.xxx.94) 29 août 2009 15:25

    La priorité du budget de la culture s’appelle Johnny.

  • Par Jean-Paul Doguet (xxx.xxx.xxx.44) 29 août 2009 14:21

    Article ridicule et démago. Croyez vous sans rire que Google soit une entreprise de bienfaisance ? La raison d’être de Google est de gagner de l’argent c’est clair ? Le fait que l’utilisation par le grand public soit gratuite ne change rien au fait qu’il s’agit d’une entreprise à but commercial, comme par exemple le journaux gratuits. Je ne suis pas hostile par principe à un accord avec la BNF mais il ne faut pas faire preuve de niaiserie. C’est le CANARD qui a raison.

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