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Paris qui change

 article illustré par mézigue (d'autres photos à ce lien)

Comment peut-on ne pas aimer Paris ?

C'est très subjectif et très partial, mais à chaque fois que je vois des photos de cette ville, que j'entends telle ou telle ritournelle sur cette ville, je me pose la question, moi qui en suis natif.

Le moment le plus dur quand je suis à Paris, c'est quand je dois reprendre le train.

Cela dit, cela ne me dérange pas que l'on n'aime pas Paris, car je suis exigeant et jaloux dans mon amour pour cette ville, où je croise parfois des fantômes amicaux, et surtout des parisiennes qui ont encore, mais hélas de plus en plus rarement, un petit « quelque chose » en plus, il faut quand même admettre.

Mais si je comprend que l'on n'aime pas Paris, je ne comprend pas que ceux qui l'exècrent soient toujours dans la comparaison avec leur ville, bourg, village, bled ?..

J'aime l'esprit de Pantruche, Paris-Paname où comme le disait Forain on dit « leur fait aux bourgeois, leur fatuité aux prétentieux », où les gamins des rues savent très bien que ces gens si respectables qu'ils croisent, qui jouent le dédain et le mépris à leur encontre sont des êtres humains pathétiques comme les autres.

Depuis nos grand-mères, voire nos arrière grand-mères, ça ne date pas d'hier, ceux qui habitent en province sortent toujours la même et lancinante « scie » : « Paris j'aime bien pour visiter mais je ne pourrais pas y habiter », avant de renchérir en un couplet désolé sur l'insécurité qui règne dans Paris.

On a toujours peur en province de subir les prétentions et vanités exagérées que l'on prête souvent aux parisiens en affirmant qu'on a exactement les mêmes choses chez soi, et que c'est bien sûr plus authentique, l'authenticité rurale étant alors perçue comme dans les publicités pour jambon sous vide.

Trop de monde, trop de voitures, trop de populations mélangées, trop de repères fichus en l'air, trop de bobos qui font dans l'authenticité frelatée, trop d'étrangers, trop de touristes, trop de tout ça en même temps...

Et bien sûr à Paris, pas assez de « vraigens », de gens simples.

littérature,cinéma,politique,société,parisAlors certes, les quartiers populaires de Paris se vident petit à petit de leurs populations remplacées par celle des bobos ou des cadres supérieur à fort pouvoir d'achat qui s'imaginent alors qu'ils ne sont plus des bourgeois mais des prolos comme les autres car habitant Belleville ou Montmartre, ou Pigalle. Ils aiment bien l'authenticité frelatée de Paris que l'on trouverait selon eux dans les photos de Doisneau, ou « Amélie Poulain », et s'approprient sans vergogne les films dialogués par Michel Audiard qui les aurait certainement cordialement méprisés en son temps, ou « monsieur Bob ».

Tous ces jouvenceaux et jouvencelles à la tête bien pleine qui jouent les apaches, sont des petits garçons et des petites filles bien dociles et bien sages, sans grand relief ni aspérités..

Le fait que leur connaissance de ce genre de films et de littérature ne va pas très loin car ils ne connaissent que lui, oubliant Jeanson, Prévert et Kosma, Boudard, Albert Simonin et d'autres auteurs qui buvaient le jus de la rue avec délices chaque jour retranscrivant leur plaisir à le faire dans leurs œuvres.

Ils vont boire de l'eau colorée et brouter des plats « équitables » dans des cafés ripolinés, colorés comme des attractions à Disneyland, en se souciant surtout d'une chose : est-ce qu'il y a la wifi pour continuer à communiquer avec leur réseau.

Et la plupart des parisiens actuels, qui ne sont plus tellement des vrais parisiens d'ailleurs mais surtout des privilégiés qui font étalage de leurs richesses en habitant la capitale, ne connaissent pas du tout leur ville.

Il est bien rare que ceux-ci quittent leur quartier pour s'aventurer un peu plus loin qu'à côté de chez eux. Des habitants du XVème ne vont jamais à Montparnasse, et d'autres de Bastille n'iront jamais jusqu'à Montmartre, ils gardent finalement l'esprit de clocher dans Paris.

Celui-ci a toujours existé mais a tendance à enfler depuis quelques temps, et engendrer une certaine étanchéité entre les milieux, alors que ce qui fait l'esprit de Paris c'est le brassage des populations, certains allant jusqu'à parler de « provincialisation » de Paris qui devient une agglomération de « petit vieux » dans l'âme frileux du cœur et de l'esprit (il y a des jeunes et vieux « petits vieux) qui ont peur de tout car ils craignent finalement pour leur magot et les privilèges que leur statut leur apporte.

littérature,cinéma,politique,société,parisCes « petits vieux » dans l'âme ont beau singer les existentialistes dans le Quartier latin, pour les hommes qui semblent croire que leur existentialisme tient dans la mèche arborée sur le front, ou balader pour les femmes des névroses distinguées de pauvres petites filles riches qui se noient dans leur alcoolisme mondain pour tromper leur ennui.

Ces riches qui trompent leur ennui, cette faune endogame et vaguement cultureuse, des écrivains comme les « Hussards » ou pas s'en moquaient déjà après la Seconde Guerre. Et il était de bon ton comme le rappelle Claude Dubois, parisiologue distingué pour les belles dames et les beaux messieurs de se déguiser en « apaches » ou en « catins » et d'aller se donner des frissons dans les bals populaires. Un diariste décrit de ses spécimens lors des funérailles nationales de Victor Hugo.

Se dire que Paris n'est plus Paris à cause de tout les coups de boutoir de la bêtise « à front de taureau » des petits bourgeois prétentieux, des touristes, c'est s'avouer vaincu, leur abandonner le terrain et prendre lâchement la fuite.

par Amaury Watremez (son site) samedi 22 octobre 2011 - 10 réactions
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