Plus tard, Serge Tchakhotine poussera cette logique dans ses derniers
retranchements avec "Le viol des foules"... Un ouvrage majeur
qu’ont probablement lu et appris par coeur tous nos politicards et
serveurs de soupe des télés.
On
peut aussi visiter le site suivant :
http://asthme-reality.com/manipulations/pages/modele.htm
Le viol des
foules par la propagande politique
Serge TCHAKHOTINE
Edition
de 1952.
Ce livre se trouve très facilement, il est paraît-il très
utilisé par les gens qui ont en charge d’influencer la population
(publicitaires, politiques, journalistes ...).
S. Tchakhotine est
un socialiste contemporain d’Hitler.
Il avait étudié les méthodes de
propagande des nazis, et essayé vainement de les faire appliquer par
son parti politique pour contrer l’avancée d’Hitler.
Son livre de 567
pages en petits caractères explique tout cela.
J’ai essayé ici
d’en tirer les points les plus importants .
Déjà l’avant
propos est très intéressant.
On y apprend que la première
parution de cet ouvrage eut lieu en 1939.
A sa grande stupeur
l’auteur constata que les dernières épreuves du livre avaient été
censurées : tous les passages désagréables à MM. HITLER et MUSSOLINI
avaient été supprimés (et ceci deux mois avant la guerre).
On a
su par la suite que la censure avait été pratiquée par le Ministère des
affaires étrangères dirigé alors par le socialiste Georges BONNET,
lequel a voté en 1940 en faveur du maréchal Pétain et a fait partie du
Conseil National. Il a aussi été l’organisateur de la conférence
internationale de Munich qu’il a par la suite toujours présentée non pas
comme une capitulation, mais comme une ruse qui devait permettre aux
démocraties de gagner du temps et d’intensifier leur effort d’armement.
Sur
sommation de l’auteur, le livre parut sous sa forme d’origine. Mais
deux mois après sa parution, alors que la guerre était déjà déclarée, la
police de Paris faisait une rafle du livre dans les librairies. Enfin,
en 1940 les Allemands le confisquèrent et le détruisirent.
Voici
ce que dit Tchakhotine dans son introduction :
Pour légitimer
leurs conquêtes, des dictateurs faisaient souvent valoir qu’elles se
sont effectuées pour la plupart pacifiquement, ou, tout au moins, sans
emploi de violence physique. Ce n’est vrai qu’en apparence : l’absence
de guerre n’empêche pas l’emploi d’une violence non moins réelle qu’est
la violence psychique.
La menace - les discours d’Hitler - associée à
la vue de l’arme meurtrière - la mobilisation de l’armée allemande -
voilà la formule exacte selon laquelle les dictateurs modernes exercent
la violence physique : c’est précisément ce qui s’est passé, par exemple
en Europe en septembre 1938, ce qui a amené la capitulation des
vieilles démocraties européennes à Munich.
Selon Tchakhotine
seulement 10 % des gens sont réfractaires à la violence psychique.
Tchakhotine
appuie toute sa démonstration sur les travaux de Pavlov concernant les
réflexes conditionnés.
Tous ces travaux ont été réalisés à partir
de la constatation suivante : on peut par apprentissage faire saliver
un chien à partir du son d’une sonnette. C’est très précis (800 Hz, et
pas 812 Hz) et réversible autant de fois qu’on veut.
C’est ce qu’on
appelle un réflexe conditionné.
Les règles suivantes ont été mises en
évidence :
Les réflexes conditionnés peuvent être inhibés par
d’autres signaux.
Les réflexes conditionnés sont des actions
automatiques qui interviennent en dehors de la réflexion.
Les
réflexes conditionnés peuvent être copiés par un spectateur.
La
parole peut donner naissance à toute une série de réflexes conditionnés.
Il
existe des réflexes innés : liberté, servilité, but (collectionneur par
exemple) qui peuvent rendre plus difficile l’acquisition de réflexes
conditionnés ou au contraire servir d’appui.
