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Philosophie des projets Démocrates et Durables

Le projet démocrate est une vision de la société radicalement différente de la proposition socialiste et de la proposition conservatrice. Ce projet n’est pas une synthèse centriste de ces propositions, comme beaucoup le croient. François Bayrou a posé les grandes lignes de cette conception de notre civilisation dans un bel article de la revue Commentaire. C’est un texte dense (9 pages) qui est indispensable à la compréhension des évolutions récentes de la politique française, car cette dynamique dépasse largement le cadre du seul Mouvement démocrate et elle a déjà été esquissée dans le domaine du développement durable.

Je voudrais approfondir ici la doctrine de ce projet.

Tout d’abord, un diagnostic. Les philosophies politiques actuelles - de gauche comme de droite - reposent sur l’hypothèse rousseauiste du contrat social : l’intérêt général procéderait naturellement de la somme des intérêts particuliers de chacun des membres de la société. Cette conception serait encore valable si chaque individu n’avait qu’un seul intérêt particulier. Or, ce n’est plus le cas.

C’est la crise des intérêts particuliers qui est à l’origine de la crise politique et morale actuelle.

En effet, la difficulté des propositions politiques actuelles résident dans le fait qu’elles se trouvent confrontées à des incohérences majeures entre chacune des trois facettes des individus auxquels elles s’adressent : au citoyen, au consommateur et au travailleur. Chacun de ces termes est ici présenté au sens large :

  • je suis un citoyen, je suis un « régulateur » : un acteur social et politique, qui interagit avec ses semblables. J’aspire à la liberté et à la vie en communauté ;
  • je suis un travailleur, je produis de « l’offre » que je sois salarié, indépendant ou entrepreneur. Cette activité, par ses revenus, détermine mon niveau de vie ;
  • je suis un consommateur, je suis « la demande ». Cette activité, par l’utilisation de mes revenus, détermine mon mode de vie.

Du temps de Rousseau et de celui encore récent de la vie à la campagne, il était possible à chacun d’établir une cohérence entre ces trois natures. Au temps des usines cette convergence était encore palpable pour le prolétariat : elle a fait la réussite des thèses communistes.

Mais aujourd’hui, chacune de ces facettes qui nous compose est plus ou moins en conflit d’intérêts avec les autres. Ainsi par exemple :
  • en tant que consommateur, je préfère les produits les moins chers - délocalisés - au risque de ma santé d’homme, de mon activité de travailleur ou à l’encontre de ma conscience de citoyen ;
  • en tant que travailleur je souhaite davantage de revenus, quand bien même ce revenu augmenterait les prix, et donc annulerait mon intérêt de consommateur. Alors le citoyen que je suis vote pour le parti qui lui promettra davantage de pouvoir d’achat à court terme soit par une hausse des salaires, soit par une baisse des impôts.

Nous sommes ainsi tous les témoins et les victimes quotidiennes de ces incohérences et d’un monde que nous ne comprenons plus.

Et ce sont des organisations différentes - partis politiques, syndicats et associations ou labels de consommateurs - qui sont chargées de défendre ces différents intérêts. Mais, ces organisations revendiquent chacune leur indépendance alors que ces problématiques se trouvent indiscutablement liées en nous. Ces organisations n’apportent donc pas de vision cohérente. Le résultat, c’est la désaffection et l’ironie vis-à-vis de la politique, la décrédibilisation du syndicalisme et la faiblesse des associations de consommateurs. Fleurissent alors des utopies réconciliatrices comme la vision de l’extrême gauche ou le fondamentalisme religieux.

Le réflexe classique est alors de se tourner vers l’Etat et d’attendre de lui qu’il résolve ce problème. Mais les partis politiques, de gauche et de droite, sont, comme je l’ai montré, impuissants à régler durablement ces questions puisque complices du problème.

Comment résoudre alors ce conflit d’intérêts qui mine nos sociétés et nos consciences ?

Il faut alors changer radicalement de concept philosophique : la somme des intérêts particuliers n’incarne plus l’intérêt général. Ce serait plutôt l’intérêt général qui unifierait nos intérêts particuliers. Ce retournement de conception, où l’intérêt général prime et détermine notre intérêt particulier est la première révolution du projet qui se nomme aujourd’hui Démocrate ou Durable.

Mais ce projet porte également une seconde révolution, tout aussi essentielle.

