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On croit rêver : Nicolas Sarkozy appelle à violer la Constitution ! Car la langue du pays est le français, ce qui veut dire que chaque élève a le droit de suivre sa scolarité en français, d’obtenir tout diplôme en français, exception faite des spécialités – traducteurs, filière langues, etc.
Si ce que vous dites est vrai - ce que j’ai la flemme de vérifier - cela signifie que l’enseignement des langues à l’école est interdit dans la constitution Française. Ce qui serait (toujours si vous avez raison) un article de la Constitution remarquablement stupide et, de fait, caduc.
Va-t-on aussi enseigner le français en anglais ?
En est-il question ?
En outre, comme nous l’avons détaillé dans un autre article, ces programmes Emile sont impossibles à généraliser pour des raisons logistiques, structurelles : trop complexes, trop de profs bilingues à former ou à recruter, trop coûteux, ne répondant pas à un besoin réel de tous les élèves mais plutôt à un petit groupe, en un mot : absurdes.
Ici, point (1). Ce qui est étrange, c’est que vous présentiez comme absurde un tel programme parce qu’il nécessite trop de professeurs d’anglais, mais que vous vous fassiez par ailleurs l’apologue de programmes encore plus ambitieux pour l’enseignement de l’espéranto, qui n’a guère que 200 000 locuteurs décents dans le monde, dont 50 000 ayant le niveau requis pour l’enseigner proprement.
La francophonie est déjà en déclin avancé depuis que l’UE est devenue anglophone de fait, sinon de droit, comme en témoigne cet article de Courrier international :
[...]
Effectivement, la Francophonie, machin bâtard inventé du temps de la splendeur post-coloniale de la France, ne correspond plus à notre époque et périclite, ne survivant que par les rêves de vieillards cacochymes de la Rive Gauche et l’intérêt de micronations du tiers-monde qui ont compris l’intérêt financier qu’il y avait à « francophoner ».
Et on veut faire reculer le français dans les écoles, au profit de l’anglais, toujours favorisé, jamais nommé...
Affirmation péremptoire qui n’engage que vous.
Pour cela, on embauche des milliers de natifs anglophones (à quel coût ?), alors même qu’on diminue régulièrement le nombre de postes dans l’Éducation nationale, qu’on démantèle le Rased (Réseau d‘aide et de soutien aux enfants en difficulté). Tout cela n’a pas de sens : on sabre dans le budget de l’Wducation nationale pour favoriser le développement du business privé de l’anglais !
Ici, point (2)
« 67 assistants étrangers, en grande majorité anglophones, viennent d’arriver dans la Loire. Leur mission, aider les élèves, du primaire au secondaire, à s’exprimer à l’oral » (Le Progrès)
« des milliers », c’est 67 ?
Il est bien précisé dans l’article que ces assistants n’ont « pas vocation à enseigner », mais seulement à parler et à faire parler les enfants en anglais. Ce sont des citoyens lambdas, dont la principale qualité est d’être natifs anglophones !
Et alors ?
Voilà à quoi a abouti cette calamiteuse réforme du primaire : imposer l’anglais (pas de choix organisé) à la plupart des enfants, lutter contre le chômage en GB, et diminuer le financement des écoles au profit de boîtes à anglais et d’assistants anglophones...
A défaut de devenir « fluent », nos chers petits auront au moins appris ce qu’est le « business » !
Et alors, encore ?
Enfin, vouloir faire de tous les Français des bilingues (comprenez français-anglais, même si cette fois, on a pris garde de parler de « langues » et non d’anglais) est soit une illusion, soit un mensonge démagogique.
Pour une fois je tombe d’accord avec vous, c’est un mensonge, que je préfère qualifier de politique. Evidemment, tout le monde a bien compris qu’il s’agit ici d’enseigner l’anglais aux enfants, tout simplement parce que c’est la langue la plus utile pour le commerce. Mais on ne peut pas le dire ouvertement, car en France, il existe depuis toujours une forte anglophobie, ainsi que dans certains milieux, l’illusion tenace que la France est une grande puissance et que le français est une langue internationale. D’où l’utilité de parler de « langues » en employant un euphémisme assez ridicule, je le concède, mais qui a sa raison d’être.
Un récent article du Monde, « La langue arabe chassée des classes », vient à point nommé illustrer l’illusion que l’on peut « faire apprendre » une langue étrangère !
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L’arabe est une langue difficile. Voici sans doute où il faut chercher les raisons de sa désaffection, plus que dans un complot dont vous n’apportez aucun élément de preuve.
