Alors que l’Europe se penche sur le cas de la Grèce, et que la France se concentre sur son nouveau Président, un pays semble oublié de la crise : le Portugal.
Lorsque l'on se promène à Porto, un constat s'impose : la crise a dévoré la ville jusque dans ses entrailles. Des tags contestataires envahissent les rues. Le nombre d'immeubles abandonnés, laissés en friche, presque entièrement recouverts par la végétation, est effarant. Rien ne semble distinguer les quartiers dits pauvres du reste de la ville.

Il faut dire que sa lutte, le Portugal l'a commencée depuis longtemps. Alors que le pays, sorti de la dictature de Salazar en 1974, caressait l'espoir de lendemains nouveaux, le chômage, à 14% fin 2011, a atteint un niveau record depuis 1974. Chez les jeunes, les chiffres dépassent les 35%. Certains émigrés portugais rentrés au pays il y a peu se sont vus forcés de repartir, à cause de la conjoncture économique. Et si l'Europe sétait intéressée au Portugal lors des grèves de novembre 2010, le pays a depuis été délaissé : au Portugal, on souffre en silence.

Ceux qui sont restés ont arboré le 1er mai un oeillet rouge, symbole de la révolution de 1974, avec l'espoir d'un changement. Le pays est fatigué de la crise, la politique d'austérité du ministre des finances Texeira Dos Santos, remplacé en juin 2011 par Vitor Gaspar, centre-droit, a usé la population. Les oeillets, plus que l'espoir d'un véritable changement, en symbolisent d'abord le besoin : mais y croit-on encore, alors que le pays s'isole et s'enfonce de plus en plus dans la crise ? On ne se sent pas dans la zone euro au Portugal - ou alors dans la zone d'un euro surévalué, où quelques pièces vous achètent bien plus qu'ailleurs en Europe.

Nous avons pourtant beaucoup à apprendre du Portugal : les bus y roulent au gaz naturel, la peine de mort y a été abolie en 1867, plus de 100 ans avant la France, et nous pourrions leur envier leurs résultats en matière de parité hommes-femmes. Néanmoins, il semblerait que la situation de crise tende à nous le faire oublier.

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