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Pensée d’Apocalypse

A posteriori, l’Homme est un loup pour l’Homme. Mais cela empêche-t-il l’Homme pour autant d’avoir des jugements synthétiques a priori ? Comme la vision d’un monde différent, où l’égalité supplanterait l’équité, où une vision d’ensemble permettrait de comprendre les enjeux individuels ? Est-il envisageable qu’il ne soit plus bourreau et condamné, être suprême puisque doué d’existence mais soumis au Jugement Dernier, responsable de sa propre destinée sans avoir à suivre les canons de la pensée de son temps ? Il est étonnant qu’une société aussi individualiste que la notre prône aussi fortement l’appartenance à des groupes sociaux et la soumission totale au Pouvoir, qu’il soit politique, économique ou médiatique. En dépit de quoi, la sentence serait terrible : soumis à l’opprobe publique, chacun risque sa peau en se détournant du droit chemin, et ajoutés les uns aux autres, ces individus encourent l’Apocalypse.

J’apprécie énormément le concept d’Apocalypse. Le moyen de légitimer n’importe quelle action. D’aucuns déclarent que « cela pourrait être pire » et effectivement, l’Apocalypse est là pour nous le rappeler. Imaginons un instant que personne ne l’ai vu venir, à l’avance, que la Bible ait omis de le mentionner, que le Ragnarok ne soit qu’un nom barbare, ou que les Mayas aient utilisé un autre calendrier. Acceptons l’idée, pour un moment, que nous ayons tous conscience qu’un autre lendemain est possible. Serait-il possible que le monde actuel puisse continuer de tourner ?

 Selon Epicure, « La justice n’existe pas en soi. Elle n’existe que dans les contrats mutuels, et s’établit partout où il y a engagement réciproque de ne point léser et de ne point être lésé. » Mais à cela s’oppose l’idée de contrat social, qui régit nos démocraties. En effet, il est un contrat que nous signons, tacitement, en appartenant à une société. Mais dès lors que dans ce contrat apparaît un signataire, il en faut nécessairement un second, le Pouvoir, qui va déterminer les conditions de vie de chaque individu participant à cette société, en proposant à la validation d’autres types de contrats, les lois, décrets, et autres ordonnances, à d’autres représentants du peuple, sans accord supplémentaire du « bénéficiaire final » à savoir l’individu ; le contrat de base est alors vicié et caduque mais il continue de s’exercer. Même si le Pouvoir n’aspire qu’à rester lui-même et donc d’accomplir les actes qui seront les siens en sa faveur dans l’exercice du contrat, ce qui entraîne un nivellement des opinions des représentants démocratiques ! Il y a donc une influence nécessairement néfaste dans la pratique du pouvoir sur la société, de par le manque de justice indu par le contrat social.

Mais comme nous le rappellent nos lointains voisins coréens, chinois et autres, il fait bon vivre en France. La Sécurité Sociale, le pays des Droits de l’Homme, la social-démocratie à l’œuvre, bref un modèle d’humanisme et de compréhension de l’autre. Et tant pis si le chômage augmente démesurément, si les conditions de vie des plus faibles et de la classe moyenne empirent, ou du moins ne s’apprécient pas autant que celles des nantis. Il faut savoir relativiser, pensez-vous, la Fin des Temps risque d’être bien plus douloureuse qu’une simple petite politique de rigueur ! A l’instar de Métrodore, qui nous prédisait : « Ne nous occupons pas de sauver la Grèce ni de mériter des couronnes civiques. La seule couronne désirable est celle de la sagesse. » Et en effet l’on retrouve la pensée unique, celle qui est si néfaste à la société, bien que cette sagesse toute relative nous permette tout de même de sauver la Grèce au détriment de la France.

Ah ! Cruel déficit qui nous pend au nez ! Dépenses publiques assassines ! Implication trop forte de la politique dans ce qui s’autorégule ! Pour éviter le plus possible de verser dans le communisme, cette infamie révolutionnaire, il faut se désendetter en se désengageant. Protégeons nos citoyens, voilà ce qu’ils demandent par-dessus tout ! Sus à l’Etat-Providence, oui aux fonctions régaliennes, mais avec les pleins pouvoirs !

(…)

Sincèrement, le quidam se moque de qui le manipule ; justifie ce qu’on lui fait subir avec les arguments de ceux qui représentent ce Pouvoir ; il ne trouve son bonheur que dans l’espoir et le désespoir, l’éros et le thanatos, dans ce qui fait qu’il est Homme. Mais dès lors que l’Homme a vécu en groupe, à la question « Que suis-je ? » s’est additionné le suffixe « Où vais-je ? »… Mais vers l’Apocalypse mon bon monsieur !

Cependant, nous sommes de facto dans une société matérialiste. L’ennui ? On relativise beaucoup plus facilement un bouclier fiscal si l’on peut s’offrir un iPhone. Si c’est du plus lourd, par exemple une réforme des retraites, ne vous inquiétez pas, un iPad est prévu ! Et si l’on touche à la Sécurité Sociale, un iParacétamol est-il prévu ? Il ne faudrait pas qu’il tarde trop, pour être fin prêt avant le 21 décembre 2012… Sont-ce des éléments de pouvoir aussi ? Est-il impératif d’asseoir sa domination jusqu’au moindre contrôle par incursion dans la vie des individus (agents économiques…) afin de mieux prévoir les faits et gestes de chacun, et prédire quel sera l’avenir, afin, encore une fois, de conserver le pouvoir ? Les collusions entre pouvoirs publics et privés empêchent l’indépendance de chacune des pensées et par là-même se justifient l’une l’autre, comme étant un contre-pouvoir dans le domaine qui n’est pas le sien : régulateur pour l’Etat, garant des libertés individuelles pour l’Entreprise. Et à cela s’ajoute la compréhension de l’autre monde. Pêles-mêles, les techniques managériales appliquées à la politique ou la chose publique (restrictions budgétaires, rendement…), la dérégulation de certaines activités (rejet des déchets nucléaires, temps de travail et durée de cela-même), les enjeux du futur (écologie et économie verte représentés par des sociétés polluantes ou même toujours la Fin du Monde, même si ce point ne concerne pas directement l’Etat si ce n’est sa gestion au jour le jour des défis variés et autres surprises de la nature), et tant d’autres exemples. Idem pour les médias actuels qui ne font que relater des faits, sans analyse profonde, pour relayer le "bon sens" et l’évidence des actions entreprises.

Il n’en reste pas moins que l’Avenir est certainement incertain. Peut-être qu’un jour nous légitimerons l’anthropophagie ou la liberté sexuelle totale ; que nous abolirons la monnaie ou la croyance en d’autre chose que l’Homme. Mais le cours de l’Histoire doit être modifié pour faire partie, justement, de l’Histoire. L’Homme s’adapte à son environnement, tout comme la société, ou le Pouvoir, quel qu’en soit sa forme. Mais en attendant une éventuelle Apocalypse, mieux vaudrait se sortir les pieds des charentaises et participer à ce qui nous entoure. Fini le temps du pain et des jeux, vivement une prise de conscience générale, que l’Homme est, et que l’Homme doit continuer à être. Point final.

par Sine qua none mercredi 16 juin 2010 - 2 réactions
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