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Passeurs de mémoire, porteurs d’espoir

Il y a 3 ans l’association Pour la Paix Per a Pace soumettait à deux professeurs des lycées Fesch et Laetitia d’Ajaccio un projet construit autour du devoir de mémoire avec un déplacement en Pologne sur les sites d’Auschwitz et de Birkenau. Profondément marquée par un premier passage dans les camps, elle ne pouvait que retenir cette citation inscrite à l’entrée d’un des blocks du camp d’Auschwitz « Celui qui ignore son passé est condamné à le revivre ». C’est parce que l’association a depuis toujours favorisé son travail avec des jeunes qu’elle s’est alors adressée à eux. Le travail pédagogique, préalable obligatoire à ce type d’initiative, engagée par les deux professeurs faisait le reste.

Rejoignant l’humaniste Albert Jacquard sur l’importance du contact et des échanges quand il dit « Au long d’une aventure humaine, tout se joue lors des rencontres » et « Les rencontres font de nous des humains », l’initiative proposée a très vite été élargie à la découverte de ce pays récemment entré dans l’Union Européenne au travers son histoire, sa culture, son environnement permettant ainsi d’envisager une relation d’échanges à court terme avec de jeunes lycéens polonais.

C’est ainsi qu’en 2005, 63 jeunes lycéens sont partis suivis en 2006 par 57 autres et une première prise de contact avec le lycée n°17 de Cracovie. Enfin en février 2007, un programme d’échange a pu, grâce à ce suivi des relations, se concrétiser et permettre à 27 jeunes d’être accueillis au sein des familles en Pologne et en Corse.

Le 18 juin 1940, il y a 68 ans, le Général de Gaulle appelait depuis Londres à la résistance. Aujourd’hui des jeunes écoutent encore ce message et d’une certaine manière à leur tour résistent. L’Association Per a Pace a été fortement marquée par leurs réactions, convaincue que ce travail engagé devait se poursuivre. De nombreux jeunes encore nous interpellent en nous disant que leur rapport à l’autre a changé. Plus de respect et de compréhension les habitent certainement aujourd’hui. Mais au-delà nous comprenons aussi l’appel à la confiance qui nous est lancé et la suite de notre action, à travers des ateliers d’écriture et l’édition d’un ouvrage en 2008-2009, leur permettra de témoigner. Ils sont devenus à leur tour des passeurs de mémoire à la fois pour dire haut et fort « Plus jamais ça »

Passages marquants du dernier séjour en Pologne
Quartier juif de Kazimierz

Une présentation rapide de l’histoire de la Pologne, dans une des salles de l’établissement, par les lycéens polonais débutait cette première journée qui par le tram n°13 nous emmenait ensuite dans le quartier juif de Kazimierz laissant à leurs études les korespondentow de Krakow. Nous ne ferons pas le tour des 8 synagogues qui habitent le quartier mais entrerons dans 3 d’entre elles : La vielle synagogue, la plus ancienne, transformée aujourd’hui en musée de l’histoire et de la culture juive avec une riche collection d’anciens objets liturgiques. Coiffés de la kippa les garçons entreront dans la synagogue Remuh où se pratiquent encore des offices avec jouxtant ses murs le cimetière, particulièrement impressionnant et enfin la synagogue d’Isaac.

Le dédale des rues empruntées nous entraînera ensuite sur les pas de la « liste de Schindler ». Une ruelle, un balcon qui court le long en façade et le temps d’un éclair, nous revivons une scène particulièrement poignante du film. Quelques pas encore pour s’arrêter un instant devant l’usine Schindler, avant de pénétrer à l’intérieur et de s’arrêter un bref moment dans la pièce qui fut le bureau d’Oscar Schindler. Aujourd’hui un projet est à l’étude pour transformer ce lieu en musée d’art moderne.

Les légers flocons de neige du matin ont fait place à un froid plus mordant en cet instant où nous nous trouvons sur la place « des chaises vides ». Cette métaphore concrétise ici l’emplacement de l’ancien ghetto de Cracovie. En regard, à l’angle de la rue, la pharmacie de l’aigle, avec son histoire exceptionnelle liée au personnage de Tadeusz Pankiewiz. « Juste parmi les nations », ce polonais « ordinaire » a volontairement choisi de s’enfermer, à l’intérieur du ghetto, afin d’apporter aide, réconfort et espoir à des hommes et femmes confrontés brutalement à un cruel destin.

Auschwitz - Birkenau

Cette journée qui s’annonce est particulière, chacun le sait et la redoute sûrement depuis le début. Jolanta, professeur d’histoire, assure pendant 45 minutes, en ce début de matinée, un cours rappelant les événements qui ont ponctué la 2nd guerre mondiale et qui ont mené à la Shoah. Son cours se terminera sur une réflexion et un appel à la vigilance sur ces guerres qui continuent d’éclater à travers le monde.

