Fermer

  • AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox Mobile
  • Agoravox TV

Accueil du site > Tribune Libre > Pour l’amour des fauves

Pour l’amour des fauves

Les défenseurs de la cause animale sont de plus en plus remuants, ces temps-ci, souvent au mépris même des lois en vigueur. Un récent fait-divers nous le montre encore. Assiste-t-on à un insidieux mouvement de déconstruction de notre civilisation ? Là aussi, il s'agit de prendre parti.

Qu’il est loin le temps où Descartes pouvait considérer les animaux comme des créatures dépourvues de sensibilité, purement déterminées par des mécanismes physiologiques et qu’on pouvait ainsi exploiter à volonté ! Aux antipodes de cette pensée (pourtant fondatrice de notre modernité), notre époque ne cesse de les étudier, s’émerveille devant leurs différentes formes d’intelligence, voudrait leur conférer des droits à égalité avec ceux des hommes, condamne déjà à des peines de prison ferme ceux qui ont l’audace de les maltraiter. D’autres vont encore plus loin et s’interdisent, pour ces raison, de manger de la viande animale, quelle que soit son espèce d’origine. Oui, le balancier culturel vis-à-vis des animaux penche de plus en plus de leur côté, ce qui nous oblige à redéfinir nos rapports avec eux. D’où des débats nouveaux et des divisions de plus en plus accentuées entre les défenseurs inconditionnels de la cause animale et ceux (dont je suis) qui privilégient une approche plus rationaliste.

Car s’il est juste d’accorder soins et attentions aux animaux qui partagent nos vies, il est en revanche illusoire de vouloir les considérer comme des égaux. Entre eux et nous, il ne peut y avoir un dialogue au sens strict du terme - et donc une réciprocité des consciences -, même si les échanges affectifs sont nombreux et indéniables. Pourquoi, dès lors, vouloir donner aux animaux un statut qu’ils ne sont pas en mesure de réclamer ? On dirait que leurs partisans sont dans une demande de pardon, attitude de repentance qui n’est pas sans rappeler celle des occidentaux vis-à-vis des anciens pays colonisés et, d’une façon générale, vis-à-vis des minorités anciennement opprimées. Mais ce qui est compréhensible, sinon justifié, dans le champ de l’histoire humaine ne l’est pas lorsqu’on projette ce sentiment sur l’animal. Même dans une perspective évolutionniste, on se heurte à un obstacle fondamental, une différence d’espèce : l’impossibilité d’un partage symbolique avec lui. Cela devrait être un argument suffisant pour ne plus soulever la question des droits animaliers ; ça ne l’est pas pour beaucoup de gens – y compris chez de prétendus intellectuels – dont la raison est manifestement obscurcie par leur sensibilité. Ajoutons que donner des droits aux animaux ne reviendrait, dans les faits, qu’à augmenter les obligations des humains vis-à-vis d’eux – et donc de diminuer un peu plus leurs droits propres.

L’actualité est de plus en plus émaillée par des affaires qui éclairent l’absurdité de ces dérives irrationnelles. En novembre dernier, on voulait décerner la légion d’honneur à la chienne Diesel tuée lors de l’attaque du RAID contre des terroristes retranchés dans un immeuble de Saint-Denis : après tout, on la donne bien à des émirs saoudiens. Ces jours-ci c’est Patrick Boré, maire de la Ciotat, dans les Bouches du Rhône, qui a interdit l’accès de sa commune au Cirque Pinder au motif que son spectacle incluait des numéros de dressage. Il tenait pour de la maltraitance animale les petites acrobaties qu’un dompteur chevronné fait accomplir à des tigres et des lions. Tous les justificatifs de bon traitement et de respect de la législation qu’a pu produire Gilbert Edelstein, le directeur du cirque incriminé n’ont pu entamer la conviction de l’édile sur ce sujet. Ce dernier cas mérite qu’on s’y arrête un peu, car il constitue un tour de vis supplémentaire dans les rapports déjà tendus entre la société civile et les défenseurs de la cause animale. Passe encore que certains manifestent, même outrancièrement, leur hostilité à la corrida, vu que la mort est au bout de la fête. Pas dans le contexte du cirque où les animaux sont simplement soumis à l’autorité du dompteur.

