• dimanche 19 mai 2013
  • Agoravox France Agoravox Italia Agoravox TV Naturavox
  • Agoravox en page d'accueil
  • Newsletter
  • Contact
AgoraVox le média citoyen
La fondation Agoravox
  Accueil du site > Tribune Libre > Pour Julian Assange, fondateur de Wikileaks
18%
D'accord avec l'article ?
 
82%
(35 votes) Votez cet article
  • Faire un don
  • Imprimer cet article
  • Marquer et partager

Pour Julian Assange, fondateur de Wikileaks

Victoire : le président de l’Equateur, Rafael Correa, vient d’accorder l’asile politique à Julian Assange !

C’est depuis le 7 décembre 2010 – il y a donc un peu plus d’un an et demi déjà – que le génial fondateur de Wikileaks se trouve au centre d’un incroyable imbroglio judiciaire et diplomatique : accusé d’espionnage aux Etats-Unis pour avoir divulgué des secrets d’Etats et soupçonné de viols sur deux femmes en Suède, il s’est en effet réfugié, depuis le 19 juin dernier, à l’Ambassade d’Equateur à Londres, qui l’héberge gracieusement, en attendant de pouvoir le transférer à Quito, afin de lui éviter l’extradition vers la Suède et de là, selon des accords bilatéraux entre ces deux pays, vers les Etats-Unis, où il risque, pour ce que la législation américaine appelle là un « délit d’espionnage », rien moins que la peine de mort !

C’est dire si tous les partisans de l’abolition de la peine capitale, cet inique et barbare châtiment, doivent s’unir, de par le monde, pour défendre, en l’occurrence, Julian Assange. Cet impératif et juste combat n’est jamais, du reste, que celui, plus simplement mais plus tragiquement aussi, pour les Droits de l’Homme, que toute conscience éprise d’humanisme voudrait universels.

Qu’il me soit permis de rappeler, à ce propos, les mots, particulièrement forts et justes, de Robert Badinter, ancien Garde des Sceaux sous la présidence de François Mitterrand, dans sa récente préface aux écrits d’Albert Camus contre, précisément, la peine de mort : « … pour Albert Camus, la lutte pour l’abolition fut un combat permanent. La peine de mort a toujours été à ses yeux un châtiment ‘cruel, inhumain et dégradant’, incompatible avec les droits de l’homme. Elle lui apparaît comme la persistance de la barbarie dans les temps modernes. Elle est la négation absolue des valeurs dans lesquelles Camus croyait, et d’abord l’intangibilité absolue de la vie humaine. Il voyait dans la peine de mort, sous le rituel des formes procédurales, l’expression ultime d’une violence mortelle s’exerçant souverainement et froidement sous le nom de justice. »1

Dont acte ! Mais ce qui, par-delà même cette terrible iniquité que représente toute peine de mort, apparaît également, dans cet odieux procès intenté à Julian Assange, c’est l’aspect sournoisement, et d’autant plus dangereusement, totalitaire, sous couvert de justice, de quelques-unes de nos prétendues démocraties modernes, lesquelles feraient pâlir d’envie, par leur efficacité désormais quasi planétaire, certaines dictatures du passé, dont les régimes staliniens.

Car il est par trop évident, après les révélations de WikiLeaks concernant les très peu glorieuses magouilles militaires, et les crimes de guerre surtout, de l’armée américaine en Irak, que Julian Assange, par son extraordinaire volonté de transparence et de vérité, dérangeait au plus haut point, par-delà ses hypothétiques « crimes sexuels » dont il reste tout à prouver, l’ordre établi, si ce n’est le pouvoir en place et même suprême à échelle mondiale : les Etats-Unis d’Amérique, impitoyable clé de voûte d’un système monstrueux d’inhumanité tout autant que de cynisme et dont aucun des rouages, tous parfaitement contrôlés, ne permet plus la moindre ligne de fuite, sinon à se retrouver soudain, tel Julian Assange précisément, broyé sous l’énorme poids d’une implacable, tyrannique, machine de guerre.

La Grande-Bretagne elle-même, pourtant modèle de civilisation et l’un des berceaux philosophiques de nos démocraties modernes (avec des penseurs, hérauts de la tolérance, tels que John Locke, David Hume, Jeremy Bentham ou John Stuart Mill), semble par ailleurs vouloir être, de plus en plus elle aussi, l’un des nouveaux bras armés de cette tentaculaire et effroyable emprise, conséquence dramatiquement néfaste de l’actuelle « globalisation », sur le monde. Ne vient-elle pas en effet de déclarer, via le « Foreign Office », que, s’il le fallait, elle prendrait d’assaut l’Ambassade d’Equateur, déjà encerclée à l’heure actuelle par la police anglaise, pour capturer Julien Assange et l’extrader ainsi, conformément au mandat d’arrêt lancé par la justice britannique, vers la Suède : un geste inconcevable qui, s’il était appliqué concrètement, équivaudrait, étant donné l’immunité diplomatique tout autant que la souveraineté territoriale dont jouit, légalement et politiquement, toute ambassade sur quel que sol national que ce soit, à un véritable acte de guerre !