D’autres théories politiques ont déjà essayé de proposer cette primauté de l’intérêt général. Elles ont généralement conduit à des totalitarismes, où l’individu était sommé de renoncer à sa liberté afin de subir, pour son bonheur, l’intérêt dit général. Notre projet est radicalement différent : il a fait son deuil d’imposer aux autres le bonheur. Il ne recherche que l’établissement d’un cadre épanouissant qui, en toute liberté, permette de concilier nos différentes aspirations a priori contradictoires.

Notre projet ne vise donc pas l’établissement de l’intérêt général par l’Etat ou par une forme quelconque d’organisation, mais par l’individu qui décide en premier lieu d’être exemplaire. C’est la seconde révolution.

C’est donc l’individu qui va confronter ses aspirations de consommateur, de travailleur et de citoyen à un intérêt général supérieur afin de modérer ou d’encourager certaines de ses aspirations et agir. Agir de façon responsable et autonome. Agir sans attendre l’Etat et la société, agir sans contester systématiquement, mais plutôt en commençant par être soi-même exemplaire. C’est toute l’aspiration au développement durable qui est ainsi expliquée par cette vision Démocrate de la politique.

En effet, ne rien attendre en premier lieu de l’Etat n’exclut pas l’action politique, au contraire. L’individu reconnaît que tous les moyens sont pertinents pour concilier ses intérêts, et l’action politique citoyenne en est une. Elle est même un devoir, car le renoncement individuel à une action politique est un des symptômes de la crise des conflits d’intérêts identifiée au départ. L’Etat, au lieu d’être un recours ou un garant, devient alors pour le citoyen un moyen, parmi d’autres, pour mettre en œuvre sa conception du monde.

Ainsi, le citoyen, le consommateur et le travailleur, enfin réunis et cohérents, trouveront dans cette règle de vie privilégiant l’intérêt général un cadre épanouissant.

Enfin, comment définir cet intérêt général supérieur ? Pour rester cohérent avec cette philosophie, il n’est pas raisonnable d’en donner une définition globale et définitive. C’est à chacun de le faire en conscience. Cependant l’intérêt général, c’est bien souvent de dépasser sa vision locale et court-termiste. C’est-à-dire de changer d’échelle en envisageant les questions dans un cadre géographique et temporel universel : à l’échelle du monde et à l’échelle des générations passées et futures. De là découlera la satisfaction de nos propres intérêts.

Le projet Démocrate, traduction politique du développement durable, se revendique donc de cette double révolution. Celle qui remet l’individu libre, responsable et exemplaire au cœur de la démocratie.



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Les réactions les plus appréciées

  • Par bernie73 (---.---.---.193) 7 janvier 2008 12:49
    Bernie73

    Tout à fait d’accord avec le propos, mais très sceptique sur le résultat. Je suis d’accord avec vous sur la nécessité d’une prise de conscience individuelle du bien collectif. Par quelle magie va elle entrer dans les consciences d’une majorité ??? Dans quelle mesure pourra t elle être effectivement partagée ??? Ce sont mes questions...

    Que des intellectuels arrivent à cette conclusion, qu’un partie des classes moyennes y arrive également, ça semble un fait. Mais ça reste le cas d’une minorité de la population. Si on regarde le discours dominant ce n’est pas tant que ça dans l’air du temps.

    Les moyens pour y arriver : Exemplarité des élites (laissez moi rire), discours des médias de masse (arrêtez je m’étouffe)

    Personnellement je n’ai pas de solution, pour que ce chemin intérieur atteigne la majorité des personnes, mais ça ne se fera pas tout seul..

    reste donc à trouver comment ! ! !

  • Par anamo (---.---.---.27) 7 janvier 2008 13:13

    Je viens de lire (comprendre ?) le « bel article »

    Ouch !

    Si j’adhère au contenu, la forme mériterait d’être revue dans une version « digest » complémentaire.

    Toujours est-il que le cocorico insistant poussé sur un promontoire de nature imprécise au milieu d’une cour blingbling codett, assortie de quelques vilains petits canards, n’est pas le gouvernement souhaitable pour notre pays.

    Les moins assidus (pas les moins méritants) passeront prochainement à la casserole. Notation exige !

    Contraire absolu du manifeste précédemment cité.