Le cas de l’allemand à l’école a pourtant bien montré les limites de la planification :
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Certes, on a réussi à remonter les chiffres jusqu’aux enivrions de 15% :
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La raison de cette bonne tenue de la langue allemande, ce n’est pas la volonté politique, ni les traités européens, ni le zèle missionnaire d’Arte. C’est Tokio Hotel. Les jeunes (surtout les jeunes filles) veulent apprendre l’allemand car cette langue est illustrée par un phénomène culturel qui les attire. A méditer.
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Sachant que la motivation est le facteur essentiel de l’apprentissage d’une langue étrangère, il est vain en ce domaine de croire possible le pilotage du cerveau d’une population scolaire tout entière !
Effectivement, c’est à très juste titre que vous soulignez ce fait : la motivation est le facteur essentiel. Mais vous noterez que cette révélation va à l’encontre de votre thèse, à savoir que l’anglais est « imposé » à la jeunesse ; bien au contraire, les jeunes constatent que l’anglais est utilisé quotidiennement autour d’eux, dans les films, les séries, la musique, les jeux vidéo, ce qui crée une appétance pour cette langue. Leurs parents savent que de surcroît, elle est utile ô combien dans la vie professionnelle. Que le gouvernement l’encourage ou non, le résultat serait le même : l’anglais, s’impose de lui-même.
— Il faudra un jour admettre que les langues étrangères ne sont pas une matière scolaire comme les autres, tout simplement parce qu’il s’agit d’autant de matières qu’il y a de langues.
Là où un seul prof de chimie suffit (par exemple), il faudra trois, voire quatre profs de langue : anglais, allemand, espagnol, etc. autant que de langues qu’on veut proposer dans l’établissement...
Ici, point (3). Voici qu’encore une fois, vous pointez du doigt avec justesse les difficultés logistiques liées à l’enseignement d’une langue, on aimerait autant de lucidité lorsqu’il s’agit de l’espéranto.
[...]il faut réviser à la baisse tous les objectifs délirants entretenus par la propagande européenne qui prétend qu’un mythique multilinguisme généralisé évitera le tout-anglais.
Encore une fois, vous faites semblant de découvrir avec horreur ce que tout le monde sait depuis des lustres. Bel enfonçage de porte ouverte.
[...] Que la plupart des gens n’ont ni le temps ni l’envie d’apprendre une langue étrangère à un bon niveau, ni l’occasion de pratiquer régulièrement, étant déjà fort occupés par leur propre travail, le remboursement des emprunts, les réparations de la bagnole, et j’en passe... Qu’on veut regarder un bon film doublé en français, et non prendre des cours du soir toute sa vie ! Ou au moins avoir le choix de la VO ou VF.
Ah, oui ! Pourquoi tout le monde devrait-il devenir traducteur-interprète quasi-professionnel, alors qu’on ne demande pas aux polyglottes et traducteurs de devenir chimistes, plombiers, jardiniers ou architectes ?
Outre le fait que vous caricaturez honteusement les positions adverses aux votres, car personne n’ambitionne de former une génération de traducteurs, je note que vous rejoignez ici les positions droitières, chères à notre Président, de l’enseignement utilitariste, qui s’éloigne du développement de l’individu et de la formation du citoyen pour se consacrer uniquement à fabriquer un ouvrier utile qui restera à sa place. C’est une conception comme une autre de la société. Votre ami Masson approuve-t-il cette nouvelle orientation idéologique ?
— Que la question de la communication dans l’UE est intimement liée à celle des langues à l’école.
ben non.
— Que la question des langues est avant tout politique et bien peu pédagogique, mais que c’est un sujet tabou à cause de la construction européenne.
Ou plutôt, qu’il s’agit d’une question accessoire, qui intéresse peu de monde.
Le dogme, c’est qu’un Européen doit être mobile (un peu à la manière des Marocaines ou des Roumaines obligées d’abandonner leurs enfants quelques mois pour travailler dans des serres surchauffées d’Espagne, au milieu des pesticides, ou des Polonaises routières), et qu’on ne saurait être mobile sans anglais.
Ou comme les ingénieurs financiers Français expatriés à la city Londres.
Pourquoi ne pas prendre cet exemple-ci, pourquoi parler des miséreux des Balkans ?
Houla ! Pourquoi tant de pessimisme, me direz-vous ? Pas du tout. Ce sont des problèmes multifactoriels, mais assez simples : il existe d’autres possibilités de réforme pour garantir la diversité linguistique et une certaine égalité des peuples au sein de l’UE.
Diable ! Lesquels ??? Ne nous faites pas languir !
Seulement, les lobbys pro-anglais sont monstrueusement influents et empêchent tout débat européen à ce sujet, sous couvert du mantra « multilinguisme » (à répéter jusqu’à en être convaincu).
