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2. Pourquoi cette guerre ?

Les causes de toute guerre sont multiples et souvent contradictoires. Il serait par exemple puéril d’affirmer que le partage colonial était la seule source de la première guerre mondiale, ou que les mobilisations, par leur dynamique, la rendraient inévitable. Les guerres médiques, tout comme celle du Péloponnèse étaient le résultat d’un long processus et l’articulation de peurs et d’excès hégémoniques qui n’en sont pourtant que la conclusion, l’acte final d’une multitude d’impasses et de frictions concernant deux interprétations antagonistes de l’utilisation de l’espace. 

Dans chaque camp, pratiquement toujours, il existe des exaltés, des timorés, des revanchards ou des belliqueux, et c’est la victoire des uns sur les autres qui décide ou pas d’un conflit. C’est aussi l’évaluation de la passivité ou de la clairvoyance active de l’autre camp qui participe à la décision. Enfin, il y a toujours des prémices, des fronts secondaires, des tests, des résistances, qui influent sur le conflit, l’arrêtent ou le perpétuent. Celui-ci prend presque toujours la forme d’une redistribution de cartes voulue ou à empêcher.

La géopolitique et les géostratégies y découlant visent à identifier, comme dans une bataille, les points forts et les points faibles de l’espace mis en cause, les portes d’entrée (pour le meilleur) et les sorties de secours (pour le pire), les points de non-retour et ceux du règlement au moindre prix.

C’est sous ces angles ancestraux, qu’il faut évaluer la situation actuelle et décider si on est en guerre, si on en est qu’à ces prémices, s’il existe un point de non-retour et quelles sont les capacités présentes pour l’éviter. Bref, sommes nous à l’aube du processus, en plein dans son évolution géopolitique, parlons-nous d’une guerre déjà perdue ou d’un conflit qui, conscient d’en être un, reste gagnable. 

Le fait que l’ennemi, qui peut prendre plusieurs noms (finance, nouvel ordre mondial, suprématie américaine, choc des empires modernes, etc.), paraît d’emblée irrationnel ou suicidaire n’influe en rien sur ces capacités guerrières. En d’autres temps et une autre guerre, réelle et classique, celle qui opposa les forces de l’Axe aux Alliés, l’irrationalité initiale germanique et nippone ne faisait aucun doute, on pourrait même dire que la conclusion du conflit était écrit, sans pour autant que cela suffise à l’éviter.

Par contre, tout conflit rationnel s’inscrivant dans une logique conquérante (expansion arabe, invasions mongoles, raids vikings, guerres de l’unification chinoise, guerre du Vietnam, guerres impériales visant l’Afghanistan et l’accès aux mers chaudes, etc.), s’arrêtent dès lors que le coût du conflit devient plus important que ce qui est espéré du conflit lui même.

Par ailleurs les avancées technologiques mettent toujours un frein au conflit dès lors que les réformes militaires, nécessitant des réformes sociales adéquates ne suivent pas : hoplite, phalange, obus à fragmentation, cavalerie légère, archers longs (Bowman), et, bien plus près de nous, bombe atomique. Dans ces cas, la mise à niveau des outils militaires, souvent faites au contact de l’ennemi, glacent le conflit. De nos jours, l’information, la communication, l’expertise financière, l’anti discours, le savoir faire et la bonne connaissance des outils et des produits financiers sont des armes « saisies » chez l’ennemi, et parfois elles peuvent ralentir le processus guerrier. Tout comme la bonne connaissance des relais politiques de l’agresseur, l’occupation et la contestation de son espace d’expression.

S’agit-il vraiment d’une guerre ? Il faut poser cette question aux fonds spéculatifs, sur la forme et sur le fond : N’attaquent-ils pas la zone euro ? Ne commencent-ils pas leur offensive par un point faible bien choisi (la Grèce) et qui vise la contamination, par paliers, du reste de l’Europe  ?  Dans un autre registre, qui a tout à voir, les menaces de la troïka ne sont-elles pas perçues du moins par le peuple grec comme un ultimatum, contre lequel il se mobilise se référant constamment au fameux NON de non recevoir aux forces de l’Axe ? Ne traite-t-il pas les partis qui ont accepté le mémorandum comme il traitait les collaborateurs aux forces occupantes ?  

Ceux qui occupent New York, puis toutes les grandes cités occidentales, ceux qui s’indignent, ceux qui, comme au Front de Gauche, choisissent comme slogan central le mot résistance, n’indiquent pas, qu’au moins pour eux, la crise financière est perçue comme une guerre ?

