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Père Noël, sauve les grands enfants de l’Université Toulouse Mirail !

Une lettre ouverte résumant les événements à l’Université Toulouse Mirail depuis son blocage. Le point de vue est celui d’un partisan à la réouverture de cette fac, qu’il demande en cadeau au Père Noël.

Cher Papa Noël,


A mon âge, je ne sais pas s’il est de bon ton de t’écrire, mais là situation est telle que je ne sais plus trop bien à quoi ou qui m’accrocher.

Voilà. Comme plus d’une vingtaine de milliers de personnes en 2008 (certaines venant d’autres département, région, ou pays), je me suis au mois d’octobre acquitté des frais d’inscription de l’Université Toulouse II - Le Mirail (UTM) pour obtenir la qualité d’étudiant et pouvoir y poursuivre une formation que j’ai choisie parmi le large panel d’enseignements proposés, en espérant qu’elle constitue un bagage solide pour la voie professionnelle à laquelle j’aspire.

Début novembre, j’avais trouvé mes marques et ça faisait à peu près 1 mois que je suivais normalement mes cours dans les différentes salles ou amphis, cours qui parfois été interrompus quelques minutes par des élèves qui venaient nous sensibiliser à la loi LRU/Pecresse, votée pendant les dernières vacances d’été, et qui selon eux allait dans un futur proche pénaliser à la fois l’université, son personnels et ses étudiants. Ils nous invitaient alors à nous renseigner et à débattre dans leur Assemblées générales (AG) organisées régulièrement au sein même de la fac. Ces jeunes, qu’ils soient politisés ou non, développaient leur idées avec certes un peu de prosélytisme, mais il n’y avait rien de bien méchant puisque cela se passait dans le respect de tous, chacun étant libre de les soutenir ou non.

Seulement, Père Noël, j’ai appris par la suite que ces mêmes gens avait prévu, pour le 6 novembre, un piqué de "grève" accompagné d’un blocage des salles de cours et amphithéâtres du Mirail. Je trouvais ça un peu gros (en dépit du fait que ça n’aurait pas été la première fois dans l’histoire de l’UTM) mais je fus bien obligé de constater, ce mardi-là, qu’il n’était guère possible de pénétrer la fac au-delà du portail et des quelques bâtiment de l’entrée (l’Arche et la Bibliothèque universitaire) : les différents accès avait été barricadés par un amoncellement de chaises et tables de cours, que les bloqueurs avaient entassés en masse en y prenant le moins de soin possible, le tout renforcé par des chaînes et plus généralement tout ce qui a pu leur tomber sous la main.

Comme la majorité des étudiants de l’Université, je ne m’étais pas prononcé en faveur d’une telle action, celle-ci m’était imposée par un "Comité de lutte" qui s’autoproclamait seule mouvance représentative des étudiants, et avec laquelle on ne pouvait dialoguer que dans les sacro-saintes AG. Après tout, pourquoi pas ? Mais en fait, Père Noël, en écrivant le mot "dialogue", j’étais dans l’erreur. Car pour y avoir assisté, il devenait rapidement évident que la moindre pensée divergente n’était pas admise : le dissident, s’il avait le malheur de tenter d’exprimer son opinion, se faisait automatiquement rabattre le clappet à coup de huées par l’enceinte qui se devait d’être intégralement dévouée aux dogmes d’une poignée qui avait décidé pour tout le monde qu’il fallait faire la révolution.

Non, Père Noël, ça paraît incroyable, mais entre pseudo-discussions inutiles et interminables à souhait pour casser toute envie de contestation sur les points essentiels, couplées à une multitudes de votes à main levée aussi longs qu’impossibles à comptabiliser, ce grossier simulacre de démocratie, au sein d’une assemblée fortement limitée en nombre par rapport à l’ensemble des intéressés, n’empêchaient pas les meneurs de décréter que tout le Mirail était en lutte !

