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par morice samedi 19 décembre 2009 - 66 réactions Ecouter en mp3 (Readspeaker)
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Pendant les fêtes, les ventes continuent (1) !

Oh, rassurez-vous, je ne vais pas vous faire le plan de TF1 sur les nouvelles pratiques de vente de Noël, à savoir le fameux magasin Toys For Us créé de toutes pièces dans l’allée marchande à côté du supermarché vendeur de jouets ou du concurrent JouéClub : celui-là est passé en boucle sur les téléviseurs durant au moins deux semaines, à croire que le magasin était en cheville avec la Ferrari. Non, je vais à nouveau vous parler d’un des commerces les plus florissants : celui des armes légères, bien entendu. Ça et le commerce du pavot afghan, vous le savez, ça occupe une bonne part du trafic aérien d’avions cargos, même si ici un de ces employés de piste aveugle continue à dire qu’il n’a jamais rien vu de spécial à Vatry dans les avions Zimbabwéens qu’il chargeait. Non, cette fois je vous propose de vous rendre en Thaïlande, à l’aéroport Don Muang de Bangkok, où on avait trouvé cette semaine cette belle photo d’un Ilushyn IL-76 arrivé en bout de piste tous inverseurs sortis, preuve que la piste était un peu courte pour lui, ou qu’il était bien chargé. Les deux pistes, à Don Muang, font respectivement 3,6 et 3,11 km... largement de quoi se poser, même pour lui (il atterrit logiquement en 1 km) ! Autour de lui, des camions militaires thaïlandais, en train de vider son contenu..."du matériel pétrolier de forage" affirme l’équipage. En fait de tubes, ce sont des missiles, entre autres, et pas n’importe lesquels...


En bout de piste, donc, on distinguait un appareil blanc au dessous gris et aux réacteurs bleus, un quadriréacteur d’Air West, paraît-il, une firme immatriculée en Georgie, à Batumi, et portant le numéro 4L-AWA, ce qui confirme en effet son origine georgienne. L’appareil, visiblement, venait de Corée du Nord et s’est posé en catastrophe pour ce qui semblait être un problème d’indication de jauge d’essence ou de panne sèche véritable. Il se dirigeait vers le Sri-Lanka, selon son plan de vol, et vers le Pakistan en destination finale, selon les observateurs sur place. Son arrivée n’était pas prévue, en tout cas ! L’équipage avait-il vu trop court ? Ou a-t-il mal évalué un trajet trop long, à la limite des performances à pleine charge de l’appareil (34 020 kg, soit 6 containers ISO) ? Toujours est-il qu’à bord se trouvaient environ 30 tonnes, sinon plus, (on parle parfois de 35t pour 42t maxi à bord), d’armes légères, essentiellement des lance-roquettes RPG et des missiles anti-avions de type Grail/Strella,  ainsi que les habituelles Kalachnikovs et des grenades diverses. Mais aussi des Novator K-100 (ou Izdeliye 172), comme l’a révélé le New York Times. Et ça, c’est plutôt une grande surprise ! Une énorme même ! Le K-100 est en effet une rareté, c’est un long missile russe (6 m !) très récent, un engin redoutable et spécialisé, destiné uniquement à abattre les avions de type Awacs. Mais pour l’utiliser, il faut posséder des avions de chasse, du type Sukkhoi 30 MKI pour les indiens, par exemple, qui ont aidé à son développement, ou un équivalent. La présence de cet étrange chargement exclus l’envoi vers le Hamas ou le Hezbollah ou une simple guérilla. Mais offre ses services à deux bons clients potentiels : le Pakistan, et l’Iran... et un troisième larron, assez inattendu, qui pourrait très bien jouer les intermédiaires.

