« Fais des études, tu iras loin », nous disait-on à l’époque. La maxime est-elle encore d’actualité ? Avec la crise, certaines entreprises ne voient pas la nécessité de piocher leurs nouvelles recrues parmi des Bac+8 aux salaires trop élevés. Pourtant ce serait un bien pour le pays. Enquête sur ces étudiants trop diplômés.
Aix-Marseille Université (résultat de la fusion des trois facultés) accueille 72 000 étudiants dont 4 000 doctorants. C’est le sort de ces derniers que nous avons décidé d’étudier dans notre dossier. Après 8 ans d’étude, spécialisés mais peu familiarisés à la vie en entreprise, les docteurs sont jetés dans la fosse aux lions.
Il est inutile de rappeler qu’une thèse est un travail dur, de tous les jours. Rigueur, autonomie sont nécessaires pour obtenir ce diplôme réservé à l’élite. Sur 740 000 jeunes sortis de formations initiales en 2007, seulement 2% sont titulaires d’un doctorat, selon une enquête du Céreq (Centre d’études et de recherches sur les qualifications).
Cette étude nous apprend également que les Bac+8 connaissent un faible taux de chômage à la sortie : 5% pour les docteurs contre 11% pour un niveau licence. Les secteurs aussi nous réservent quelques surprises. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, les diplômés en Lettre et Sciences humaines ont moins de mal à s’insérer dans la vie professionnelle (9% de chômage) que les diplômés en chimie et biologie (15%). Bien sûr la médecine (2% de chômeurs à la sortie) reste une valeur sûre.
Cependant les premiers emplois occupés par les docteurs sont en général des emplois aux compétences et aux salaires moindres. Le type de contrat est également assez précaire ; CDD pour les plus chanceux. Avec la crise, le marché du travail s’est dégradé. La génération 2007 des doctorants connaît ainsi le taux d’emploi le plus faible des quatre dernières générations.
Faut-il donc préférer des études plus courtes et professionnalisantes ? Sûrement pas selon Elena Sergeeva, jeune docteur en économie : « l’insertion professionnelle dépend du climat économique du pays. Certes en cette période de crise, les métiers aux formations courtes sont attrayants mais la tendance du marché évolue rapidement et il n’y a que très peu de possibilités d’évolution de carrière avec un BTS ou une licence ».
L’incertitude des entreprises
L’intelligence est la première richesse d’un pays. La compétitivité des entreprises dépend de la qualité de ses cadres. Certes certains postes ne proposent aucune évolution mais selon Martine Ruzzier, directrice des relations économiques et de la prospective territoriale, « réserver un poste pour un doctorant dans une entreprise signifie promouvoir l’innovation créative. Le docteur à l’habitude de mener un projet à terme, de se projeter dans l’avenir ».
L’éducation représente 25% du budget de l’Etat, ce qui n’est pas rien. « Ne pas pousser les étudiants à dépasser leur limite et viser toujours plus haut est une erreur et coupe les ailes du développement d’un pays » rajoute Elena.
Le principal manque vient alors de l’information.
Le Collège Doctoral d’Aix-Marseille Université, basé à la faculté Saint-Charles, prépare donc les doctorants à leur insertion professionnelle, par une sensibilisation accrue au monde de l’entreprise tout en communicant à celle-ci les compétences des docteurs. Il est important de palier au manque d’information des deux côtés afin que ces deux entités se rencontrent et travaillent ensemble.
Les Doctoriales, séminaire annuel, soutenu par les collectivités territoriales permettent également ces rencontres. L’université est un des acteurs importants du territoire et doit donc travailler en collaboration avec les autres.
Sur 80 universités françaises, seulement 6 proposent un accompagnement des docteurs dans leurs premières recherches. De plus les entreprises préfèrent souvent un cadre expérimenté à un nouveau venu. C’est pour cela que de nombreux diplômés partent travailler au Canada, où on leur donne leur (première) chance. C’est le cas d’Elena et c’est ce qu’on appelle « la fuite des cerveaux »…
Visionner le reportage vidéo : l'avenir des doctorants
Melissa Reverso - News of Marseille

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