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Peugeot « délocalise » à Lisbonne

En ce 14 juillet, le Français n’a pas beaucoup de temps à consacrer à la lecture, coincé entre le défilé, le bal des pompiers et le feu d’artifice. L’occasion de méditer sur les 8000 suppressions d’emplois annoncées par le groupe automobile Peugeot-Citroën. S’il ne faut pas désespérer Billancourt, alors la fermeture de l’usine d’Aulnay nous désespère et nous plonge dans une perplexité qui pour la plupart, sera vite oubliée une fois pris dans les bouchons puis dans le soleil où l’on fête avec force rosé et pastis le RTT, autrement dit, le Remets Tes Tongs. On aura noté tout le sens diplomatique des dirigeants de Peugeot. Annoncer la mauvaise nouvelles après le mois de juin pour ne pas troubler les élections et avant le mois d’Août pour faire belle diversion, un peu comme font les parlementaires faisant passer en douce un texte impopulaire fin juillet, quand tout le monde bronze sur la plage pendant les derniers éclats de nos cyclistes lors du tour de France.

Après l’annonce de ces suppressions d’emplois, la France est sous le choc disent les médias et la classe politique, toutes formations confondues, fustige Peugeot qui donne le vertige aux économistes. Cet événement s’avère très symbolique car l’usine qui va fermer est une sorte de légende bâtie à la fin des trente glorieuses, quand en 1973 Citroën décide de construire cette usine avant d’être racheté en 1976 par Peugeot. Double symbole, car 1973 c’est la première crise pétrolière et que le rachat par Peugeot incarne le capitalisme monumental des fusions acquisitions qu’on a vu s’amplifier depuis quatre décennies. Et puis en 1976, il y avait Raymond Barre à Matignon et déjà la rigueur. L’usine d’Aulnay, c’était plus de 400 000 automobiles produites entre 1999 et 2004. Puis la décrue qui anticipe la crise financière de 2008 et la chute malgré toutes les mesures d’aides gouvernementales décidées par Nicolas Sarkozy. En 2011, à peine 135 000 véhicules. On tombe de haut. Usine en sous capacité productive. Trop de constructeurs pour un marché mondial qui n’est pas extensible à volonté. Et voilà le résultat. En 2014, 0 véhicule.

La chute de cette histoire, c’est que nous sommes délocalisés à Lisbonne, en 1755 plus précisément, quand un célèbre tremblement de terre fit des dizaines de milliers de morts, inspirant à Voltaire un célèbre poème où il dénonça les visions d’un monde au cours optimal qu’on trouvait chez un Leibniz ou un Wolff. A l’optimisme des théodicées classiques les Lumières ont répondu en pensant un Dieu indifférent aux affaires humaines mais toutefois grand architecte pour les tenants du déisme (dont fut Voltaire). Le tremblement de terre de Lisbonne est devenu un symbole pour des événements qui font irruption dans le monde en représentant une sorte de parachèvement d’un déplacement des consciences accompagné d’une perte de foi. En plein milieu du 18ème siècle, ce fut la foi en un Dieu bienveillant qui fut dissoute. Les 8000 suppressions d’emploi et la fermeture de l’usine d’Aulnay signent la fin d’une foi double, dans la valeur travail et dans l’Etat providence. Bien évidemment, cette foi était écornée depuis au moins deux décennies, en dépit de tous les efforts des dirigeants politiques pour louer la valeur travail, le pouvoir d’achat et la bienveillance de l’Etat providence qui maintenant, finit par être aussi nu que le Dieu providentiel après Voltaire. En ce mois de juillet 2012, notre esprit se délocalise à Lisbonne en 1755.

Revenez quand même sur terre, il y aura à boire et à manger ce soir du feu d’artifice. N’oublions pas que la fête et la bouffe restent l’une des dernières valeurs auxquelles croient les Français. 




par Bernard Dugué (son site) samedi 14 juillet 2012 - 10 réactions
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Les réactions les plus appréciées

  • Par furio (---.---.---.158) 14 juillet 2012 15:30
    furio

    Pari stupide que celui des délocaliseurs. Fabriquer avec un coût de travail trés faible ne peut que se traduire par un rétrécissement du marché local, plus de chômeurs, pas de jeunes au travail, petits salaires donc pas de consommation. Alors vous allez me dire les portugais vont pouvoir acheter les merdes qu’ils fabriquent si délocalision au Portugal il y avait..pas si sûr car le coût du travail faible n’induit pas de grandes capacités de consommation. Délocaliser c’est de toute évidence installer un outil de production sur une territoire instable, dangereux soumis à séisme de grande amplitude. Mais la délocalision ou la suppression de postes en fait n’a qu’un but voyons celui de faire bondir le titre et gonfler son capital de stock options. C’est le système capitaliste avec son lot de secousses sismiques et de fortunes colossales amassées en qqs années sur la laine du citoyen. 

  • Par CHIMERE (---.---.---.25) 14 juillet 2012 20:31

    Peut être que des Peugeot, dont le prix serait libellé en Francs,Franc dont la valeur serait dévaluée de 25% par rapport à d’autres devises nord-européennes (suivez mon regard),soit donc des voitures dont le prix serait inférieur de plus de trente % au prix des Volkswagen,peut être bien que ces Peugeot,les « acheteurs » en auraient les moyens...


    Seulement dire ou écrire cela, revient au blasphème ultime,à la contestation de la parole révélée....

    L’euro n’est pas une monnaie d’échange,c’est à dire une monnaie au service des créateurs de richesse,des travailleurs.

    L’euro est une monnaie de réserve.

    L’euro a été conçu pour protéger les fonds de pension,entre autres,des retraites des Allemands.

    C’est une monnaie de banquiers.Il n’y a qu’à examiner le cursus du directeur de la BCE pour s’en convaincre.

    Il faut en sortir au plus vite,avant que tout note pays ne soit désindustrialisé.


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