Comment expliquer tant d’intransigeance sinon par un processus intérieur que les psychologues connaissent bien : l’affinement de la notion de faute sous la pression du sentiment de culpabilité. Ainsi le seuil de tolérance au spectacle supposé de la souffrance animale tend à baisser de plus en plus. Au point, peut-être, de remettre en question les fondements humanistes de notre civilisation ; laquelle s’est toujours appuyée sur le travail et l’exploitation des bêtes pour sa perpétuation. Nous devrions plutôt veiller à maintenir, coute que coute, cet équilibre fragile. Et nous souvenir aussi que l’homme peut encore être une proie pour ces adorables fauves que de belles âmes, comme l’actuel maire de La Ciotat, rêvent de soustraire à nos cruels divertissements. 

 

 Jacques LUCCHESI


Moyenne des avis sur cet article :  2.67/5   (12 votes)




Réagissez à l'article

21 réactions à cet article    


  • Loatse Loatse 18 mars 11:29

    La place d’un fauve est dans son environnement, la savane... pas dans un zoo, ni dans un parc animalier quelconque ou la nourriture lui est fournie, et encore moins dans un cirque ou une fois son numéro fini, il est relegué dans une cage...


    Il faut voir ces pauvres bêtes tourner dans celles ci en rond sur deux, trois m2, dans l’espoir non pas de parcourir des dizaines de kilomètres à courir l’antilope (quoique...) mais de se dégourdir les pattes dans une autre cage ou il pourra tourner en rond plus largement, le temps d’un exercice obtenu sous la menace d’un fouet... Ca fait pitié plutôt qu’autre chose à toute personne qui a un tant soit peu d’empathie.. 

    Idem pour les orques et dauphin privés de leur milieu naturel, réduits à « évoluer » dans des bassins de béton leur vie durant...(lesquelles pauvres bêtes sont paradoxalement mortes noyées lors des dernières innondations à Fréjus, un comble !)

    Maintenant qu’on puisse non seulement autoriser mais trouver amusant le lacher de vachettes (soit la tentative de fuite d’animaux terrorisés à travers une foule hurlante et compacte), le spectacle sanglant des corridas (mise à mort du pauvre animal dont les chances de survie sont réduites à néant.. contrairement à la prédation en milieu sauvage), j’avoue ; je ne comprend pas...

    Il est de notre devoir, de notre responsabilité de veiller à ce que les animaux (espèce dite domestique ou sauvage) puissent évoluer, vivre, seconder l’homme par nécessité (chien de berger, animal de trait) dans les meilleures conditions possibles...

     





    • Abou Antoun Abou Antoun 18 mars 20:19

      @Loatse
      J’approuve sans réserve votre intervention.


    • papakill papakill 18 mars 12:50

      Bonjour à tous,

      Des fois les choses les plus simples sont difficilement compréhensibles pour d’autres.
      Nul besoin de « donner des droits aux animaux » ou de les considérer comme « égaux » aux humains.

      Je peux vivre sans spectacle d’animaux en captivité, je peux vivre sans manger d’animaux ni même manger leur produits ce qui souvent conduit à leur esclavage.

      Ce que je peux faire sans imposer la souffrance ou la domination, ça me plaît. C’est si simple non ? Pas besoin de long discours.

      Cela me rend heureux, c’est tout.


      • alinea alinea 18 mars 13:08

        Bien d’accord avec les deux commentaires ci-dessus.
        Mais je voudrais rajouter que je m’étonne, m’offusque, de la réduction de l’homme à sa raison, petit filtre bien simpliste du monde, de la vie.
        Marre de cette civilisation cartésienne ; l’occidental commence à entrevoir, de manière infantile parfois, mais cette conscience est dans l’enfance, que la raison est peu de chose, et à vouloir y faire entrer le monde, nous l’avons non seulement réduit mais encore détruit.
        L’Orient, dans sa sagesse, ne veut pas faire rentrer le monde dans sa compréhension, mais bien ouvrir son âme au monde, se grandir plutôt que de croire à sa grandeur en rapetissant tout !
        La sensibilité n’est pas une tare même si elle peut en venir à se conjuguer avec des aberrations. Si on nous le laisse, le temps viendra d’un équilibre : le respect de l’autre accroît toujours notre conscience, et nous n’avons aucun droit sur la Vie.


