• dimanche 27 mai 2012
  • Agoravox France Agoravox Italia Agoravox TV Naturavox
  • Agoravox en page d'accueil
  • Newsletter
  • Contact
AgoraVox le média citoyen
La fondation Agoravox
  Accueil du site > Tribune Libre > Pearly Gates pleure aujourd’hui son père
21%
D'accord avec l'article ?
 
79%
(29 votes) Votez cet article
  • Faire un don
  • Imprimer cet article
  • Marquer et partager

Pearly Gates pleure aujourd’hui son père

Des guitares, il y en a de mille sortes. Des belles, des minuscules, des moches, des très moches, des loufoques, des qui "sonnent" pas mais servent à poser sur les photos, des épaisses qui ressemblent à des guitares sèches avec un micro, des usées, etc. Et puis il y en a surtout de deux sortes : des légères et des lourdes. La championne dans le genre c’est la Flying V que seul un géant débonnaire gaucher, fumant la pipe, pouvait poser sur le ventre tranquillement sans tomber devant lui : Albert, le grand, l’immense Albert King. Des légères, donc, dans lesquelles on va caser les Strat’s et les Tele’s : une Stratocaster ou une Telecaster, ça se porte comme un sac de voyage tellement c’est léger. Et puis y’a les Les’. Des blocs de bois massifs, de couleur fort variables passant du "brûlure de soleil" (sunburst) au doré sans oublier l’absence de couleur, le noir, avec un manche large et des micros bobinés serrés pour faire un gros son. Une vraie bûche ce truc. Un jour j’ai osé demander à un guitariste barbu connu pourquoi il ne jouait pas toujours avec son morceau de bois : il m’a répondu avec un accent du texas à défriser les longhorns : "mon vieux, tu joues deux heures avec ça, la courroie te coupe le bras, là" en me montrant son épaule.... Sacré Billy, toujours le roi de la formule express ! Une bûche donc, car héritière direct d’un engin du même nom : The Log. Un drôle de truc : un manche de guitare réduit à sa plus simple expression, genre Chapman Stick actuelle , auquel on peut greffer des bajoues pour faire ressembler à une vraie guitare : en fait le prototype de notre fameux engin. 

On est à la fin des années trente, et les groupes et surtout les Big Bands ont tous un guitariste qui n’arrive pas à se faire entendre : le plus bel exemple est celui de Bob Wills, à l’époque bien plus connu que Duke Ellington : il a un Big Band, mais de cow-boys, qui silllonne tous les USA en autobus . Wills est au violon, y’a une contrebasse... mais on n’entend pas la guitare de Leon McAuliffe ou d’Eldon Shamblin .... jusqu’au jour de 1931 où on va leur donner une Fryin’ Pan, une poêle à crêpes, surnom de la toute première guitare signée Rickenbacker Electro, en fait la société de George D. Beauchamp. En fait une lap-steel guitar, un truc qui se joue à plat comme une pedal-steel encore aujourd’hui. C’est la toute première guitare électrique équipée de micro. Son inventeur est celui qui avait bossé sur le Dobro, une guitare en bois avec résonateur d’acier ou en acier complet qu’un de mes bluesman français favoris, Patrick Verbeke, appelle un "lavabo". Bref, au seuil des années 40, on a donc des dobros, dont les résonateurs font plus de bruit, et deux types de guitare électrique ; celle proposée par Lester Polfuss, et la toute nouvelle signée Leo Fender, appelée Esquire, avec un seul micro et un manche sans tirant d’acier qui se tordait comme rien. Elle deviendra Telecaster et en 1953, StratoCaster, la fameuse Strat’.