Réactions à cet article

  • Par bernie73 (---.---.---.193) 7 janvier 2008 12:49
    Bernie73

    Tout à fait d’accord avec le propos, mais très sceptique sur le résultat. Je suis d’accord avec vous sur la nécessité d’une prise de conscience individuelle du bien collectif. Par quelle magie va elle entrer dans les consciences d’une majorité ??? Dans quelle mesure pourra t elle être effectivement partagée ??? Ce sont mes questions...

    Que des intellectuels arrivent à cette conclusion, qu’un partie des classes moyennes y arrive également, ça semble un fait. Mais ça reste le cas d’une minorité de la population. Si on regarde le discours dominant ce n’est pas tant que ça dans l’air du temps.

    Les moyens pour y arriver : Exemplarité des élites (laissez moi rire), discours des médias de masse (arrêtez je m’étouffe)

    Personnellement je n’ai pas de solution, pour que ce chemin intérieur atteigne la majorité des personnes, mais ça ne se fera pas tout seul..

    reste donc à trouver comment ! ! !

  • Par anamo (---.---.---.27) 7 janvier 2008 13:13

    Je viens de lire (comprendre ?) le « bel article »

    Ouch !

    Si j’adhère au contenu, la forme mériterait d’être revue dans une version « digest » complémentaire.

    Toujours est-il que le cocorico insistant poussé sur un promontoire de nature imprécise au milieu d’une cour blingbling codett, assortie de quelques vilains petits canards, n’est pas le gouvernement souhaitable pour notre pays.

    Les moins assidus (pas les moins méritants) passeront prochainement à la casserole. Notation exige !

    Contraire absolu du manifeste précédemment cité.

  • Par Le péripate (---.---.---.43) 7 janvier 2008 13:35
    Le péripate

    Selon Beauvois, le pouvoir a trois formes d’excercice.

    La première, fais ceci parce que je le veux, c’est la dictature.

    La deuxième, fais ce ci parce que c’est bien, c’est le totalitarisme.

    la troisième, fais ceci parce que tu le veux, c’est le libéralisme.

    Ce que vous proposez ressemble à 3, mais en fait est plus proche de 2........ Est-ce vraiment original ?

  • Par geko (---.---.---.12) 7 janvier 2008 14:26

    @L’auteur

    L’article a le mérite de poser le problème quand aux incohérences majeures auquelles sont confrontées les propositions politiques.

    Et si je suis d’accord avec votre concluson je trouve le développement un peu confus !

    Les philosophies politiques actuelles - de gauche comme de droite - reposent sur l’hypothèse rousseauiste du contrat social : l’intérêt général procéderait naturellement de la somme des intérêts particuliers de chacun des membres de la société Ne confondez vous pas avec Adam Smith et sa théorie de la main invisible ? Dans le contrat social de Rousseau chacun agit selon un intérêt particulier, mais dans le cadre d’un intérêt général qu’il reconnait en renonçant à ses « droits naturels » et parceque la collectivité l’encourage à ce renoncement (l’éducation) !

    Finalement c’est le contrat social de Rousseau que vous évoquez par l’exemplarité de l’individu et une politique démocratique, donc des institutions, favorisant cette exemplarité !

    en tant que consommateur, je préfère les produits les moins chers - délocalisés - au risque de ma santé d’homme, de mon activité de travailleur ou à l’encontre de ma conscience de citoyen ; Il ne préfère pas les produits moins chers, il achète moins cher parcequ’il n’a pas le choix, il consomme des produits mauvais pour sa santé parcequ’il est désinformé ou ne sait pas s’informer !

    En fait aujourd’hui l’entité économique « entreprise » représente l’expression du droit naturel décrite par Rousseau celle de la liberté individuelle et du profit. La volonté collective devient contrainte pour l’entreprise, cette dernière se substitue à l’intérêt général en légiférant via le lobying et pour son propre compte !

    La volonté collective expression nationale étant dépassée par l’intérêt privé de l’actionnaire d’obédiance internationale le citoyen l’a dans le baba, et finalement le consommateur et le travailleur aussi puisque tout est lié !

    Je suis d’accord avec vous pour conclure avec vous qu’il faut dépasser la vision locale et court-termiste...et passer à l’échelle du monde et à l’échelle des générations passées et futures. De là découlera la satisfaction de nos propres intérêts. C’est à dire avoir une politique de civilisation, ce que « veut » notre président mais ne fera rien en ce sens !

    Maintenant pour remettre l’individu libre, responsable et exemplaire au cœur de la démocratie. il faut que chacun y mette du sien et cesse de tout attendre de l’état comme un mouton mais cela ne suffira pas ! Alors que fait on ?