Non. L’anglais n’a pas besoin de lobby anglais monstrueusement influent. L’anglais est de fait la langue de l’UE car c’est la langue des gens qui voyagent. Vous aurez beau vous agiter, et ça aura beau vous déplaire, vous n’y changerez rien.
La réforme de l’enseignement des langues dont nous avions tracé les contours existe déjà pour partie en Espagne (doc en pdf) :
[...]
Je partage l’avis européen qu’il faut libéraliser l’enseignement des langues, ou mieux : le libérer !
Vous dites exactement l’inverse au point (2) !
Que le choix de la ou des langues étrangères à étudier soit totalement libre, parmi une large palette de langues, pour valider un niveau B1 dans une langue (plus réaliste que B2 au bac pour tous) et un niveau A2 dans une deuxième. Une telle réforme serait plus facile à mettre en place qu’on pourrait le croire, quasiment à coût constant.
Vous dites exactement l’inverse aux points (1) et (3) !
Car rappelons que le coût du tout-anglais est extrêmement élevé, un montant gardé jalousement secret[...]
Si c’est secret, comment savez-vous que c’est extrêmement élevé ?
Le deuxième rapport sénatorial Legendre, huit ans après la série de recommandations faites dans le premier, reconnaît (poliment) l’échec total de la politique des langues – hormis pour les tenants du tout-anglais :
[...]
Vous revoici à défoncer obstinément la même porte ouverte, mais que vous a-t-elle donc fait ?
Dans ce rapport on voit bien les questions, mais où sont les réponses ?
Notre proposition de réforme :
Au primaire, choix entre quatre options : 1. anglais ou tout autre « grande langue » disponible 2. langue régionale 3. Programme Evlang d’éveil aux langues européennes, aux différents alphabets 4. Espéranto.
Pour l’anglais et les grandes langues, un enseignant peut tourner sur plusieurs écoles primaires. Pour Evlang, un enseignant intéressé peut s’en charger après quelques stages, car il utiliserait un riche support pédagogique. Pour l’espéranto, l’enseignement est largement plus facile que pour les langues classiques et le PDE (instit) tournerait là encore sur plusieurs établissements.
Le choix existe déjà, et vous feignez de l’ignorer. Pour ce qui est de l’éveil aux langues européennes, vous notez au point (3) que chaque langue est une matière spécifique, et là, vous nous dites le contraire ! Pour ce qui est de l’espéranto, il faudra me dire où vous trouvez les professeurs, sachant que vous vous insurgez déjà contre les « pékins moyens » qui n’ont d’autre qualification que d’être anglophones natifs pour devenir assistants. Et les langues régionales, je crois savoir qu’elles sont proposées partout où la question se pose, et qu’elles ne rencontrent pas grand succès, car la plupart des parents préfèrent imaginer leurs enfants devenir ingénieurs plutôt que « trouveire » ou « pastourel ».
Au secondaire : libre choix de langues, parmi celles proposées dans l’établissement, ou à l’extérieur, dans les associations parentales (type aide aux devoirs), les boîtes privées,
N’est-ce pas vous qui vous insurgiez contre ces boîtes privées ?
les Instituts de langues gérés par les pays étrangers, et les familles (ce qui serait une vraie valorisation des langues de l’immigration.
Seule obligation : valider un niveau B1 dans une langue (plus réaliste que B2 pour tous les bacheliers), A2 dans une autre.
Vous aussi, vous êtes partisan de la politique du chiffre ? Décidément, la mythologie sarkozienne vous marque beaucoup.
L’aspect culturel, inévitable critique des langues vues sous le seul angle de la communication, peut être élaboré par l’Éducation nationale, sous la forme d’un programme mis à disposition sur Internet, sous réserve d’être réaliste, correspondant à ce que les élèves savent réellement de la culture anglophone en terminale...
LOL... WUT ?
La validation du niveau restant dans tous les cas l’apanage de l’Éducation nationale. Les progrès technologiques sont tout à fait adaptés à une telle réforme, les fameuses TICE (technologies de la communication, visioconférences, etc.), comme on le voit dans cet article de La dépêche.
???
Encore une fois, la question des langues n’est nullement pédagogique, mais politique[...]Libérez les langues vivantes !
J’avais un condisciple, fils d’inspecteur d’Académie, qui avait pris en langues latin et grec. Il se destinait à des études littéraires classiques, ça tombait bien. En tout cas il n’en est pas mort, je crois savoir qu’il est devenu prof d’université. Qu’avez-vous donc contre les langues mortes ?