L’autre, c’est bien entendu la LesPaul, du nom de son celui qui l’a signée, qui est aussi un musicien, qui joue en duo avec sa femme, un électronicien hors pair et un sacré bricoleur : sa bûche de 37, que quelqu’un a appellé "manche à balai avec un micro" n’a toujours pas changée et lui s’est lancé depuis dans l’enregistrement sur fil d’acier puis sur bande d’acétate : le tout premier magnétophone, qu’il a vite bricolé en magnétophone à 2, puis à 3 pistes...pour son pote Bing Crosby. Ce n’est qu’en 1952 que la firme Gibson le recontacte pour donner son nom à une guitare chargée de concurrencer les Fender. Ce sera "la" LesPaul, à laquelle LesPaul participera en fait fort peu, la guitare de tous les gros sons, au regard de ceux émis par la Fender. Quand le hard-rock apparaîtra, il n’y en aura que pour elle, avant que les fabricants de micro comme DiMarzio rétablissent l’équilibre en attaquant comme des sourds les vibrations de cordes. Les guitaristes de hard retirant souvent les capots de micro pour plus d’attaque encore...Tout le monde jouera du "lourd" avec :  Jimmy Page (qui jouera aussi de la double SG) , Peter Green, Ricky MedlockeGary Moore, Charlie Daniels, Molly Hatchett (le second guitariste) Allman Brothers (en slide) Allman (deux solis), Slash, ou le bien trop méconnu Mike Bloomfield.... Car la LesPaul, avec son côté massif garde son "sustain" d’avance... et devient Pearly Gates. Ah, Pearly Gates....

On est en 1970 et un jeune musicien à l’allure débonnaire de paysan texan, la bouille bien ronde, cherche à reproduire ce qu’il a entendu chez Clapton, dans les BluesBrakers de Mayall.. à savoir le son d’une LesPaul associée à son complément naturel un ampli Marshall. Notre homme va tâter de la Flying V, (comme J.Geils puis Edward Van Halen) mais y renoncer assez vite. Ce n’est guère maniable comme engin. Il va finir par se dégotter une LesPaul 1959, mais dans de drôles de circonstances : à l’époque, son groupe, un trio, détient une vieille packard des annés trente, surbaissée (les amortisseurs sont morts) et de couleur criarde... l’une de leurs amies ayant décroché une proposition de rôle dans un film en Californie et n’ayant pas de voiture, les lascars lui avaient offert leur guimbarde pour se rendre à la convocation. La fille était bien arrivée et avait même décroché le rôle : voilà la voiture baptisée automatiquement "Pearly Gates" (en gros, "les portes du Paradis"). La fille, sympa, avait alors revendue sur place la bagnole à un collectionneur, et renvoyé l’argent au groupe. Le jour même où l’argent arrive par la poste, un coup de fil annonce qu’une superbe LesPaul Sunburst 59 est à vendre à Billy Gibbons, le leader de ZZ Top. Qui crée dessus obligatoirement "Just got paid" ...

"It was a ’59 Sunburst Les Paul. I bought the guitar and called the girlfriend to thank her for being so kind. She said, "it looks like the car went for a good cause. Since the money that put the guitar in our lap came from selling the Packard, we’ll lay claim to the name Pearly Gates. Now you can go make divine music.’ Try as I may I hven’t been able to find another guitar that sounds as heavenly."

C’était donc fait, la guitare s’appellerait "les portes du paradis" et sonnerait bien entendu... divinement. Dès le premier album, elle ne quittera plus ZZ Top et le jeune Billy, tout juste barbu . Sera volée deux fois et retrouvée deux fois. Toujours là, rien de changé, pas de micros rebobinés, rien : intacte, ou presque après 50 ans pile de carrière aujourd’hui. Prête à jouer et rejoue La Grange .... A part sa boîte... peut-être.

Pearly Gates, au paradis des meilleures guitares au monde, et aujourd’hui LesPaul à dormir désormais dans un costume d’érable et d’acajou pour toujours. Lester William Polfuss est mort hier à 94 ans à l’hôpital de White Plains, près de New-York, et a marqué à jamais l’histoire de la musique. On réécoute Pearly Gates en son honneur...

 

Documents joints à cet article

Pearly Gates pleure aujourd'hui son père Pearly Gates pleure aujourd'hui son père Pearly Gates pleure aujourd'hui son père Pearly Gates pleure aujourd'hui son père
par morice vendredi 14 août 2009 - 156 réactions
21%
D'accord avec l'article ?
 
79%
(29 votes) Votez cet article

2 moyens pour donner

Don défiscalisé 10€ ou plus

Obtenez une réduction fiscale de 66% avec un e-reçu. Un don de 10 € ne vous coûte que 3€40.

Grâce à votre aide, AgoraVox peut continuer à publier plus de 1000 articles par mois. En donnant à la Fondation AgoraVox, vous offrez un soutien à la liberté d'expression et d'information.

