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Pour une décroissance anti-autoritaire

Face à la pénurie des ressources fossiles et minérales qui s’annonce de façon certaine, la décroissance va s’imposer à tous. Le problème n’est pas de savoir si l’on est pour ou contre cette échéance, ce qui reviendrait à se demander si l’on est favorable ou non à la rotation de la terre autour du soleil, mais de déterminer la meilleure façon de s’adapter à ce déclin industriel inéluctable sans sombrer dans le chaos ou le despotisme.

Une fois écartée la chimère écolo-capitaliste du développement durable qui se révèlera comme telle lorsqu’il ne s’agira plus de palabrer et de programmer des transitions énergétiques théoriques, mais de constater l’abyssal déficit du « mix renouvelable » par rapport au rendement du fossile, puis de vérifier que le nucléaire ne peut pas faire grand chose sans le socle des hydrocarbures et des minéraux, le seul souci d’importance, au delà de la quête de sa pitance quotidienne, qui agitera les populations sera celui de la réorganisation sociale d’une société privée progressivement de ses principaux moyens économiques.

Les tendances qui se dessinent déjà ne sont guère encourageantes pour les amoureux de la liberté, car la quasi totalité des prospectionnistes autorisés à s’exprimer dans le circuit médiatique renchérissent les uns après les autres dans l’étatisme et le réglementarisme le plus absolu. Imprégné quotidiennement par cette propagande, il apparaît dès lors évident pour le grand public que la seule option possible pour affronter favorablement la décroissance est de se soumettre à un Etat Tout Puissant dirigé par d’éminents technocrates qui se proposent d’encadrer l’individu citoyen dans ses moindres faits et gestes, tant publics que privés, à l’aide d’un arsenal pléthorique de lois, décrets, règlements, consignes, ordonnances, arrêtés, commandements, contraintes, empêchements, obligations, ou ordonnances rigoureux, édictés selon des principes, dogmes, devoirs, catéchismes, doctrines, morale, ou normes incontestables, et générateurs de taxes, impôts, contributions, prélèvements, redevances, tributs ou autres subsides divers.

Cet acharnement étatique transparaît de manière obsessionnelle dans tous les discours prévisionnistes, toutes les matrices projectionnistes et toutes les modélisations socioéconomiques présentées au bon peuple par le système spectaculaire-marchand. Le culte de l’Etat n’a jamais été aussi puissant dans l’histoire de l’humanité qu’en cette aube de crépuscule des divinités industrielles. Nécessaire sans doute pour rassurer les populations en proie à un désarroi présent en filigrane de son comportement encore consumériste pour quelque temps, cette croyance ne souffre pas la contradiction et se contente pour l’instant d’appliquer l’omerta sur toute pensée alternative, tout en se préparant à administrer la question suivie du bûcher aux candidats hérétiques putatifs ou à venir. Ces étatistes compulsifs ne sont ni plus ni moins que des capitalistes mutants dévolus à la tâche, délicate mais déjà bien entamée, de transformer le capitalisme industriel en capitalisme d’état et de convertir les bénéfices d’un marché en fin de vie en recettes fiscales prélevées sans effort sur une population consentante. Totalement maîtres des moyens de communication et médiatiques actuels, ces futurs despotes de la civilisation à venir étouffent dans l’œuf toute velléité contradictoire tant leurs discours sont péremptoires et cautionnés par une clique scientifique officielle et bien rémunérée.

La diminution spectaculaire du niveau d’autonomie de responsabilité des populations corrélative à la mise en place des nombreuses prises en charges sociales depuis 40 à 60 ans à peine, facilite l’implantation dans l’inconscient collectif de l’idée qu’aucune société ne peut fonctionner durablement sans avoir recours à un puissant centralisme législatif et exécutif, incluant un transfert progressif des responsabilités individuelles vers celles de l’Etat. En d’autres termes, toute pensée s’appuyant un tant soit peu sur des idées anti-autoritaires est perçue par l’homme de la rue comme un ferment insupportable d’anarchisme, lui même assimilé à l’expression du chaos et à l’avènement automatique de la loi du plus fort.

L’idée anti-autoritaire reste donc largement marginale de nos jours, voire groupusculaire et constitue un repoussoir d’autant plus efficace pour le système capitaliste que ceux qui la prône n’ont pas encore su (ou voulu) se départir des stéréotypes du vieil anarchisme du 19ème siècle, de son discours utopique, de sa revendication simpliste et même parfois de son activisme terroriste.

Et pourtant, il peut ne pas être impossible que les masses elles même finissent par douter de la crédibilité et de la vertu d’un Etat Tout Puissant alors que le dogme de la croissance que celui ci avait élevé au niveau de culte indéfectible, commencera à se lézarder de toutes parts par l’action conjuguée de la raréfaction de l’énergie et des minéraux contrairement aux pronostics rassurants de ses grands commissaires. Au minimum, un doute salutaire devrait s’installer dans les esprits, propice une diffusion plus attractive de pensées alternatives remettant en cause l’axiome de l’Etat omnipotent. La réflexion anti-autoritaire s’articulerait alors dans un cadre et autour de principes précis.

Cadre de la réflexion antiautoritaire :

1. Références et terminologie : la pensée antiautoritaire est avant tout une recherche de la liberté et du bonheur. Sur le plan économique, elle passe en priorité par la lutte contre l’exploitation de l’homme par l’homme, perpétrée de nos jours par le capitalisme mondial. Il convient de bien garder en mémoire que les anti-autoritaires furent majoritaires au sein de la Première Internationale ouvrière s’opposant au capitalisme bourgeois naissant de la deuxième moitié du 19ème , avant que le pragmatisme et le sens de l’organisation de Karl Marx et Friedrich Engels ne prennent le pas sur les démarches plus aléatoires de Proudhon et Bakounine. Bien que revendiquant la référence à ces deux idéologues, auxquels il faudrait ajouter Kropotkine et Malatesta, la pensée anti-autoritaire moderne doit éviter d’utiliser le terme « anarchie » dont la double connotation utopique et terroriste rendrait beaucoup plus difficile la crédibilité de son argumentaire auprès des masses.