Dans ce jeu du chat et de la souris pour savoir qui pouvait être la destination finale, le K-100 joue en effet un rôle primordial. L’Iran, est le premier candidat, bien entendu, qui cherche à se prémunir d’une attaque... d’Israël, qui lui-même possède son redoutable Awacs "fait maison" sur base de Boeing 707, le Phalcon. Aujourd’hui largement réduit en taille et monté sur un fort élégant Gulfstream : c’est le nouveau EL/M-2075 Phalcon, une merveille de technologie proposée à l’export sous le nom de Condor. Mais le candidat nouveau, dans ce jeu infernal, est plutôt l’Inde, qui s’est munie d’un Awacs plus classique  sur base d’IL-76, avec un radôme rotatif fabriqué... en Israël ! Un radar en "Active Phased Array Electronic Scanning Technology" qui a lui couté 1.1 milliard de dollars pour un seul exemplaire seulement (deux autres sont en commande). Nous dirons le Pakistan, plutôt, donc, comme candidat premier à l’achat de missiles, car lors de la sortie du première exemplaire de l’engin, tous les commentaires ont affirmé que ce type d’avion "allait changer la donne dans la région". Pour l’Inde, c’est un projet fondamental enfin abouti (avec 18 mois de retard). Et pour le Pakistan, une véritable catastrophe : avec cet appareil, l’Inde possède désormais la supériorité aérienne. Dès l’annonce de la mise en service, Rao Qamar Suleman, le chef de l’armée de l’air pakistanaise l’a bien compris, en lançant qu’il contrerait cet appareil avec... 500 missiles, s’il le fallait ! On ne peut pas en mettre 500 dans une seule livraison d’Il-76, (il pèse ses 750 kg !) mais c’est sûr, s’il y a bien un pays qui était désireux de s’en munir c’est bel et bien le Pakistan, et en priorité ! L’Awacs indien est entré en service fin mai seulement... la livraison semble correspondre, car début janvier, il devient pleinement opérationnel ! Oui, à part un détail fondamental : reste à l’adapter sur un avion pakistanais ! Et là, rien ne va, car rien ne correspond ! Le Chengdu J-10 (chinois ; mais construit d’après les plans du Lavi israélien) est le candidat idéal, mais il y a un gros hic : il ne sera pas livré au Pakistan avant 2014 ! et le J-17, un appareil un peu trop léger pour un missile aussi lourd. Quant au F-16, il emporte des missiles Amram de la moitié du poids, tout juste. Pour ce qui est des iraniens, qui ont déjà réussi à adapter des missiles "maison" ou russes à des Tomcat, la partie paraît plus facile, il est vrai. Ce n’est peut être ni l’un, ni l’autre alors. Mais il y a plus simple pour eux : ils possèdent encore quelques Mig-29 pleinement compatibles !
 
 
On le voit, c’est bien le fameux K-100 qui détermine le receveur final de cette livraison nord-coréenne, excluant de fait une simple guérilla : en résumé, ce n’est donc ni pour les talibans, ni pour le Hezbollah. Et là, il y a un pays qui pointe le nez davantage que ceux déjà cités. C’est... la Syrie ! Pour une raison simple : le vecteur du K-100, elle l’à. C’est le Mig-31E, annoncé comme livré à partir de juin 2007 pour le premier lot de 5 appareils. Si les avions ne semblent toujours pas avoir été fournis (*1) , à cette date (ça discutait encore en septembre !), pour des tas de raisons diplomatiques (le Mig-31 est un engin d’une puissance exceptionnelle, malgré ce que peuvent en dire certains  !) les Mig-29 et Mig-25 sont là depuis longtemps, en Syrie, qui dispose d’un bon nombre d’entre eux, or eux aussi peuvent emporter des K-100. Et la Syrie a un vieux contentieux avec les radars : lors de la dernière sortie isrélienne sur son territoire, le 6 décembre 2007, ses radars, justement avaient été "jammés" (brouillés) par un avion de type Awacs, certainement le Phalcon décrit. Puis ensuite détruits au missile Harm AGM-88. Moitié moins puissant que le K-100. Notre spécialiste maison, Charles Bwele, nous l’avait expliqué en détail. Abattre le Phalcon devient donc pour la Syrie une priorité, au même titre que le Pakistan l’Awacs indien. Des trois candidats à la livraison finale, c’est donc bien le plus probable. Et le plus tortueux : pour beaucoup d’observateurs, les MIG-31 Syriens devraient très vite se retrouver... iraniens !
 
Bref, il y a dans ce seul envoi de quoi nourrir une bonne guerre, et de réaliser une bonne vente pour Pyongyang, de quoi nourrir... ses recherches nucléaires. A part un dernier détail : la technologie du K-100, la Corée du Nord ne la possède pas ! Le seul pays qui puisse le proposer est... la Russie (ou l’Inde). Où donc ont été chargés ces fameux K-100 ? Certainement pas en Corée. D’où viennent-ils donc ? D’Ukraine, le point de départ administratif de l’avion ? Très certainement, connaissant les vendeurs d’armes derrière le deal, comme nous allons le découvrir un peu plus loin. On imagine même les ayant chargés à son point de décollage : les Emirats Arabes Unis (*2). Et on exclut l’idée que ce missile provienne de Corée du Nord : ou alors, la Russie est mouillée jusqu’au coup avec Kim !
 