Si ces mots, ces expressions belliqueuses se situent au niveau du symbolique, il en est tout autrement pour la guerre des monnaies, bien réelle et qui oppose trois modèles : une banque centrale distributrice et créatrice de monnaie (USA) agissant à l’encontre d’une théorie monétaire qu’elle a elle-même imposé au reste du monde ; une autre qui n’arrive pas à jouer son propre rôle, faute d’aboutissement d’un projet politique (Europe) et une monnaie cyniquement sous-évaluée et qui le reste faute de contestation suffisante de la part de ses « concurrents » et néanmoins « associés » (Chine).

Chacun de ces trois systèmes reste prisonnier de ses propres contradictions et de leur interaction. Il en résulte un « essoufflement  » de leurs visées impériales, qui se traduit par des offensives normatives antagonistes sur le reste du monde et des réactions de la part du marché, outil qui profite de cet essoufflement politique pour atteindre une autonomie certaine.

A suivre : 3. Les guerres dans la guerre




par Michel Koutouzis (son site) samedi 26 mai 2012 - 15 réactions
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Les réactions les plus appréciées

  • Par chapoutier (---.---.---.91) 26 mai 2012 07:59

    bonjour l’auteur
    vos textes sont toujours intéressants et pour répondre à pourquoi cette guerre ? 

    probablement pour permettre au système capitaliste sous perfusion de poursuivre sa lente agonie.
    la perfusion dont dépend le système est le pillage des peuples et des nations, notamment par la destruction des conquêtes sociales pour réduire les déficits budgétaires afin de payer les interets de la dette.

    que le système agonise n’est pas dérangeant en tant que telle, mais les peuples en payent les conséquences.

  • Par alberto (---.---.---.79) 26 mai 2012 12:57
    alberto

    Voilà une saga qui s’annonce palpitante et en quasi-direct !

    Quelques petites remarques :

    1- Substituer le vocable « spéculateurs » à celui de « marché » : cela éclaire le débat...
    2- Preuve de ce que j’annonce ci-dessus, ces spéculateurs (autrement dit les « marchés ») ont inventé une règle à laquelle n’avaient non plus pensée les inventeurs du Tiercé : non seulement on peut jouer un cheval gagnant, mais on peut aussi le jouer perdant pendant le temps de la course, chouette non ?
    3 Quand vous remettez vos petites économies à votre banquier, celui-ci en fait ce qu’il veut,et votre fric a toute probabilité se finir aux iles Caïmans ou se refaire une virginité, après boni de 50 à 200% , aux iles Vierges : après 12 mois, votre banquier vous versera les 3% promis.
    4-Pour revenir au fond de l’article, la Finance Internationale est devenue une Cour des Miracles où les bandes du Dollar, du Yuan, de l’Euro s’observent, puis se déchirent, puis s’associent les uns contre les autres se trahissent etc, tandis que leurs mercenaires poursuivent leurs raids chacun de leur côté pour ratisser les populations laborieuses...

    Attend la suite avec intérêt M. Koutouzis et merci pour cet épisode.

    Bien à vous.
     

  • Par Le Yeti (---.---.---.240) 26 mai 2012 13:36
    Le Yeti

    « Les causes de toute guerre sont multiples et souvent contradictoires. »

    Heu ... Non. Là tu parles des prétextes des guerres. La raison des guerres, il ne faut pas se voiler la face, il n’y en à qu’une seule et unique, toujours la même : piller les ressources de l’autre. Le reste n’est qu’intendance.

    Exemple : superposez la carte des implantations des « braves libérateurs démocratiques » américains dans ces pays de « sauvages dictatoriaux » (pour parler comme les merdias ..) avec celle des réserves connues de pétrole ? Hôooo ...

    Et pour aller plus loin : qui à financé Napoléon et Hitler, deux grands pacifistes s’il en est ?  ;o)

    PS : en tout cas un article comme je les aime, qui n’a l’air de rien mais qui pique là où il faut. ;o)

  • Par Lisa SION 2 (---.---.---.137) 26 mai 2012 14:45
    Lisa SION 2

    veBonjour MK,

    vous dites " tout conflit rationnel... ...s’arrête dès lors que le coût du conflit devient plus important que ce qui est espéré du conflit lui même." dans les cas de L’Iran, deuxième producteur de gaz et voisin immédiat des russes, l’enjeu est de taille et justifie la bataille, quel qu’en soit le prix. