C’est une phrase que l’on entend souvent : Aujourd’hui, il n’est plus possible de rire de tout. Il existerait de nombreux thèmes qu’il serait tabou d’aborder, comme la religion ou l’appartenance à une communauté. Il y aurait aussi une pression du "politiquement correct" qui rendrait le travail des humoristes moins "libre " qu’il y a vingt ans , à l’époque des Coluche ou Desproges... Est-ce si sûr ? Ou bien est-ce le talent qui fait défaut ?
Dommage que cette phrase de Pierre Desproges n’ait pas été soumise à la réflexion des candidats du bac philo.
Sacré sujet en effet que l’humour dans notre société. Et on entend souvent dire qu’il y a des sujets, comme la religion, sur lesquels, aujourd’hui, on ne pourrait plus faire d’humour, qui seraient devenus tabous ou politiquement incorrects.
Est-ce si sûr ? Est-il plus difficile aujourd’hui de raconter des blagues, par exemple, sur les juifs, qu’à l’époque de Desproges et de son sketch « On me dit que des juifs se sont glissés dans la salle. Vous pouvez rester ! » et qui est une formidable dénonciation de l’antisémitisme toujours rampant mais rarement avoué ? N’est-ce pas plutôt le talent et l’intelligence qui sont rares ?
Tabou, le fait de rire de soi ? Ou des travers de telle ou telle communauté ? Prenez les Suisses par exemple qui n’ont pas chez nous la réputation d’être hilarants. Eh ! bien qui se moque mieux des Suisses qu’un Suisse, comme Joseph Gorgoni, avec sa petite leçon de géographie suisse où son personnage, Marie-Thérése Porchet, met en boîte les « bourbines », les Suisses allemands « qui parlent une langue que personne ne comprend à part eux, le suisse allemand, qui est un peu comme de l’allemand mais craché ! »
Il suffit également de réécouter Elie Kakou, ses sketchs sur Madame Sarfati, ou celui avec Elie Semoun : « Vous êtes juif ? ».
Elie Semoun, qui, même s’il reste pudique à ce sujet, doit être consterné par le naufrage de son ancien camarade dont il n’est même pas utile de donner le nom, ça ferait du « buzz » !
Certains humoristes se disent victimes de censure ou du politiquement correct quand on ne les trouve pas drôles ou pas bons ; L’humour est un art difficile et après tout, les goûts et les couleurs… Ainsi, tant pis si je me fais « casser », mais j’ai bien essayé, je n’arrive pas à rire ou à sourire en écoutant Stéphane Guillon qu’il est devenu tabou, après l’histoire Strauss-Kahn, de ne pas trouver drôle…La méchanceté, est-ce avoir de l’humour ? Même si on travaille sur la même radio, France Inter, et même si on prétend en être, quelque part, l’héritier, n’est pas Pierre Desproges qui veut… D’autres humoristes manient le « trash » ou le « pipi-caca-bite-prout ». Là encore, n’est pas Coluche qui veut…
Ce qui ne veut pas dire qu’il n’y ait pas de bons humoristes aujourd’hui. Par exemple, tous les jours sur Canal +, Yann Barthès s’y essaie avec bonheur. En tout cas, à mon goût. C’est inégal, peut-être, comment être drôle 24 heures sur 24, mais quel travail, non seulement d’écriture, mais aussi de recherches d’images, de trucages, de montage. C’est très fort comme cette séquence montrant Jacques Chirac pris par son épouse Bernadette en flagrant délit de charme à une belle blonde.
Oui, on peut rire de tout quand c’est fait avec humour !