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Paroles d’enfant

En ces temps un peu tristes, où l’on lit ou entend, de ci de là, les pires choses sur les enseignants et sur l’Education Nationale, j’ai eu la violente envie de vous confier, à vous, lecteurs assidus et éclairés, quelques pensées, qui, vous le constaterez, ne sont pas toutes miennes.

 

D’abord, et en réaction aux très nombreux et aisés messages, fleurissant ici et ailleurs, concernant ces maudits profs et cette institution honorable et trop souvent méprisée qu’est l’école, je veux juste dire ceci : que tous ceux qui dénigrent parfois violemment les enseignants se prennent une journée, une simple journée pour remplacer un prof.

Que ceux qui n’ont que critiques acerbes et sans fondements réels aillent donc s’occuper de dizaines d’enfants ou d’adolescents, pendant quelques heures.

Je suis persuadé, fondamentalement convaincu, qu’ils n’auront plus le même discours après cette expérience. Et s’ils s’en tiennent à leurs diatribes, cela ne pourra relever que de la malhonnêteté intellectuelle, si tant est qu’ils comprennent le sens de cette expression.

L’école n’est pas parfaite. Mais elle est devenue, beaucoup trop souvent, la seule possibilité pour des enfants de s’éduquer, tant ces parents bien prompts à critiquer sont devenus incapables de s’occuper de leurs enfants et se déchargent sur l’Education Nationale (qui du coup porte bien mal son nom) pour donner à leurs chers bambins ce qu’ils sont incapables de leur apporter.

Oui, tous les professeurs ne sont pas parfaits ; oui, il y a des brebis galeuses. Oui, les enjeux sont énormes, les pressions gigantesques, les syndicats par forcément constructifs. Mais oui, définitivement oui, salir par des propos abjects cette institution est bien la pire solution à apporter, et la plus pitoyable des méthodes à adopter.

 Ceci étant dit, je vous livre maintenant un témoignage, qui forcément est affreusement subjectif mais qui, j’espère, saura vous toucher.

Il s’agit d’une petite lettre, écrite par ma fille du haut de ses huit ans, et adressée au directeur de son l’école primaire qui vient de voir s’achever sa carrière cette année. Je vous la livre (avec la permission expresse de ma fille) telle qu’elle a été écrite, car, avant qu’elle ne soit livrée à l’intéressé, je m’étais permis de l’immortaliser via mon ordinateur, en prenant soin de retranscrire les propos mot à mot et sans aucune correction .

La voici :

 « Monsieur le directeur,

On espère que on vous revera un jour ou l’autre ; je connais toutes mes leçons, c’est bien, je sais, mais, sans vous, cher directeur, je ne pourai pas travaillée mon français. Avoir un directeur si gentil, si parfait, ce ne sont pas tout les enfants qui ont cette chance ! L’heure de la retraite a sonée et vous devez partir.C’est triste, je sais, même vous, vous devez en soufrir.Vous serez toujours dans notre cœur.

Aurevoir, M. le directeur ! »

 Non, les enseignants ne sont pas infaillibles ; ils ont, eux-aussi, quelques faiblesses. Non, tous ne sont pas animés par une vocation, et nous sommes tous d’accord pour dire que c’est profondément regrettable et préjudiciable.

Mais l’écrasante majorité du corps enseignant est là, chaque jour, pour tenter de donner à nos enfants un savoir et, surtout, la chance extraordinaire de se construire une personnalité et un avenir.

Ma fille était cette année en CE1, et le directeur s’occupait d’une classe de CM2 ; a priori, elle n’avait aucune raison d’écrire ce petit mot.

Mais peut-être l’a-t-elle fait simplement parce que, au plus profond de son âme d’enfant, elle a compris qui était ce directeur, ce qu’il représentait, ce qu’il a apporté à l’école.

Et peut-être aussi qu’il faudrait, avant de vilipender toute l’Education Nationale, commencer par cette réflexion qu’ont les enfants, enfants qui sont et resteront, quoi qu’en pensent ces parents vindicatifs, les premiers concernés.

par Stéphane Antonini jeudi 2 juillet 2009 - 2 réactions
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