Commençons par définir les notions de « centriste » et de « démocrate ».
Le centrisme représente une idéologie basée sur un équilibre entre le réalisme économique et la nécessité de protection sociale pour les plus démunis, autrement dit, il s’agit d’un capitalisme modéré et d’un minimum de répartition collectiviste. Ainsi, les centristes se définissent souvent comme « sociaux-libéraux », d’inspiration parfois dite « chrétienne-démocrate », sous-entendant l’idée d’un souci pour les plus faibles dans un cadre de progrès économique. Parmi les formations politiques centristes, on peut citer l’ex-UDF, elle-même fondée sur le rassemblement de formations centristes telles que le CDS ou le Parti républicain, par exemple. Le PRG et le Parti radical valoisien peuvent être également assimilés à des formations centristes. Enfin le Nouveau Centre et le Mouvement démocrate se partagent aujourd’hui l’héritage idéologique de l’ex-UDF, à la différence près que beaucoup d’adhérents du MoDem se revendiquent non plus centristes, mais démocrates.
Justement, comment définir cette notion de « démocrate » ? Il ne s’agit pas ici du qualificatif provenant du simple fait que des élus sont élus par le peuple car, comme on le sait, beaucoup de pays se disent « démocratiques » car pratiquant le suffrage universel, mais on peut parfois légitimement avoir quelques doutes sur la régularité des relations entre le peuple et leurs élus. Ainsi, le régime birman vient d’organiser un référendum en pleine crise humanitaire liée au cyclone Nargis et le gouvernement s’est félicité d’une participation étonnante à 98 %, ce qui signifierait que les centaines de milliers de sinistrés, peut-être même les morts et disparus lors de la catastrophe, seraient tous allés voter au lieu de se préoccuper de leur survie… Etre élu par le peuple ne suffit donc raisonnablement pas à se qualifier de « démocrate », bien qu’en France les scrutins soient suffisamment sécurisés pour ne pas être sujets au doute. L’élection par le peuple ne suffit pas car l’objet de la gouvernance a toute son importance, autrement dit ne peut être démocrate que celui qui gouverne pour le peuple. Or, comme vous le savez tous, les partis politiques sont basés sur une idéologie, qu’elle soit de droite, de gauche ou… du centre. Cette idéologie, constituée d’un ensemble d’idées et de valeurs, n’exclut pas d’être démocrate si le responsable politique n’en fait pas un dogme. Autrement dit, si le politique gouverne de manière « lobbyiste », c’est-à-dire en privilégiant consciemment les intérêts d’un groupe ou un groupe d’intérêts, alors il ne gouverne pas pour tout son peuple, donc il ne peut pas être qualifié de démocrate. En revanche, un responsable politique peut adhérer à un certain nombre de croyances idéologiques sans chercher à les imposer au peuple, c’est-à-dire qu’il admet que l’expression du peuple puisse être contraire à sa propre idéologie. C’est là qu’intervient la dernière condition de la notion fondamentale de démocratie, à savoir gouverner avec le peuple. Concrètement, ça se traduit par un engagement du responsable politique à informer, écouter et consulter le peuple dans ses décisions importantes. L’attitude d’un président de la République qui déclarerait « mettez-vous d’accord sur ce que je propose et si vous n’y arrivez pas, je déciderai quand même » n’est pas une attitude démocrate, bien que ce président ait été élu par le peuple et que l’on peut considérer que sa fonction le conduit à gouverner pour le peuple dans son intégralité (ce qui n’est pas garanti non plus…).
Revenons à la question initiale : peut-on être centriste sans être démocrate ? Eh bien, s’il s’agit pour un responsable politique centriste de vouloir à la fois imposer son idéologie - même une idéologie par nature équilibrée, modérée, bien pensante - auprès des citoyens et imposer sa stratégie personnelle auprès des adhérents de sa formation politique, alors il est centriste sans être démocrate. Ainsi une personnalité d’un ex-parti centriste que je ne citerai pas, par respect pour tous les adhérents démocrates de cet ex-parti, m’écrivait personnellement il y a quelques jours qu’il n’admettait pas, même au sein d’un parti « centriste et tolérant », que chaque adhérent puisse émettre librement et publiquement en interne des critiques à son encontre. Je précise que je fais partie du Mouvement démocrate où la question, justement, est peut-être de savoir si nous devons être centristes, démocrates ou centristes-démocrates. François Bayrou devrait apporter en principe une clarification à ce sujet d’ici l’été 2008.

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