Il existe aussi des
pulsions innées qu’on peut lister par ordre d’importance :
Conservation
de l’individu
1) pulsion combative
2) pulsion alimentaire
Conservation
de l’espèce
3) pulsion sexuelle
4) pulsion parentale
Ces
pulsions sont à la base des réflexes innés et peuvent servir de base à
la création de réflexes conditionnés.
Le réflexe conditionné doit
être "rafraîchi" c’est à dire accompagné d’un réflexe absolu (inné).
Ce
sont ces principes de base qui sont utilisés pour conditionner les
masses.
La répétition joue un grand rôle dans la formation des
réflexes conditionnés, par exemple par une répétition incessante et
massive de mêmes formes, slogans, etc. ... en les accompagnant
d’excitations lumineuses, de couleurs criardes, et de sonorités
rythmées et obsédantes.
L’emploi des symboles est un des stratagèmes
les plus efficaces des meneurs pour diriger les masses.
Le symbole
est au sommet d’une pyramide dont la base est la doctrine.
Ensuite
vient le programme, extrait de la doctrine en vue de l’action, ensuite
viennent les slogans, les mots d’ordre qui contiennent les idées
générales du programme, et enfin le symbole.
Toute propagande
moderne repose sur un nombre relativement restreint de formules
tranchantes et concises, formules qui doivent être enfoncées à grands
coups dans le psychisme des masses, mises d’avance en état
d’impressionnabilité accrue. C’est le principe même de la création des
réflexes conditionnés de Pavlov.
Les masses sont enclines à
croire aux choses qu’elles souhaitent réalisées même si elles ne sont
appuyées que par des arguments peu fondés mais émotionnels ou
"démontrées" par des syllogismes.
Les masses sont nécessairement
privées d’une information suffisante. La conséquence de cet état de
choses est que, là où les masses peuvent se mêler de la politique et
l’influencer, elles le font selon leur affectivité et non sur la base de
connaissance et de raisonnements.
Il est temps de comprendre
qu’il peut y avoir des situations où les grandes masses, dont le vote
détermine tout dans un état démocratique, peuvent succomber à un
véritable empoisonnement psychique au sens le plus réel, le plus
physiologique.
Si on s’imagine qu’il suffira alors de faire appel
à la raison, de tenter de combattre cet empoisonnement, "le viol
psychique" par une propagande de persuasion, on se crée une illusion
dangereuse.
Le seul moyen, si on ne veut pas porter atteinte à la
liberté de parole si chère de bon droit aux démocraties sincères, c’est
de savoir se garantir par des appareils d’immunisation psychique, par
des organes de propagande qui doivent veiller à ce que toute velléité de
violer l’âme collective par des pratiques psycho-physiologiques, dont
il est désormais démontré que ce sont des véritables moyens
d’intoxication, soit déjouée et trouve immédiatement une riposte
efficace de protection psychique.
L’abstentionnisme qu’on observe
parfois aux élections n’est souvent causé que par un dégoût des
propagandes.
Et on transfère cette opinion à l’information qui, il
est vrai, n’est pas à distinguer parfois de la propagande maléfique du
bourrage de crâne, assumant elle aussi un caractère tendancieux. C’est à
tort, évidemment, car une information véridique est précisément une des
meilleures armes contre le viol psychique, et peut même être une arme
puissante de propagande bien intentionnée, donc utile.
Il est
vrai qu’une propagande astucieuse emploie souvent des procédés, des
trucs, qui décelés la rendent particulièrement odieuse dans l’opinion
publique : elle lance par exemple des ballons d’essais, des canards dans
la radio et la presse, elle instille dans les masses des rumeurs et des
bobards, des fausses nouvelles et même des fausses nouvelles fausses ;
elle donne des consignes de silence pour noyer la vérité ou entreprend
des offensives de diversion. Comme on peut s’en rendre compte
facilement, c’est surtout la presse du soir dans les pays démocratiques
qui offre souvent des spécimens de ce genre de propagande et
d’information.
Un démenti des faits contés par la propagande
adverse, surtout s’il est formulé en termes très nets et secs, peut
parfois anéantir la première, mais à condition que ce démenti soit
immédiat.
