Fermer

  • AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox Mobile

 Accueil du site > Tribune Libre > Pic pétrolier : quel plan B avant la catastrophe ?

Pic pétrolier : quel plan B avant la catastrophe ?

Cette fois c’est officiel, le pic pétrolier a déjà eu lieu. Reconnu par le président Obama, confirmé par l’AIEA et évoqué mardi dernier devant les députés par François Fillon, le pic pétrolier est entré dans l’Histoire avec un grand H. Une querelle d’experts sans intérêt fait varier sa survenue entre 2006 et 2009 alors que la véritable question est : Quelle préparation nos gouvernants ont-ils prévu à cette crise prévue de longue date et qui fait peser un risque majeur à notre civilisation.

C’est un secret de Polichinelle que le premier ministre a laissé échapper mardi 5 avril 2011 lors de la séance des questions au gouvernement en répondant au député François Brottes (PS) sur  le prix du gaz  ceci : http://www.assemblee-nationale.fr/1...

« Nous avons, en 2009, atteint le pic de production en matière de pétrole. La production ne peut maintenant que décroître, alors même que la croissance de l’économie mondiale a retrouvé un train de 4,5 %. La catastrophe de Fukushima aura forcément des conséquences sur les investissements dans le monde en matière nucléaire. »

Une phrase qui résume plus qu’on ne peut l’imaginer le désarrois du gouvernement devant la situation nouvelle et l’impréparation irresponsable qui est la nôtre devant une crise pourtant prévue de longue date.

Le pic pétrolier a été prédit dans les années 60 par le géologue King Hubert et ses conséquences sur la civilisation de la productivité ont été modélisés après le Club de 1968 par le Massachussetts Institute of Technology. Ses conclusions sont rendues publiques en 1970 dans le rapport Meadows & al., intitulé "The limits to growth", "Les limites de la croissance".

http://www.manicore.com/documentati...

Les simulations du MIT prédisent l’effondrement du système productiviste, quelles que soient d’ailleurs les hypothèses de départ en ressources de matières premières (à l’époque les réserves connues ne couvraient que 30 années de croissance).

En effet, si le système ne s’effondre par leur épuisement, la  dévastation de l’environnement ou l’explosion démographique conduisent à des scénarios tout autant catastrophistes.

Au début des années 1970, les USA ont une première preuve de la validité du modèle de Hubbert quand ils constatent que leur production nationale de pétrole atteint effectivement un pic.

Les gouvernants US comprennent alors que dans 30 ou 40 ans l’humanité rencontrera un problème majeur quand la production de ressources fossiles ne parviendra plus à satisfaire la demande.

Des bureaux d’étude stratégiques sont alors mis à contribution pour imaginer les conséquences et les phases de cette crise et les moyens de s’y préparer. Voici un lien illustrant  celui de Balfour et Associates : http://www.treehugger.com/balfour-h...

Les scénarios varient sur les dates mais convergents sur les principales étapes à venir :

1) Phase de gaspillage exponentiel

2) Peak Oil atteint (production maximale historique)

3) Plafonnement de  la production de pétrole (plateau oscillant).

4) Déplétion (Chute de plus en plus rapide de la production).

5) Epuisement des stocks de pétrole.

Contrairement aux métaux, il n’y a pas de recyclage possible du pétrole consommé. Les seules alternatives sont des carburants de synthèse.

Quelle seront les conséquences géostratégiques et sociales de ces étapes ?

Les prévisionnistes prévoient en gros les étapes suivantes (au début les  phases historiques passées) :

A) 1970 à 2001 : la croissance de la production de pétrole permet le maintien du productivisme avec une croissance faible. Règne du pétro-dollar.

B) 2001 à 2009 : Anticipation de la désindustrialisation par les marchés (dérégulation). Délocalisation, chômage. Tensions géostratégiques, guerres de positionnement. Remise en cause du dollar. Envolée des dettes publiques. Mise en place de l’état d’urgence aux USA au prétexte d’antiterrorisme. Intégration européenne à marche forcée.

C) 2009 à 2015-20 : Production de pétrole en plateau oscillant : le prix du pétrole flambe, inflation généralisée.  Stagnation économique et désindustrialisation accélérée. Tensions géopolitiques et monétaires. Flambée des prix, famines dans les pays du sud, faillites d’états. Crise du dollar (chute). Instauration de mesures d’exception : gouvernance mondiale (fusion UE + NAU), monnaie mondiale rejetée par la Chine, la Russie, l’Inde qui forment un Block Asiatique dissident.

D) 2015-2020 à 2030-2040 : Chaos dans les pays industrialisés. Activation de l’état d’urgence mondial, répression politique. Rationnement des denrées, marché noir, famines. Suspension des institutions démocratiques et des droits individuels. Identification par puce des individus. Guerre larvées entre l’Alliance Atlantique et le Block Asiatique. Hausse de la mortalité, politique de réduction forcée des naissance.

E) 2030-2040 à 2100 : Epuisement du pétrole. Limitation des moyens de guerre. Lente réorganisation sociale sur un modèle local économe en énergie. Stabilisation de la population mondiale.

 

Si les gouvernants ont eu ses informations depuis 40 ans on peut se dire qu’ils ont préparé un plan B, non ?

Et bien oui, mais en pratique ce n’est pas forcément celui qu’on aimerait entendre, nous autres citoyens naïfs et confiants.
Si on cherche un peu on trouve des préparatifs mais point de voitures écolos, nulle trace de virage technologique vert, pas de recherches massives dans les énergies de substitution.