2. Moyens d’action : la pensée antiautoritaire ne doit jamais s’exprimer de façon violente, ni même ostensible. Le rejet de l’autorité de l’Etat n’implique aucunement l’action répressive envers lui, ni la mise en place de manifestations publiques. La diffusion des idées antiautoritaires n’est pas compatible avec quelque forme de harcèlement que ce soit (distribution intrusive de tracts, propagande hâbleuse, etc…), elle doit s’effectuer dans la retenue, le calme et la sérénité et prendre une forme politique dans le cadre des institutions et des pratiques électorales existantes. Les vertus de la persuasion et de l’exemple seront préférées à celles de la démonstration tapageuse. Ce mouvement doit se doter d’un laboratoire d’idées au sein duquel la doctrine prendra sa forme opérationnelle grâce à l’apport mutualisé de chaque membre et une synthèse réalisée par un comité coordinateur. Cette organisation pourrait prendre le nom d’ « Internationale Antiautoritaire », s’exprimer par l’intermédiaire d’un site internet doublé d’une revue papier et se réunir en sessions pluriannuelles en différents lieux.

Principes de la réflexion antiautoritaire :

L’autorité n’est pas condamnable en soi mais elle ne doit pas s’exercer sur l’individu dans sa sphère privée. En effet, il semble inimaginable de rejeter l’existence d’une sphère collective dans une société un tant soi peu évoluée et, à l’intérieur de cette zone clairement définie, il est évident qu’une loi doit exister, ainsi qu’une autorité pour la faire respecter.

L’exercice de l’autorité doit donc répondre à deux principes :
· S’appliquer uniquement à l’intérieur de la sphère collective (domaine public), d’où il découle qu’une liberté individuelle totale est instituée l’intérieur de la sphère privée
· Se limiter à faire appliquer la loi, à l’encontre d’éventuels contrevenants, par des actions de police et/ou des décisions de justice, d’où il découle que l’autorité est privée de tout pouvoir législatif.

Les lois doivent donc être peu nombreuses, énoncées dans la Constitution de la société Antiautoritaire et non modifiables sauf par un référendum populaire à une majorité de 90%.

Principes de la Constitution antiautoritaire :

Domaine de l’Etat :
Par la volonté du peuple, un Etat central est crée à qui est confié un secteur économique marchand comprenant notamment la fabrication et la vente d’énergie, les transports ferroviaires, aériens et routiers et la grande industrie. Ces biens et services sont proposés onéreusement aux individus citoyens. Avec les bénéfices réalisés lors de la vente des produits de ce secteur public marchand, l’Etat fournit aux individus citoyens des services gratuits comprenant notamment la santé, l’éducation, la police et la justice. Les bénéfices réalisés lors de la vente des produits du secteurs public marchand constituent les seules recettes de l’Etat, à l’exception de toute fiscalité. L’Etat est dirigé par une équipe renouvelable tous les 5 ans lors d’élections nationales à la proportionnelle intégrale.

Domaine de l’Individu :

Les individus sont libres de contracter entre eux tout type de contrat dans le domaine privé ou professionnel après que la constitution ait déterminé clairement et sans ambiguïté la délimitation entre la sphère collective (domaine public) et la sphère individuelle (domaine privé et professionnel). Cette délimitation est de la plus grande importance car elle détermine le champ d’application de l’autorité sur l’individu.

La constitution doit ensuite énoncer de la manière la plus précise et la plus concise possible les seuls principes limités où la société devra avoir recours à l’autoritarisme. De l’application stricte des ces principes découleront des cas concrets qui ne seront pas exposés car l’interprétation de ces mêmes principes doit être d’une clarté limpide. Il s’agit bien évidemment du respect de l’intégrité des personnes et de leurs biens. En conséquence, les atteintes directes à l’intégrité des personnes et de leurs biens seront déclarées illégales et réprimées par la force publique, alors que les atteintes indirectes, telles que définies par la loi actuelle ne seront pas prises en compte.

Défiduciarisation de la société :

La capitalisme étatique en vigueur actuellement est le principal fauteur d’autoritarisme, il convient donc, après avoir rééquilibré constitutionnellement les attributions de l’Etat, de prononcer la déchéance pure et simple du capitalisme par une action législative non violente et non coercitive mais de nature « abolitionniste », comme le seront d’ailleurs toutes les mesures adoptées pour établir la société anti-autoritaire. Il s’agira, en l’espèce d’abolir la loi scélérate qui permet au capitalisme d’exister, à savoir la loi garantissant les transactions argent/argent. Il convient donc que la société antiautoritaire garantisse uniquement les contrats entre individus de type monétaire, c’est à dire établissant un échange entre un bien ou un service et une somme d’argent, à l’exclusion de tout contrat de type financier, c’est à dire établissant une échange entre une somme d’argent et une autre somme d’argent. Cette mesure simple et radicale ne rend pas illégales les transactions financières, mais celles-ci relèveront désormais du seul domaine privé, et ne seront validées par aucune loi, ni tribunaux. Ceci constituerait la fin du capitalisme, plus sûrement et plus pacifiquement qu’une révolution armée, dont les antiautoritaires ne veulent pas.




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