La méfiance envers toute propagande, dont nous parlons
ci-dessus, n’est pas justifiée encourt pour la raison que la propagande
véridique n’est rien d’autre que l’explication et la justification d’une
politique. Elle a donc un caractère informatif.
Que propose
Tchakhotine ?
Le Socialisme actif veut libérer l’humanité de sa
servitude psychique dont elle est aujourd’hui sans cesse menacée. Il
faut trouver les moyens de soustraire les hommes à ces emprises toujours
possibles sur leur psychisme, il faut les immuniser contre les toxines
autoritaires, faire en sorte que la proportion du dixième
s’intervertisse, que le taux des passifs, "des suggestionnables, des
violables" dirions nous, s’abaisse.
Comment aboutir à ce
résultat ? A notre avis trois voix y concourent : l’éducation,
l’eubiotique et la prophylaxie psychique.
L’éducation active doit
préserver les jeunes de la robotisation par l’éducation traditionnelle.
L’eubiotique
consiste à améliorer les conditions d’existence, à assurer un salaire
suffisant, un repos garanti, à écarter les soucis d’ordre familial ou de
travail, bref tous les facteurs d’une vie matérielle rationnelle et
hygiénique.
La prophylaxie psychique consiste à inculquer
constamment à tous ses membres les notions du vrai, du bon et du beau,
la foi dans le progrès humain et en ses propres forces, les principes du
devoir social par des pratiques propagandistes surtout d’ordre
démonstratif et persuasif.
Le socialisme actif doit s’organiser
avant tout pour mener une lutte destructive ; il n’a pas le choix : il
doit détruire, annihiler, le capitalisme avec ses tendances fascistes et
totalitaires, si ce n’est pas par la force brutale, alors plus sûrement
et avec infiniment moins de sacrifices par une action psychique.
Nous
l’avons vu, cette action ne peut être que basée sur la force de la
première pulsion, au moyen de réflexes conditionnés mis en oeuvre par
des formes efficaces modernes de propagande.
Mais cette méthode
(le viol psychologique) qui était employée par Hitler et Mussolini dans
des buts négatifs, antihumains, d’isolement national et de guerre,
aurait, si elle était adoptée par le socialisme, l’excuse d’être
indispensable pour sauver l’humanité du danger qu’elle court.
Pour
édifier rapidement le socialisme, la vraie démocratie, il faudra
employer la même méthode d’obsession provoquée, agissant ici non plus
sur la peur, mais sur l’enthousiasme, la joie, l’amour.
Commentaires personnels.
A
cette époque Tchakhotine croyait donc dur comme fer que le socialisme
était la meilleure des choses, et que tous les moyens étaient bons pour
l’imposer, même la violence psychique. Il prédisait l’échec à court
terme du capitalisme.
Il avait tort, le capitalisme a largement
montré sa supériorité, alors que le socialisme et le communisme qu’il
encense dans son livre, ont largement prouvé que ce sont eux les
vecteurs du fascisme et du totalitarisme.
Il se trouve
malheureusement encore des gens pour vouloir imposer cette idéologie par
ces moyens de propagande de base.
Malheureusement ce sont ces
gens qui détiennent actuellement le plus grand nombre de leviers de
commande, dont en particulier les grands médias.
Ce sont ces gens
qui utilisent les mêmes techniques aliénantes de propagande qu’Hitler,
comme d’ailleurs le conseillait Tchakhotine au motif que "c’est
indispensable pour sauver l’humanité".
Parce que bien sûr, pour
eux être persuadé d’avoir raison justifie toutes les pratiques, même
celles qu’ils condamnent par ailleurs.
Que faut-il faire pour
contrer cette propagande, cette "violence psychique", ce "viol des
foules" comme dit Tchakhotine ?
Rentrer dans un cycle infernal en
utilisant les mêmes méthodes ?
Tenter d’expliquer ces méthodes
aux électeurs pour les immuniser et les rendre capables de penser par
eux-mêmes ?
..