        • Abou Antoun Abou Antoun 18 mars 20:21

          @alinea
          Bonjour Alinea
          L’Orient, dans sa sagesse,
          D’après mon expérience la connerie est la chose la mieux répartie sur la planète. Est-Ouest Nord-Sud pas de jaloux. La sagesse de l’orient je demande à voir, sur place rien vu tout ...


        • mmbbb 18 mars 20:27

          @Abou Antoun je suis d’accord Alinea comme beaucoup d’occidentaux voient le mal absolu en occident e le bien dans ces pays de tradition.


        • alinea alinea 18 mars 20:30

          @Abou Antoun
          Peut-être la formulation était-elle ambiguë ; je parle de la sagesse orientale ! Qui est très différente de la nôtre ; Je ne dis pas que les orientaux sont tous sages !! Ça ne me serait pas venu à l’idée ! comme évidemment de dire que nous sommes tous philosophes !! smiley


        • alinea alinea 18 mars 20:33

          @mmbbb
          Vous auriez dû attendre trois minutes avant de poster ! Mais je ne suis pas sûre que l’oriental de la rue prend d’emblée l’autre pour un con ! Peut-être ont-ils ne beaux restes malgré notre envahissement ! smiley
           smiley


        • sarcastelle 18 mars 13:22

          Il ne s’agit pas dans l’article de parler des mauvais traitements à animaux mais de rappeler qu’il existe des idéologies délirantes (sauf pléonasme) par lesquelles la pauvre bête humaine égarée et hallucinée ne sait plus comment s’inventer des chaînes absurdes, comme par exemple donner des droits aux animaux. Le seul droit de l’animal est qu’on ne le fasse pas souffrir. Les autres droits sont la conséquence de la capacité de raisonnement et de projection dans l’avenir. 


          (les animaux vont devoir aller à l’usine toute la semaine s’ils veulent qu’on soigne leurs cancers comme aux humains) 

          C’est paradoxalement leur intelligence et leur capacité de raisonnement qui forgent ici le malheur des humains, car en l’absence de raisonnement l’animal ne connaît pas la connerie, spécialité suicidaire humaine. 

          Les réponses qui précèdent répondent... à côté. 



          • papakill papakill 18 mars 14:02

            @sarcastelle

            Bonjour,

            j’ai compris de l’article que les « défenseurs » des animaux étaient des dangers pour la civilisation actuelle.

            J’ai donc uniquement donné un point de vue pacifique qui sous-entendait que mon comportement pouvait diffcilement être qualifié de danger pour la civilisation.

            Après franchement si tu es persuadé que je n’ai absolument rien compris à l’article tu m’en vois désolé.


          • alinea alinea 18 mars 14:16

            @sarcastelle
            À côté de quoi ? Il y avait une question ?


          • Lucchesi Jacques 18 mars 14:16

            @sarcastelle
            Vous m’avez très bien compris. Merci Sarcastelle.


          • alinea alinea 18 mars 18:43

            @Lucchesi Jacques
            Surtout : « le seul droit de l’animal c’est qu’on ne le fasse pas souffrir » ? mais à condition que ce soit ’ on’ qui délimite la souffrance !!? c’est là où la conscience et l’empathie font la différence.


          • Phoébée 18 mars 15:21

            Dire autant de conneries en si peu de mots, mérite !


            • ZenZoe ZenZoe 18 mars 15:45

              Quel article désagréable !
              Les fauves ne sont pas sur terre pour exhiber leur dresseur dans des cirques, et leur place n’est pas dans des cages. Bravo au maire de la Ciotat. L’avenir de notre civilisation, c’est lui (et tous ceux qui pensent pareil).


              • arthes arthes 18 mars 16:39

                @L auteur : Impossibilité d un partage symbolique avec l animal ???