Le Ministre des Affaires Etrangères d’Equateur, Ricardo Patino, de ce point de vue-là, à parfaitement raison, face à cette déclaration d’une incroyable arrogance et en flagrante violation de la Convention de Vienne sur l’indépendance des missions diplomatiques, de répliquer que l’on ne vivait plus, aujourd’hui, au temps des colonies : l’Equateur, bien que situé en Amérique du Sud, n’est pas les Falklands, que l’Argentine revendique par ailleurs très légitimement après des décennies d’occupation par l’empire britannique !

Certes les bras, face à pareille injustice et cruel sort, nous en tombent-ils, à nous qui nous sommes tant battus, non seulement pour la liberté de pensée ou de parole, mais, de manière peut-être plus significative encore au regard de toute véritable et authentique démocratie, pour la simple liberté de la presse.

Aussi ne me vient-il plus à l’esprit comme à la bouche, à présent, qu’un seul mot d’ordre, mais aussi imprescriptible que tout impératif catégorique, et non seulement kantien : démocrates de tous pays, hommes et femmes de bonne volonté, peuples épris d’un humanisme non nécessairement utopique, unissons-nous, en criant haut et fort notre indignation, afin de sauver, de toute urgence, Julian Assange de ce fascisme larvé, quoique désormais déclaré au vu de cette infamie dont il est l’objet, qu’est le nouvel et toujours plus rampant, jusqu’à nous asphyxier, ordre mondial.

Il en va de l’avenir de la démocratie et, par là même, de nos enfants !

 

DANIEL SALVATORE SCHIFFER*

 

* Philosophe, auteur de l’essai « Critique de la déraison pure - La faillite intellectuelle des ‘nouveaux philosophes’ et de leurs épigones (Bourin Editeur) et porte-parole, pour les pays francophones, du « Comité International Contre la Peine de Mort et la Lapidation » (« One Law For All »), dont le siège est à Londres.

1 Robert Badinter, préface à « Albert Camus contre la peine de mort », Paris, Gallimard, 2011, p. I (écrits réunis, présentés et suivis d’un essai par Eve Morisi).




18%
D'accord avec l'article ?
 
82%
(35 votes) Votez cet article



2 moyens pour donner

Don défiscalisé 10€ ou plus

Obtenez une réduction fiscale de 66% avec un e-reçu. Un don de 10 € ne vous coûte que 3€40.

Grâce à votre aide, AgoraVox peut continuer à publier plus de 1000 articles par mois. En donnant à la Fondation AgoraVox, vous offrez un soutien à la liberté d'expression et d'information.

Les réactions les plus appréciées

  • Par wesson (---.---.---.62) 17 août 2012 11:17
    wesson

    bonjour l’auteur, 

    eheheh, cet épisode est particulièrement savoureux tant il a mis les choses à nu ! Les anglais qui nous avaient refusé Rachid Ramda (alors suspecté d’avoir commis un attentat terroriste) pendant 10 ans au motif qu’il ne serait pas jugé de manière impartiale en France, puis aussi Augusto Pinochet, demandé alors par la justice Espagnole là encore d’une manière parfaitement officielle. Dans ces 2 cas, les Anglais avaient des « obligations légales » avec des personnes que l’ont pouvait suspecter d’être authentiquement affreux, et ils se sont assis sur ces fameuses obligations.

    Et là nous avons un mec que les Américains rêvent de coller en taule et d’en oublier la clé, et dont le reproche principal que l’on qualifie de « viol » est d’avoir eu des rapports consentant sans violence avec 2 femmes mais sans usage de préservatif. A préciser que les 2 femmes en questions se sont réveillés plusieurs mois après les fait, qu’elle n’ont eu ni grossesse ni maladie consécutive à l’ouverture généreuse de leur cuisses, et que l’on apprends maintenant selon un journal espagnol que l’une d’entre elle (Annita Ardin) serait une activiste payée par la CIA pour aller mettre le waï à Cuba.

    mais à part ça, les Anglais font tout comme il faut et - non non - ils ne font pas 2 poids 2 mesures. Et ils parlent même de donner l’assaut !


    Je confesse un certain bonheur de les voir à ce point confirmer leur vassalité d’une manière aussi clairement dégradante pour eux-même.
  • Par carole (---.---.---.191) 18 août 2012 10:06

    ne soyons pas naifs DSS a fait un article de « bon ton » juste celui qu’il faut pour plaire aux lecteurs d’AV et préparer une future envolée lyrique sur son pote DSK
    IL se fait rétamer a chaque fois mais entre deux il fait son nid ; son « marketing » pour se gagner des soutiens
    En plus les mecs qui manquent de coucougnettes et ne viennent jamais débattre désolée mais ca me fait gerber j’en démords pas : DSS est un agent d’une mentalité écoeurante et ses contradictions d’un article a l’autre sont flagrantes il s’adapte comme le caméléon au lectorat d’AV qui finalement peut s’avérer aussi naif que celui de Gala

Réactions à cet article

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


Faites un don

Les thématiques de l'article

Palmarès

Agoravox utilise les technologies du logiciel libre : SPIP, Apache, Debian, PHP, Mysql, FckEditor.


Site hébergé par la Fondation Agoravox

Mentions légales Charte de modération