Les réactions les plus appréciées

  • Par Philou017 (xxx.xxx.xxx.245) 14 août 2009 12:43
    Philou017

    Merci mr Les Paul.

    Un morceau méconnu (je trouve) des ZZ Top : Blue Jean Blues, qui inspire toujours pas mal de monde :
    http://www.youtube.com/watch?v=0GvhQaK0QLs&feature=related
    http://www.youtube.com/watch?v=kTNjDJT26zY

    L’original :
    http://www.youtube.com/watch?v=V184OzzaH-M

  • Par pyralene (xxx.xxx.xxx.108) 14 août 2009 12:17
    Pyrathome

    Vous loupez rien !! .......Lespaul ne pouvait vous échapper ! Chapeau bas pour ce grand môssieur et le son mythique de ses grattes !!....merci de cet hommage pertinent

  • Par morice (xxx.xxx.xxx.49) 14 août 2009 14:31
    morice

    Léon, au fait : avant de flinguer, vérifiez l’état de vos colts 



    j’ai rarement vu liste plus à côté de la plaque, mais ne suis même pas intervenu....

    Par SANDRO (xxx.xxx.xxx.5) 29 mai 13:53

    Italia a raison.
    Pas un Springsteen, pas un JJ.Cale ni un Neil Young, c’est pas très sérieux , Léon.
    Comme votre précédente play list française sans Bashung, Manset et Thiefaine.

    Bref, j’en appelle à plus d’interconicité. Cette liste est un leurre. Elle insulte le mémomane averti ayant « quelque chose entre les oreilles ».

  • Par morice (xxx.xxx.xxx.49) 15 août 2009 11:39
    morice

    Paul, j’ai bossé 6 ans à Paris avec Philppe Adler, qui m’a fait découvrir le milieu puant du jazz parisien : des gens devenus des "estabhisments vivants", qui ne supportent qu’eux-mêmes, refoulent les jeunes jazzmen et sons hautains, qui ont fait du jazz une musique classique chiante alors qu’elle était FESTIVE avant tout : de faux intellos qui dissèquent tout et jouent comme des briques : Brubeck quoi. Savent pas bouger. Quand Adler a repris Jazz_hot, il était moribond et ne vendait plus rien : on l’ a redressé, en parlant par exemple de PASTORIUS, dont PAS UN des rédacs précédents avaient parlé : si, en le FLINGUANT. Adler se moquait des rédacs d’avant en les appelant des "petits profs" : c’est vrai, ils avaient tous été instits ou presque. Chiants comme la mort. Jamais une rigolade. Il les a tous virés. Moi, j’ai été recruté sur une interview des Fabulous Thunderbirds et une chronique de film : The Big Easy, où l’on voit les Neville Brothers jouer.... Adler avait rencontré les plus grands et avait travaillé comme journaliste à 20 ans pour Jazz-Hot : il connaissait tout, et avait compris que le jazz n’avait pas de limites, à part ...Michel Legrand :non, je rigole : l’article sur Pastorius, il n’a pas voulu le mettre en UNE. Il a mis la venue d’Ornette Coleman, pour lui plus IMPORTANT historiquement (ce qui est INDENIABLE !) : il a été désavoué par les lecteurs car son article a fini 17eme de l’année et le mien avec De Choqueuse premier : en grand seigneur, il a payé le resto (et pas un petit !) à toute l’équipe : l’équivalent de 80 euros par tête de pipe et on était 22 : les deux secrétaires avec évidemment. Adler m’a expliqué que ce jazz devenu académique était pour les vieux cons : pas un jeune accrocherait : depuis qu’il est parti, Jazz-Hot n’est plus en kiosque et pas un gamin n’en écoute. Bref, le jazz, c’est la VIE : on lui a fabriqué un beau cercueil. Et ça, je le REGRETTE amèrement.


    a part ça, j’adore VRAIMENT ce que vous écrivez ici, Paul. Même si vous prenez la mouche pour rien.... si, n’y voyez rien d’autre que de la sincérité.

Réactions à cet article

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


Faites un don

Les thématiques de l'article

Palmarès

Agoravox utilise les technologies du logiciel libre : SPIP, Apache, Debian, PHP, Mysql, FckEditor.


Site hébergé par la Fondation Agoravox