Le 30 juillet 2010, le Président de la République dans son discours de Grenoble pointait du doigt la communauté rom et annonçait la multiplication des expulsions.
Un an après, Médecins du Monde déplore les conséquences sanitaires catastrophiques des expulsions à répétition, publie une enquête inédite sur la couverture vaccinale des populations roms et dénonce une mise en danger volontaire de personnes en grande précarité
30 Juillet 2010 , le Président de la République annonce lors d’un discours prononcé à Grenoble une politique d’expulsion massive à l’encontre des populations rroms, les désignant comme responsables de problèmes sécuritaires. Médecins du Monde, avec beaucoup d’autres, avait dénoncé le caractère stigmatisant de ces déclarations et les effets désastreux de ces expulsions répétées sur l’accès aux soins et la santé d’une population déjà très fragilisée par des conditions de vie déplorables.
Un an après, les Rroms sont toujours considérés comme des citoyens de seconde zone en France, perçus par les pouvoirs publics non plus comme des personnes en grande précarité mais, par un effet de glissement, comme une menace. Les expulsions de camps Rroms, ininterrompues, s’inscrivent dans la continuité d’une politique mise en place depuis déjà plusieurs années. Les équipes de MdM à Bordeaux, Lyon, Marseille ou Strasbourg alertent déjà sur la préparation d’une nouvelle vague d’expulsions massives cet été.
Une situation qui génère des crises sanitaires et des difficultés pour subvenir aux besoins les plus élémentaires. Dans ce contexte, Médecins du Monde publie cette année une enquête sur la couverture vaccinale des Rroms. Seuls 8% ont un carnet de santé confirmant que leurs vaccins sont à jour. La majorité n’est donc pas couverte par les vaccins les plus courants, obligatoires ou recommandés. Par exemple, seuls 55% des Rroms sont vaccinés contre Rougeole, Oreillons Rubéole (ROR) - vs 90% de la population générale - alors même qu’une épidémie de rougeole est de retour en France et en Europe depuis 2008.
La communication menée l’an dernier par le gouvernement a rendu plus visibles, voire plus spectaculaires ces expulsions. Mais ce discours aura eu aussi pour effet de renforcer la stigmatisation dont souffrait déjà cette population et de légitimer des attitudes de rejet et de violence à leur encontre. Depuis, la pression et les intimidations policières se sont encore renforcées et les Rroms sont devenus en quelque sorte des boucs émissaires « autorisés ».
« Aujourd’hui, en France, Médecins du Monde est conduit à mettre en place des dispositifs opérationnels habituellement utilisés sur nos programmes internationaux, en situation d’urgence humanitaire. Par exemple en 2009, MdM a installé à Saint-Denis un camp de déplacés pour des familles rroms à la rue suite à un incendie. L’association est ainsi amenée de plus en plus à travailler sur des questions d’hygiène et d’accès à l’eau potable. Et cette année, nous avons également mené une campagne de vaccination de masse sur la rougeole dans un contexte épidémique. »
Politique migratoire et santé publique, le choix délibéré de nuire ?
Les expulsions massives de familles rroms, rendues plus visibles suite au discours de Grenoble, se poursuivent et se renforcent cet été. Les Rroms vivent dans un climat de peur, alimentée par des intimidations répétées, des procédures administratives de reconduites à la frontière irrégulières, des gardes à vue non justifiées, des contrôles systématiques de papiers...Ces mesures engendrent des ruptures de soins et de traitements pour des patients atteints de maladies chroniques telles que la tuberculose et le diabète, ainsi que l'interruption de campagnes de vaccination, même en contexte épidémique.
La mise en danger volontaire des personnes en grande précarité du fait de décisions politiques et juridiques n'est donc plus un tabou en France. On assiste depuis quelques mois à l'émergence d'une nouvelle approche en matière de politique migratoire fondée sur l'intention de nuire. Intentionnalité politique avec un palier supplémentaire visant à dissuader les plus précaires – notamment les Rroms – de rester sur le territoire français, quitte à mettre en danger leur vie, quitte à stigmatiser davantage certaines communautés, au plus grand mépris des principes de santé publique et des droits humains fondamentaux.
© Christina Modol
Lire le dossier réalisé par Médecins du Monde : http://www.medecinsdumonde.org/Presse

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