Et ainsi les jours puis les semaines passèrent, sans grand changement : le blocage était reconduit d’AG en AG, qui le justifiaient de plus en plus difficilement. Mais au fond ça n’était pas grave, car les grands manitous de l’idéologie révolutionnaire toulousaine avaient bien compris qu’il n’y a pas besoin de l’assentiment général du peuple pour diriger, il suffit de prendre tout le monde en otage... Ô Père Noël, qu’allions-nous faire pour rétablir la situation pacifiquement, sans devoir attendre Dieu sait combien de temps que la poignée de jeunes tyrans en manque de consistance existentielle s’autolisent à la vue de leur inévitable échec ? Etait-ce vraiment peine perdu pour les partiels de notre premier semestre ?

Un sentiment de découragement avait envahi notre majorité silencieuse, jusqu’à ce que, providentiellement, la plus constructive et démocratique des mesures soit annoncée : une consultation à bulletin secret du maximum d’étudiants du Mirail sur leur opinion vis-à-vis du blocage ("Etes-vous pour la fin du blocage  ?"), organisée par la direction de l’université pour le lundi 26 novembre. Les bloqueurs allaient publiquement être désavoués, enfin !

Lundi 26 donc, le vote a débuté à partir de 10 heures, avec un important flot de participants, alignés derrière des barrières. Tout se déroulait dans de bonnes conditions. Mais les étudiants grévistes ont voté dans une AG se déroulant en même temps (et qu’il considéraient comme largement plus légitime) le boycott du référendum sur le blocage. Mais ne maîtrisant pas exactement le sens du mot "boycott" qui les aurait simplement exclus de la consultation, ils ont plutôt entrepris une vaste opération de sabotage. Sans même attendre la fin de l’AG, une première vague de bloqueurs viennent créer un conflit dans la zone de vote, mais malgré leur tentative, n’étant pas assez nombreux, ils sont repoussés. Mais ces bêtes-là sont coriaces : à la fin de l’AG, peu avant midi, la quasi-intégralité des participants se dirige vers le vote. S’ensuit une action confuse où une masse de gens pousse pour passer voler les urnes. Ils retirent les barrières, l’agitation grandit et une bagarre se profile, avec insultes et menaces diverses de la part des manifestants. Naturellement déboussolé, le président de l’Univerisité s’est vu contraint de monter sur une chaise et de prononcer l’annulation du vote afin de calmer les fous furieux venus s’en prendre directement à ceux qui allaient se prononcer pour leur chute.

Plus tard dans l’après-midi, on apprend par un communiqué de la fac que celle-ci serait fermée administrativement pour plusieurs jours. Théoriquement, cela aurait dû signifier l’évacuation de toute les salles. Or, en l’absence de réelle contrainte physique, il n’en a rien été, et il n’en est toujours rien. Aujourd’hui, ceux que l’on peut désormais considérer comme la gangrène du fascisme de notre Université continuent à jouir des pleins pouvoirs acquis et maintenus par la comédie (AG) et la violence, et retirent sans vergogne à plus de 20 000 étudiants les droits fondamentaux qui consistent à pouvoir se déplacer librement ainsi qu’à s’instruire.

Père Noël, comme beaucoup, alors qu’approche les vacances et les partiels de janvier (s’il en est encore question), je suis au bout du rouleau ! Je ne veux pas céder au radicalisme et à la violence qui sont les armes de mes adversaires, pourtant j’aimerais tellement que les choses évoluent, et si possible dans le bon sens. Je ne veux pas de jouet, je n’ai plus l’âge. Non, Père Noël, mon souhait aujourd’hui rejoint celui de tant d’autres : je veux une fac libre, pas une fac occupée ! Je veux une fac qui appartient à ses étudiants, à ses professeurs et à son personnel, pas une fac à la merci d’une bande de fauteurs de troubles ! Je veux une fac qui m’enseigne la tolérance, le respect et la démocratie, pas une fac où règne la loi du plus fort et le totalitarisme ! Je veux une fac qui me donne l’opportunité de m’épanouir et de réussir, ce qu’au fond je souhaite depuis toujours, Père Noël.

Je pense avoir été bien plus sage que certains de nos geôliers à qui tu ferais mieux d’offrir un livre sur les bonnes manières. Tu conviendras comme moi que la fin ne justifie pas les moyens, et que le blocage de toute fac n’est en aucun cas une forme d’opposition constructive face la loi Pecresse (opposition qui n’est pas remise en cause, si tant est qu’elle n’amène pas à des situations aussi contestables). Alors s’il te plaît, je t’en conjure, offre pour Noël (et même avant !) le plus beau des cadeaux aux grands enfants du Mirail : réouvre notre Université, et toute les autres, pour le bien de tous.