 

En France nous avons eu droit à la course au nucléaire et aux incitation à l’achat de véhicules neufs à coup de jupettes. Quelques tramways, des bus au gaz. Et c’est tout.

Et dans les autres pays ? Rien de très optimiste.

L’armée allemande s’affole : Spiegel online publie un rapport de l’armée allemande catastrophiste. http://www.spiegel.de/international/germany/0,1518,715138,00.html

Les USA laissent faire le marché qui dépèce l’industrie et instaure des mesures d’urgence pour palier aux chaos social.

Les anglais vendent leurs fleurons industriels aux Indiens ou aux Chinois et se concentrent sur la finance.

Partout on liquide l’état providence qui seul permettrait d’amortir le choc.

La réponse des gouvernants européens est pathétique : « seuls nous ne pouvons rien faire, débarrassons-nous du problème auprès d’un gouvernement européen ou mondial . »

Mais le gouvernement mondial est une illusion, il ne poura rien faire de plus que rationner.

Il ne sera pas mondial, ce sera au mieux un gouvernement de l’occident face à la Chine, la Russie et l’Inde.

Et en tout cas ce ne sera pas une démocratie.

Comment disait Churchill ?

"Vous vouliez sacrifier l’Honneur pour avoir la Paix, vous aurez la guerre et le déshonneur."

Il se pourrait que nos dirigeants aient sacrifié la souveraineté populaire dans l'espoir de conserver la paix et la prospérité.

Nous avons déjà plusieurs guerres et il est à redouter que nous ayons en plus la tyrannie et la misère.

 

 Photo : REUTERS/ US Coast Guard



Sur le même thème

Prospective 2015-2017: L’« absorption mondiale », une constante dans les enjeux du monde. Quel devenir pour l’Algérie et le monde ?
Comment le dollar, l’euro, la livre sterling, le yen et le pétrole ont sauvé le monde depuis 2008 ? Les Quantitative Easing Policies ou la « manne monétaire » de l’Occident
Des guerres interconfessionnelles au Moyen-Orient aux bouleversements géostratégiques du XXIe siècle. Les véritables dimensions des conflits armés
Prospective mondiale : L’Allemagne, du Frein à la Croissance de l’Europe à une grave Rechute de l’Economie mondiale à l’horizon 2015-2017
Retour de manivelle en Irak : La montée de l’EIIL, conséquence de notre insatiable dépendance au pétrole


Les réactions les plus appréciées

  • Par Talion (---.---.---.136) 16 avril 2011 10:59
    Talion

    Il n’y a pas de plan B... C’est aussi simple que ça...

    L’équation telle qu’elle est interprétée par les puissance occidentale (Washington en tête) est la suivante : Il y a une seule gamelle et trop de chiens... Plusieurs d’entre eux vont devoir crever.

    Les bruits de bottes se font progressivement de plus en plus fort.

  • Par Daniel Roux (---.---.---.93) 16 avril 2011 11:23
    Daniel Roux

    Les deux paramètre les plus importants, la cupidité et l’avidité, sont paradoxalement ceux qui nous mènent à la catastrophe annoncée et ceux sur lesquels il serait théoriquement possible d’agir.

    Posons comme préalable que la cupidité et l’avidité ne font pas partie de l’instinct humain, comme par exemple, l’instinct de survie ou l’instinct grégaire. Ces comportements néfastes et pathogène sont transmis de génération en génération.

    Les sociétés apaisées aux valeurs humanistes ont pratiquement toutes été détruites par celles, vindicatives et massacrantes, qui les découvraient dans leurs quêtes incessantes de richesses. 

    Le paradoxe est que pour faire évoluer l’humanité, il serait nécessaire de la conduire à se tourner vers d’autres valeurs que celle qu’ils vénèrent aujourd’hui.

    On touche à l’impossible puisque les décideurs et les philosophes télégéniques, les seuls audibles, sont les champions de la corruption, de la cupidité et de l’avidité.

    Il faudra donc boire notre vinaigre jusqu’à la lie.

  • Par Abou Antoun (---.---.---.66) 16 avril 2011 12:25
    Abou Antoun

    Les deux paramètre les plus importants, la cupidité et l’avidité,
    Ne pas oublier l’imbécilité. Tout cela est parfaitement décrit dans le rapport meadows des années 60-70. Mais aucun connard de politicien n’a compris qu’il fallait conjointement.

    • Modérer la population mondiale.
    • Adapter notre mode de vie aux ressources existantes et connues.
    Ou bien s’ils l’ont compris ils n’en avaient rien foutre.
    Tous n’ont qu’un slogan ’croissance’ démographique - industrielle. Faisons des bébés construisons des usines, faisons des bagnoles ...
    Le dernier en date de cette lignée d’abrutis, chez nous s’appelle ....
    Alors après moi le déluge !
  • Par Abou Antoun (---.---.---.66) 16 avril 2011 12:32
    Abou Antoun

    J’approuve totalement cette vision pessimiste des choses.
    Mais cette fois il est possible que même avec une palanquée de bonnes guerres on ne s’en sorte pas. (Maintenance des parcs de centrales nucléaires - Fukushima(s) à répétition auront raison des survivants).
    Le futur appartient au blattes et aux scorpions. Leurs ’intellos’ dans quelques millions d’années se demanderont toujours comment une espèce aussi crétine a pu réaliser quelques exploits techniques.

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


FAIRE UN DON

ECRIVEZ UN ARTICLE !





Les thématiques de l'article


Palmarès







Partenaires