                Comme vous y allez...Évidement si vous confondez sensiblerie intellectuelle et anthropomorphisme avec relation sensible, vous ne pouvez comprendre toute la richesse et l étendue du psychisme du monde animal et à quel point, à nous humains il nous est nécessaire. 

                Ce monde animal « nous le portions en nous »...Par ailleurs, la cause animale ne me semble pas vraiment à la fête à notre époque : le gagatisme qui pervertie les animaux domestiques, l elevage de masse pour bouffe de masse, les espèces sauvages parquees tristement dans des zoos, la destruction des milieux naturels qui détruit des espèces, la sur pêche et le raclage des fonds marins...Toutes les horreurs faites aux animaux en disent long sur l avenir de l humanité si il n y a pas de prise de conscience à un moment.

                Les animaux méritent notre pitié la plus elevee et la plus noble, plutôt que de s abrutir devant des robots , des gadgets et des jeux sans âme, les humains feraient mieux de retrouver pour le cultiver le lien qui les unit aux animaux.





                • sun_tzu 18 mars 18:08

                  Si on suit votre raisonnement , l’ esclavage n’aurait jamais du être aboli. Comment peut-on écrire de telles conneries.


                  • Xavdav 18 mars 19:26

                    C est un article affligeant. Bonjour le neo conservateur.


                    • Abou Antoun Abou Antoun 18 mars 20:24

                      Cet article c’est la production d’un auteur pour qui l’homme n’est pas un animal. Or l’homme est un animal, presque comme les autres. Il n’est pas normal qu’il abuse de sa position privilégiée (très momentanée) pour humilier et asservir les autres espèces.


                      • mmbbb 18 mars 20:40

                        il est vrai que les defenseurs de la cause animal comme les féministes pechent par exces qui decribilisent parfois leur discours A l’auteur cette phrase « laquelle s’est toujours appuyée sur le travail et l’exploitation des bêtes pour sa perpétuation. » Regardez ces pauvres chevaux roumains qui apres tant de labeur finissent dans des plats cuisines pur boeuf Nous ne sommes pas plus vertueux et nous n’avons pas plus respecte les animaux « vache folle » traitement odieux dans l’abattoir d’ ALES l’humanisme n’a rien a voir dans cette affaire et les defenseurs des droits des animaux ont raison Ces comportements humains sont inacceptables Moi si je devais me reincarne je demanderais a etre un virus et non pas un cochon une vache... l’homme n’a pas de sentiment le virus non plus 


                        • pemile 18 mars 20:49

                          @sarcastelle « Le seul droit de l’animal est qu’on ne le fasse pas souffrir »

                          Et pour ne pas souffrir il doit pouvoir assouvir sa « nature » (grégaire ou pas) et, comme l’humain, ne pas être en inhibition de l’action.

                          @l’auteur "Cela devrait être un argument suffisant pour ne plus soulever la question des droits animaliers ; dont la raison est manifestement obscurcie par leur sensibilité [...] remettre en question les fondements humanistes de notre civilisation ; laquelle s’est toujours appuyée sur le travail et l’exploitation des bêtes pour sa perpétuation"

                          Comme le relève sun tzu, ce genre d’argument était aussi utilisé aux temps de l’esclavage des populations noires, animaux ne possédant pas d’âmes.

Ajouter une réaction


    Si vous avez un compte AgoraVox, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page (bouton «Connexion»)

    Vous pouvez vous inscrire ici pour en créer un.



FAIRE UN DON

:-) :-)) ;-) :-| :-/ :/-) :-( :-(( :-p :-O :->

(Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.)

Attention : ce forum est un espace de débat civique et civilisé qui a pour but d'enrichir cet article. N'hésitez pas à signaler tout abus en cliquant sur le lien présent en bas de chaque commentaire pour nous indiquer tout contenu diffamatoire, injurieux, commercial, raciste... et qui sera supprimé dans les plus brefs délais.

Sachez également que des informations sur votre connexion (telle que votre adresse IP) seront mémorisées et partiellement affichées avec chaque commentaire posté

Si vous constatez un bug, contactez-nous.







Les thématiques de l'article


Palmarès