Le K-100, un missile fort prisé semble-t-il ces derniers mois... souvenez-vous de l’Artic Sea. Il avait déjà été cité à ce moment là. Et est de la taille a pouvoir être dissimulé dans la double coque d’un vraquier. Et non sur son pont ou dans des containers. Les israéliens, en montant à bord ont sondé la coque, paraît-il... et le navire aurait subi des modifications dans un chantier naval juste avant l’affaire. Aujourd’hui (le 19 décembre), reparti de Malte après avoir été repeint (?), il erre toujours devant le port de Setubal, au Portugal : sa cargaison n’a toujours pas été déchargée... Le K-100 peut changer la donne au Proche-Orient, et le voyage express de Netanyahou à Moscou juste après la découverte du contenu de l’Artic Sea n’était pas anodin. La supériorité aérienne au Proche-Orient repose sur les Awacs ou les navires Aegis, tous deux en danger avec la dissémination d’un tel missile, fait pour viser les antennes radars. Israël (et les Etats-Unis) craignent certainement aussi pour le super radar US installé au Neguev. Le K-100 peut être tiré à 400 km distance ! Si l’Inde a tant tenu à participer à sa mise au point, ce n’est pas un hasard non plus. Possédant un Awacs et le moyen de détruire celui de l’adversaire, elle vient de prendre le dessus sur le Pakistan !

 

Sur place, beaucoup de choses, tout de suite, outre les fameux K-100, intriguent : le numéro de l’appareil, normalement celui d’AeroWings, une firme défunte depuis longtemps. L’appareil appartenait semble bien avoir changé de mains à plusieurs reprises et récemment surtout : jusque cet été encore il appartenait à une société Kazakhe récente, East Wing, qui l’a revendu quelques semaines plus tard à Beibarys, qui l’a elle même revendue juste après à Air West Georgia... A voir les sauts de mouton de propriétaires en moins de six mois, on se dit déjà que le cas est louche, et qu’on doit avoir affaire à des coquilles vides ou des boîtes aux lettres simples. Cela ressemble plus à un jeu de pièces administratives qu’à un véritable changement de propriétaire. L’habituelle signature d’un trafiquant d’armes de haut vol. Le nom final, surtout (Air West) qui est le pendant de celui de départ (East Wing) n’est pas fait pour rassurer. En réalité, l’appareil à une longue et impressionnante cascade de modifications d’immatriculations et d’enregistrements, qui révèlent une histoire bien classique en réalité : celle d’un avion hautement spécialisé... dans la contrebande d’armes.

La localisation exacte d’Air Wing n’est pas la Georgie, ou ce n’est qu’est un simple bureau, la société à son siège véritable en Ukraine : on est bien en face d’une entourloupe classique, celle du prête-nom provisoire. La raison est simple : l’avion a été enregistré en Georgie car la firme propriétaire précédente, la khazake Beibars, a été de notoriété publique intimement liée au trafiquant serbe Tomislav Damnjanovic, et pour cela a été bannie des registres officiels de l’aviation civile en 2006. Ce qui en fait n’a pas toujours été le cas, loin de là. Car cet homme surgi dans l’actualité il y a deux ans seulement est plus qu’ intéressant : le 7 octobre 2007, un article du New York Times nous apprenait que depuis 2001, c’étaient ses fameux Ilyushin il-76 qui avaient apporté armes, munitions et biens de consommation ... aux soldats américains, en Irak comme en Afhganistan ! Le voilà alors nominé (presque) héros de l’Amérique ! Grâce à lui, les valeureux soldats pouvaient bénéficier de leur indispensable confort  ! Il ne leur faut pas que des camions, pour prendre du poids !

Mais dans cet article assez sidérant, on apprenait aussi que Victor Bout était un de ses collaborateurs directs, voire un partenaire régulier, Damnjanovic lui étant même assimilé, mais en moins connu et en moins voyant. Aïe, mauvaise presse ! En 2002, par exemple, nous dit le NYT, c’était bien un de ses avions qui avait envoyé des armes, notamment des AK-47, des lance-roquettes, des mines antipersonnelles et des millions de munitions au Liberia, en falsifiant des documents Nigerians. La même année c’était le Congo qui avait été desservi, via cette fois le Rwanda. Sans pour autant que ses livraisons pour l’armée US ne cessent, ou bien que ses appareils ne servent parfois à l’ONU pour une cause humanitaire... Des Nations Unies qui nous semblent fort peu regardantes sur leurs contractants, ma foi...

