Les assassinats par gazages, un bilan
par l’Institut für Zeitgeschichte
Introduction à la version française
Ce texte est la traduction de la version anglaise d’un résumé publié en 1992 par
l’Institut für Zeitgeschichte de Munich, l’un des principaux centres de
recherche historique allemand sur le régime nazi et le génocide. Les
remarques entre [] sont dues au traducteur (Gilles Karmasyn).
Sur l’assassinat par gazage dans les camps
d’extermination et de concentration sous le régime nazi.
Le meurtre systématique d’êtres humains par l’utilisation de gaz pendant
le régime nazi fut employé à partir de janvier 1940 dans le cadre de
l’opération dite d’« Euthanasie », l’extermination des « vies ne valant
pas la peine d’être vécues » des handicapés, handicapés mentaux et
malades en phase terminale. À partir de l’automne 1941 cette opération
fut continuée sur une bien plus grande échelle par les pogromes
entrepris par les Einsatzgruppen
de la Police de Sécurité [Sicherheitspolizei, N.d.T.] du SD
[Sicherheitsdienst, Service de Sécurité, N.d.T.], dans les territoires
conquis, à l’aide des camions à gaz itinérants.
A partir de décembre 1941, on a commencé à utiliser dans le camp de
Kulmhof (le nom polonais de Chelmno) des camions à
gaz fixes pour l’assassinat des Juifs, puis à partir de début 1942,
des chambres à gaz furent construites dans différents camps, ou des
bâtiments existant furent transformés dans ce but [en chambres à gaz,
N.d.T.]. [Il s’agit des camps de l’opération
Reinhard, Belzec, Sobibor, Treblinka, mais aussi
d’Auschwitz-Birkenau, N.d.T.]
Il nous faut distinguer entre les gazages de masse des Juifs dans les
camps d’extermination construits à cet effet et les gazages à plus
petite échelle dans des camps déjà existant (où des patients, des
déportés réduits en esclavage, des prisonniers de guerre et des
prisonniers politiques, entre autres, furent également victimes [des
gazages, N.d.T.]).
Liste des différents camps d’extermination :
Kulmhof (ou Chelmno), dans ce qui était alors le Wartheland, où,
entre décembre 1941 et l’automne 1942, puis de nouveau de mai à août
1944, eurent lieu des gazages par monoxyde de carbone contenu dans les
gaz d’échappement émis par des moteurs [diesel, N.d.T.]. Au total, plus
de 150 000 Juifs ainsi que 5000 Tziganes y furent assassinés.
Belzec (dans le district de Lublin qui faisait alors partie du
Gouvernement général) : de mars à décembre 1942, d’abord dans trois
puis, plus tard, dans six grandes chambres à gaz, environ 600 000 Juifs
furent assassinés par gazages au monoxyde de carbone de gaz
d’échappement émis par des moteurs.
Sobibor (dans le district de Lublin, dans le Gouvernement
général), fut dotée en avril 1942 de trois chambres à gaz, puis en
septembre de la même année de six chambres à gaz et fonctionna jusqu’en
octobre 1943. Pendant cette période, au moins 200 000 Juifs y furent
assassinés par gazages au monoxyde de carbone.
Treblinka (district de Warschau, dans le Gouvernement général)
fut dotée de trois chambres à gaz en juillet 1942, puis de dix chambres à
gaz supplémentaires plus grandes début septembre 1942. Jusqu’au
démantèlement du camp, en novembre 1943, environ 700 000 Juifs y furent
assassinés par gazages au monoxyde de carbone.
Majdanek (district de Lublin, Gouvernement général) : le camp de
concentration qui existait depuis septembre 1941 fut transformé en camp
d’extermination lorsque, entre avril 1942 et novembre 1943 des
exécutions de masse y eurent lieu. Ces exécutions [par balles, N.d.T.]
firent 24 000 victimes juives. En octobre 1942, deux chambres à gaz
furent construites, auxquelles une troisième serait ajoutée plus tard.
Au début les meurtres y furent accomplis au moyen de monoxyde de
carbone, mais on utilisa bientôt le Zyklon B (un insecticide extrêmement
toxique à base d’acide cyanhydrique). Jusqu’au démantèlement du camp,
en mars 1944, environ 50 000 Juifs y furent gazés.
Auschwitz-Birkenau (en haute Silésie, partie polonaise annexée au
Reich en 1939, au sud-est de Kattowitz) : le camp d’extermination de
Birkenau fut établi dans la seconde moitié de 1941. Il était associé au
camp de concentration d’Auschwitz, qui existait depuis mais 1940 [Ce
premier camp était désigné Auschwitz I et Birkenau Auschwitz II,
N.d.T.]. A partir de janvier 1942 on entreprit la construction de cinq
chambres à gaz, puis à la fin juin 1943 on construisit quatre grandes
chambres à gaz supplémentaires. Jusqu’en novembre 1944, plus d’un
million de Juifs et au moins 4000 Tziganes y furent assassinés par
gazages [à l’acide cyanhydrique émis par le Zyklon B, N.d.T.]
