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Paradoxale France : La triple leçon de ce premier tour des élections présidentielles

Ce premier tour des élections présidentielles françaises vient de nous révéler - et c’est en réalité là la première leçon, bien qu’étrangement passée sous silence par les différents analystes, de ce scrutin - un incroyable et saisissant paradoxe, unique au sein du panorama politique international : c’est que la France aura probablement, au second tour, un président de gauche, François Hollande en l’occurrence, alors que, sous la Cinquième République du moins, elle n’aura jamais été, lorsque l’on additionne les résultats obtenus par les dix candidats, autant à droite !

De fait : si, tenant donc compte de ce traditionnel clivage idéologique propre à l’Hexagone, l’on additionne le pourcentage des votes recueillis par les représentants de la gauche, fût-elle social-démocrate (François Hollande, Eva Joly) ou radicale (Jean-Luc Mélenchon, Philippe Poutou, Nathalie Arthaud), celle-ci n’atteint péniblement que 44% de ce suffrage universel, alors que le total des pourcentages des votes recueillis par le très hétéroclite éventail de la droite, fût-elle modérée (Nicolas Sarkozy, Nicolas Dupont-Aignan), extrême (Marine Le Pen) ou centriste (François Bayrou, Jacques Cheminade), atteint allègrement les 56% de ce même suffrage universel.

 

QUAND LA VICTOIRE DE LA GAUCHE N’EST DUE QU’AUX DIVISIONS DE LA DROITE

C’est dire si les hommes et femmes de gauche, dont je suis, n’auront guère raison de trop se réjouir, à y regarder d’un peu plus près, de l’accession de leur favori, en cas de victoire, à la fonction suprême de l’Etat.

Car si François Hollande l’emporte au second tour, ce que je lui souhaite, ce sera finalement moins pour ses propres mérites, lesquels ne s’avèrent par ailleurs pas moins incontestables pour la cause, que grâce à cette nette division, pratiquement bicéphale en les personnes de Nicolas Sarkozy et Marine Le Pen, de la droite.

Aussi, en de telles conditions, la gauche ne gagnerait-elle, comme par défaut, que parce que la droite se serait perdue en sa propre, et déjà historique, fracture.

 

POUVOIR POLITIQUE A GAUCHE MAIS REALITE SOCIO-IDEOLOGIQUE A DROITE

D’où, non moins paradoxal et peut-être plus saisissant encore, ce deuxième enseignement : une France présidée par un homme de gauche serait, dans les faits, un pays dont l’apparente situation du pouvoir politique ne correspondrait pas à sa véritable nature sociologique, résolument à droite, ni même, par conséquent, à son réel niveau idéologique.

C’est cette tragique réalité, qui est aussi l’un des effets pervers de la très bancale démocratie à la française (celle voulue par la Cinquième République et, donc, par le Général De Gaulle lui-même), que la plupart des commentateurs médiatiques n’ont pas compris dans la juste et très digne désolation, ce dimanche soir, juste après avoir pris connaissance de ces résultats électoraux, du lucide Jean-Luc Mélenchon : ce n’est pas tant la défaite de son parti ou de son « front », encore moins celle de sa personne (dont l’ego parfois quelque peu fanfaron n’est que de façade), qu’il regrettait là, avec une rare honnêteté intellectuelle et un non moins appréciable courage moral, d’un ton grave et solennel à la fois ; c’est en fait l’état réel et profond de son pays - une France flirtant à nouveau, hélas, avec ses vieux démons - qu’il y déplorait avec raison, tout en lançant là un salutaire mais peut-être tardif cri d’alarme, en cet amer et triste constat !

 

VERS UNE FUTURE COHABITATION « GAUCHE-DROITE » ?

D’où, encore plus paradoxal mais franchement dramatique là, cette troisième leçon : il n’est pas à exclure, au vu de pareil contexte socio-politico-idéologique, que le prochain Président de la République Française, probablement François Hollande donc, ne doive un jour lui aussi, à l’instar de François Mitterrand autrefois, se résigner à accepter bon gré mal gré, à la faveur des prochaines élections législatives par exemple, une très inconfortable et même dangereuse cohabitation, au niveau du futur Gouvernement, avec une Première Ministre qui, si son parti progressait encore, pourrait s’appeler alors, malheureusement pour les idéaux de gauche tout autant que notre sens de la démocratie, Marine Le Pen !

A moins, pis encore mais scénario tout aussi possible, que la cheftaine du Front National ne fasse imploser ces diverses droites - c’est là, vraisemblablement, son très machiavélique calcul politique - pour en prendre ensuite la tête, au sein d’une coalition inédite (une « droite plurielle » comme il y eut jadis une « gauche plurielle »), afin de parvenir finalement elle-même, dans un avenir plus ou moins proche, à la Présidence de la France...

 

DANIEL SALVATORE SCHIFFER*

 

*Philosophe, auteur de « Critique de la déraison pure - La faillite idéologique des ‘nouveaux philosophes’ et de leurs épigones » (François Bourin Editeur) et, tout récemment, de « Du beau au sublime dans l’art – Esquisse d’une métaesthétique (L’Âge d’Homme /Académie Royale des Beaux-Arts de Liège).




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Les réactions les plus appréciées

  • Par Al West (---.---.---.118) 24 avril 2012 13:31

    Cher Daniel,

    Je me permets l’utilisation de vous appeler par votre prenom car nous devenons familiers au travers de vos articles que je commence a apprecier, non parce que j’y adhere, quoique celui-la est loin d’etre le pire, mais parce qu’ils me font beaucoup rire.

    Il est tout a fait clair que le but final de cet article est de presenter une dangereuse Marine Le Pen a l’assaut de la France, en temoignent les nombreux termes et tournures de phrase depreciatifs utilises a son encontre. Assumez-vous mon ami, soyez plus clair, certains internautes risqueraient de passer a cote.

    Votre analyse a de plus cela de faux que le Front National compte desormais parmi ses electeurs des gens de tous horizons politiques. Et m’est avis que cela ira grandissant au vu de la previsible arnaque desormais revelee Melenchon.

    Je vous souhaite du courage, cher Daniel, car votre travail de desinformation se fera de plus en plus dur.

  • Par Georges Yang (---.---.---.3) 24 avril 2012 16:07

    Une autre leçon de cette élection est le rejet de Sarkozy en tant qu’individu et non en tant que candidat de droite
    L’erreur vient de Chirac qui l’a nommé à l’Intérieur où il a fiché ses éventuels adversaires, l’électorat Sarkozy est un électorat par défaut faute de candidat de droite
    En France on vote contre, jamais pour

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