Le car qui nous mène tout d’abord à Birkenau longe les rails qui s’enfoncent et se perdent derrière la grande porte, gueule ouverte, prête à avaler. L’ambiance est alors indescriptible parce que propre à chacun. L’horreur est ici encore perceptible et le sera à jamais. Le guide décrit les conditions de « vie » dans les baraquements, les latrines, les châlits …., les humiliations, le froid…., la maladie, la peur,…. Les rails à l’intérieur du camp s’étirent jusqu’au point final, là où tout s’est décidé, où des vies se sont arrêtées brutalement. Un simple mouvement du pouce a suffit pour que la file empruntée conduise à la mort. Femmes, enfants, vieillards, ..., se sont alors dirigés sans le savoir vers les chambres à gaz. Amas de pierres, parce que détruites par les SS, pour ne pas « laisser de traces », l’odeur âcre qui s’en dégage encore aujourd’hui interpelle nos consciences. Les fantômes ressurgissent envahissant la vaste plaine. Dans un des baraquements en bois réservés aux femmes, nous nous recueillons en écoutant la lecture d’une des lettres de Danielle Casanova. Les couchages étagés en briques ou à même le sol gelé sont le témoignage encore plus épouvantable des conditions de détention. Là a été détenue Danielle Casanova, matricule 31655, là a résisté Danielle Casanova, là est morte Danielle Casanova et tellement d’autres…Trop pour toujours.

« Le travail rend libre », « Arbeit macht frei », voilà les mots cruels qui ouvrent les portes du camp d’Auschwitz. Les blocks s’alignent le long des allées rectilignes cintrées de barbelés. Chaque bâtiment témoigne de la barbarie qui y a été pratiquée. Des montagnes de cheveux, de chaussures, de valises, de prothèses, d’objets divers…voilent les regards qui s’accrochent et ne peuvent que difficilement se détourner des petits vêtements d’enfants retrouvés. Le mur des exécutions, des cellules qui font frémir, la chambre à gaz et les fours crématoires devant lesquels l’on passe en silence avec une pensée pour ceux qui s’y inhumainement sont partis.

Les conversations dans le car, sur le chemin du retour, reprennent difficilement. Par pudeur, beaucoup parle d’autres choses. Chacun se réservant au travail d’écriture qui leur sera demandé plus tard. La journée aura été comme l’on s’imagine difficile.

L’association Pour la Paix, Per a Pace, a réalisé à travers ces différents séjours, à quel point il était important de pouvoir participer activement au devoir de mémoire en mettant au service de jeunes les valeurs de paix et d’humanisme qu’elle défend au quotidien dans ses différentes actions. A cela s’ajoutait la notion d’échanges et de partage présent dans les esprits dès l’initiation du projet et qui a pu aboutir avec au cours de cette troisième année la rencontre au cœur des familles respectives des lycéens polonais et corses.

Documents joints à cet article

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Réactions à cet article

  • Par Internaute (---.---.---.29) 21 juin 2008 21:26
    Internaute

    Vous n’avez pas à jouer avec les enfants des autres. Vous préférez travailler avec des enfants car le bourrage de crâne est plus facile en bas âge. Ce que vous faites est dégeulasse.

  • Par Merlin (---.---.---.162) 21 juin 2008 21:50

    Qu’est-ce qu’on doit penser, dire et écrire sur le sujet ?

  • Par Alain Pen-Penic (---.---.---.20) 24 juin 2008 00:28

    Comme le rappel dans son article Pascale Larenaudie : « celui qui oublie son histoire est condamné à la revivre » et l’on peut ajouter, « La liberté c’est de pouvoir dire à l’autre ce qu’il ne veut pas entendre »…

     

    Ici il ne s’agit pas de l’histoire ancienne, mais bien de notre histoire récente. Ce ne serait pas juste de vouloir l’ignorer, et, encore plus la masquer aux générations qui ne l’ont pas vécu. C’est avoir une attitude responsable que de la « dire ». Attitude qui nous permet d’être en accord avec nous-même vis-à-vis de ce passé...

     

    Quelque part n’est-il pas plus facile de parler de l’histoire très ancienne, car dans l’histoire récente il y a aussi des douloureux souvenirs qui ne sont pas toujours bons à réveiller…

     

    Oui ! L’article de Pascale regarde franchement vers l’avenir…

     

  • Par j casamarta (---.---.---.227) 24 juin 2008 14:59

    Passeurs de mémoire... Peut-on vivre sans mémoire... On sent bien que ce témoignage est génant pour certains. La première réaction ci dessus est significative de cette volonté qui existe aujourd’hui dans certains milieux, d’effacer cette barbarie nazie. 

    Il est très important au contraire de partager cette mémoire encore vive et douloureuse avec la jeunesse d’aujourd’hui, de faire témoigner ceux qui ont vécus cette période et de se rendre sur place pour constater. Il faut interpeller les consciences, n’en déplaise à ceux qui voudraient qu’on n’en parle plus.

    Cet article participe de belle manière à cette action civique pour la vérité, pour la mémoire, pour la Paix...

     

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