En te remerciant d’avance, mon bon Père Noël.

Choplair, pro-débloqueur pacifique de l’UTM, le 28/11/2007.

par Choplair (son site) jeudi 29 novembre 2007 - 13 réactions
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  • Par Aero (xxx.xxx.xxx.254) 29 novembre 2007 13:24

    Cher Choplair, Je ne suis pas le Père Noël mais pour l’avoir rencontré je sais que c’est un homme sage et attentif. Pour ma part, je suis toujours étonnée qu’une petite poignée d’individus puisse bloquer quelques 20 000 personnes. Ne croyez vous pas que tous réunis vous pourriez sans violence arriver à débloquer votre université. Le renoncement laisse place à l’anarchie, à la dictature de quelques uns. Le Père Noël vous aidera peut être mais je crois qu’il faut d’abord vous aider vous même. Unissez vous et cette poignée d’individus reculera car en général ils ne sont pas téméraires même s’ils sont dangereux.

    Aero.

  • Par Christophe (xxx.xxx.xxx.18) 29 novembre 2007 14:29
    Christophe

    @Aero,

    Merci de ce commentaire.

    En effet, même ma fille, étudiante au Mirail tient les propos de notre auteur. Pourtant, comme vous le dites, et c’est tout autant le discours que je lui tiens, il reste surprenant qu’une large majorité ne sache pas s’entendre pour faire plier cette minorité.

    Loin de moi l’idée de soutenir les bloqueurs ; leurs actions sont bien trop anti-démocratiques. Mais la démocratie n’est pas un héritage immuable, et il faut savoir se battre pour obliger le respect de ses règles.

    Il est certain qu’à part faire étalage de son désaccord individuel, sans s’organiser collectivement pour faire plier les bloqueurs, les choses ne changeront pas ; sauf à croire ... au Père Noël. smiley

  • Par Fuchinran (xxx.xxx.xxx.200) 29 novembre 2007 15:38
    Fuchinran

    "Ne croyez vous pas que tous réunis vous pourriez sans violence arriver à débloquer votre université. "

    Bon courage...

    J’ai été dix ans étudiante au Mirail, jusqu’à l’achèvement de ma thèse. J’ai évité les grandes grèves qui ont ponctionné plus de 3 mois de cours sur une année qui n’en compte en réalité que 6 (hors vacances) car j’étais en prépa au lycée Fermat et que dans ces lieux là, il n’y avait aucune contestation et il était hors de question pour les étudiants pas plus que pour les profs de se joindre aux manifestations de 95, 97.

    Ensuite, j’ai surtout eu la chance que mon année de licence ne voie pas de mouvements sociaux. Cela s’est produit en maîtrise, mais les professeurs assuraient malgré tout les cours des maîtrises et des capétiens, malgré un arrêt pendant quelques jours... Et ensuite, les cours des 3ème cycles n’étaient pas atteints, car ils étaient aussi réalisés avec des fonds divers et qu’on ne pouvait pas se permettre de les supprimer au risque de voir disparaître (au moins dans des matières comme la mienne l’anthropologie) le domaine intellectuel au complet !

    Franchement, je n’ai pas "souffert" d’être au Mirail même quand nous étudions dans des algecos pendant plus d’un an et demi avec le froid et le manque de lumière à cause de l’explosion d’AZF. L’important était d’avancer !

    Mais j’entends souvent répéter que cette université est juste un repère d’"extrême-gauchistes branleurs", ce qui m’exaspère car une minorité gâche l’image de milliers d’étudiants. Même si les employeurs feignent de ne pas voir, on se rend bien compte de ce que leur inspire des études au Mirail, non pas parce que l’université n’aurait pas les moyens, mais parce qu’elle a une étiquette dans la région et que je crains qu’elle ne disparaisse pas de si tôt sous prétexte que des "révolutionnaires" veuillent défendre les intérêts de l’Université.

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