En tout cas, de 2001 à 2005, Damnjanovic est très afféré, et fait donc fortune... grâce à l’armée américaine qui ne cesse de faire appel à lui, ou grâce à Charles Taylor, aujourd’hui en procès (lire ici ce document : attention, c’est  en allemand). L’homme était même capable, avec les mêmes avions, de transporter 42 tonnes d’armes pour les rebelles somaliens, et le lendemain de les utiliser pour acheminer des biens de consommation aux troupes américaines : on retombe sur ce qu’on a toujours dénoncé ici, à savoir le laxisme complet des autorités américaines ! Quitte parfois pour ses équipages à se tromper de destinataire : le jour ou un des ces Ilyushin a débarqué devant des militaires américains des caisses d’armes à la place des chaussures et des vêtements attendus, surprise générale dans le commandement.. Croyez vous ! Même pas... en fait ça n’a produit aucune esbroufe et aucune enquête ultérieure ! Vite étouffée, l’histoire n’a pas fait une seule vague au sein de l’armée US !

De l’événement, qui était pourtant grave, tout le monde s’en est lavé les mains, mais il semble avoir marqué le début d’une défiance en haut lieu : encore une fois ainsi, et avec la presse s’empare du scandale, ont dû se dire les généraux US, tout aussi intéressés à trafiquer qu’à faire la guerre, c’en est fini de nos trafics. L’homme a bien tenté de se recycler juste après avec sa compagnie serbe, Air Tomisco qui lui a servi de nouveau paravent tout neuf. Mais le vendeur d’armes/transporteur tombé en disgrâce en 2006, après cette bourde et surtout des enquêtes d’organismes humanitaires, démontrant son double jeu complet (le même que Victor Bout !) son nouvel Il-76 n’a jamais reçu son agrément : jugé trop bruyant pour les aéroports européens, il a été interdit de vol... alors qu’à Vatry un modèle similaire a été vu pendant des années faire des rotations ! Non, après l’article du NYT, il semble bien que l’administration américaine ait pris ses distances avec ce Victor Bout bis. Bizarrement, c’est quand le Congrès US commence à poser des questions dérangeantes à G.W.Bush sur ces contrats passés sans appels d’offre (no bid contract). UN Congrès qui serait inspiré d’aller voir, avec son représentant démocrate Carl Levin, auteur du "Stop Tax Haven Abuse Act" et son projet "Incorporation Transparency and Law Enforcement Act", les avoirs déposés par Victor Bout dans les banques du Delaware, cette petite suisse de l’Amérique...avec les profits réalisés grâce aux commandes du Pentagone !

Ce sont souvent les catastrophes aériennes qui ont révélé, souvent, les circuits mafieux de circulation d’armes, ou réveillé les prises de conscience. Le 30 juin 2008, un Ilyushin 76 parti pour Juba (au Sud-Soudan) s’écrasait au décollage à Khartoum, Il appartenait à Ababeel Aviation, soupçonnée elle aussi de trafic d’armes : l’avion appartenait avant d’être chez Ababeel, a Tomislav Damnjanovic, et la société était installée dans ses bureaux, à Sharjah. Une coquille vide de plus. A Sharjah, on on trouvait auprès de Victor Bout l’américain Richard Ammar Chichakli, le neveu, justement, de l’ancien président Syrien et un vétéran de l’U.S. Army, section forces spéciales. Un homme qui avouera candidement un jour manger des sandwichs, quand il était étudiant à Sharjah, avec un dénommé ... Ben Laden. C’est fou ce que le monde est petit, parfois...

Bref, l’atterrissage exprès de l’avion cargo en Thaïlande a levé plus de questions que de réponses. Demain, si vous le voulez bien, je reviendrais sur sa longue carrière de vieux flibustier des airs et ses implications actuelles : l’avion a trente ans, et a déjà servi à de multiples reprises à faire ce pourquoi il s’est fait arrêté le 12 décembre dernier. De la contrebande d’armes, tout simplement ! Plus connu que cet exemplaire, sur le marché, c’est impossible à trouver !

(1) Kommersant suggested that Iran is partially or even fully covering the purchase bill, and that the jets may partially or fully end up as part of the Iranian air force. Commenting on the Kommersant report, Foreign Ministry spokesman Mikhail Kamiynin yesterday morning told reporters, "All Russian arms deals comply with international law and Russia’s obligations under international treaties and UN Security Council resolutions" (RIA-Novosti, June 19). This vague statement was widely taken as indirect conformation of the Kommersant story, but it later turned out to not be the case. By the evening of June 19 Rosoboronexport CEO Sergei Chemizov, speaking in Paris at the Le Bourget Air Show, had denied the existence of any jet fighter deal with Syria (RIA-Novosti, June 19).

(2) On Wednesday the plane was flown from the United Arab Emirates to Bangkok where it landed without any cargo for a refueling stop and continued on to Pyongyang. It left the North Korean capital on Friday and returned to Bangkok for a scheduled refueling before it was due to fly to Sri Lanka, Panitan said.

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