Liste des camps de concentration où des chambres à gaz furent
installées et utilisées :
Mauthausen (au nord de l’Autriche) : à l’automne 1941 une chambre
à gaz utilisant du Zyklon B fut opérationnelle. D’autre part, des
gazages au monoxyde de carbone eurent lieu dans des camions à
gaz qui étaient conduits entre Mauthausen et son camp annexe, Gusen.
Au total, plus de 4000 personnes furent assassinées par gazages.
Neuengamme (au sud-est de Hambourg) : à partir de l’automne 1942,
des gazages avec du Zyklon B eurent lieu dans un « Bunker »
spécialement aménagé. Ils firent environ 450 victimes.
Sachsenhausen (dans la province de Brandeburg, au nord de Berlin)
a été doté à la mi-mars 1943 d’une chambre à gaz qui fonctionnait avec
du Zyklon B. Plusieurs milliers de personnes y furent assassinées. Un
chiffre plus précis ne peut être déterminé.
Natzweiler (à Struthof, en Alsace) : une chambre à gaz y fut
utilisée d’août 1943 à août 1944. Entre 120 et 200 personnes y furent
assassinées avec du Zyklon B dans le but de disposer de leur squelette
pour l’Institut anatomique de Strasbourg. Cet institut était alors
dirigé par un Haumptsturmführer SS, le professeur August Hirt.
Stutthof (à l’est de Danzig) fut doté en juin 1944 d’une chambre à
gaz dans laquelle plus de 1000 personnes furent assassinées avec du
Zyklon B.
Ravensbrück (dans le Brandeburg, au nord de Berlin) : c’est en
janvier 1945 qu’une chambre à gaz y fut installée. Le nombre de
personnes qui y furent assassinées s’élève à au moins 2300.
Dachau (au nord de la Bavière, au nord est de Munich) : au moment
de l’érection d’un nouveau crématoire en 1942, une chambre à gaz y fut
également installée. Le docteur et Haumptsturmführer SS Rascher y
entreprit des gazages expérimentaux en relation avec ses expériences
médicales. Ceci est confirmé par les recherches les plus récentes (voir
Gunther Kimmel, The Concentration Camp Dachau. A study of the Nazi
crimes of violence in Bavaria in the NS-time, II, Martin Broszat et
Elke Froehlich éditeurs, R. Oldenburg Press, Munich, 1979, p. 391).
Aucune opération de gazage de plus grande envergure n’eut lieu à Dachau.
Les victimes des Einsatzgruppen
de la Police de Sécurité [Sicherheitspolizei, N.d.T.] du SD à l’arrière
du front russe furent en majorité des Juifs. Leur nombre est estimé au
minimum à 900 000 victimes [de récentes recherches semblent démontrer
que le nombre réel fut beaucoup plus élevé, notamment chez les Juifs
d’Union soviétique. Voir Jeremy Noakes et Geoffrey Pridham, Nazism
1919-1945. A documentary reader, Exceter 1983-1988, p. 1208, cité
par Tim Kirk, The Longman companion to Nazi Germany, Longman,
1995, p. 172. N.d.T.]
La différence entre le total des victimes par gazage citées dans la
liste ci-dessus ajoutées au nombre de victimes des Einsatzgruppen
et le nombre de total d’environ 6 millions de victimes des persécutions
nazies contre les Juifs, provient du fait qu’un pourcentage élevé des
victimes sont mortes des suites de mesures d’extermination indirectes
comme « la destruction par le travail », les mauvais traitements, la
faim, les épidémies et l’épuisement durant les transports, etc.
Environ 120 000 personnes ont été assassinées dans le cadre de
l’opération nazie dite d’« Euthanasie »
Complément bibliographique à la version française :
On renverra pour toutes les questions abordées dans ce texte à l’ouvrage
de Eugen Kogon, Herrmann Langbein, Adalbert Rückerl, Les chambres à
gaz secret d’État, Seuil, Points Histoire, 1987.
L’ouvrage de Germaine Tillion, Ravensbrück, Seuil, 1988, contient des
études détaillées des chambres à gaz de Ravensbrück, Mauthausen,
Harteim, Dachau, et de la tentative de construction d’une chambre à gaz à
Buchenwald (construction sabotée par les prisonniers, ce qui fait qu’il
n’y eut pas de chambre à gaz à Buchenwald).
Source