    • Par Imhotep (---.---.---.113) 7 janvier 2008 17:48
      Imhotep

      Que fait-on ? On adhère au Modem smiley

    • Par geko (---.---.---.12) 7 janvier 2008 18:37

      @Imothep

      D’aprés ses discours F.bayrou est le plus lucide dans son analyse, il est actuellement le seul digne d’une réelle opposition ! D’ailleurs le muselage mediatique dont il est victime semble le prouver !

      Factuellement F.Bayrou me choque par ses comportements régaliens au sein de son parti, dans lequel il semble avoir du mal à déléguer et à accepter la critique.

      J’aimerais savoir concrètement comment il compte changer les choses !

      Les hommes politiques ne sont jamais aussi objectifs que lorsqu’ils ne sont pas au pouvoir smiley

  • Par Hervé Torchet (---.---.---.171) 7 janvier 2008 16:31

    Texte très intéressant.

  • Par Sylvain Reboul (---.---.---.49) 7 janvier 2008 16:31
    Sylvain Reboul

    Radicalement est de trop ! Si cela était vrai, le MODEM, par exemple, s’interdirait par principe de gouverner avec quelque autre parti que ce soit et refuserait tout compromis politique. Il n’y a de radicalité que d’une position qui refuse les valeurs de la démocratie et les droits de l’homme. Bref un intégrisme violent.

  • Par geko (---.---.---.74) 7 janvier 2008 20:16

    Il aurait été interessant qu’il réagisse aux commentaires à son article, surtout lorsqu’il parle de « tester les idées » et apose le mot philosophie dans sont titre. Mais il parle de lui à la troisième personne il doit peut être se consulter avant de s’autoriser à répondre smiley ?

    Je n’ose lui rappeler la définition d’une agora et la richesse de l’échange des idées sur AV smiley

    Cordialement Bonne soirée !

  • Par moebius (---.---.---.145) 7 janvier 2008 22:36

    il n’est ni là ni ici il est ailleurs.

  • Par ddacoudre (---.---.---.147) 8 janvier 2008 00:45
    ddacoudre

    bonjour sébastien

    j’ai lu le discours de Bayrou intéressant.

    bien pour la démocratie, mais ne pas oublier que l’homme ne naît pas démocrate et qu’il faut l’apprendre et l’entretenir.

    ce serai bien que le modem puisse incarner un nouvel idéal, mais ce n’est que notre vieux libéralisme « resaucés ». ce n’est pas un reproche, mais en restant dans la relation travail de 1805 avec la codification comptable qui pousse à la capitalisation il y a peu de chance qu’une politique économique qui se voudrait moderne ne conduise pas aux mêmes résultats comportementalistes que celle d’aujourd’hui réparti en la forme modem.

    pour innover il faut repenser la relation travail, trouver des formes de rémunérations nouvelles sur des enseignements énergiquement pauvres, reprendre au financier le pouvoir d’émettre de la monnaie, car ils ne financeront jamais une création individuelle à but non lucratif, alors que le projet met en avant l’initiative individuelle, puis repenser le marketing, le plan comptable et définir de nouvelles richesse qui ne soient pas l’accumulation de biens.

    Sans cela qui conditionne nos comportements, il faudra attendre qu’une raison impérieuse (comme pour nos ancêtres africain)nous pousse à faire autrement quand nous aurons épuisé nos ressources. Donc faire d’abord une longue traversé du désert et investir les médias de force pour se faire entendre et avoir en tant que force politique un droit d’antenne régulier plutôt que de voir ou entendre toujours ses propos déformés par les faiseurs d’opinions.

    bon courage.

    cordialement.

  • Par Kdm (---.---.---.68) 8 janvier 2008 07:31
    Kdm

    un discours si éloigné de ses partiques et de ses relations au pouvoir ... voyez comment FB a mis en place la démocratie au sein du Modem....écoutez ce que je dit ne regardez pas ce que je fais.... Tsarkosy nous a réservé pour les voeux sa politik de civilisation Bayrou son opus démocrate ... j aimerai lire ce qu il pense de l Homo Politicus obsédé par le pouvoir .... ce ne sont que des mots me direz vous mais face aux réels maux de notre monde où les plus faibles sont abandonnés aux prédateurs il est urgent de redonner du sens à la politik... c ’est cela gouverner autrement.....

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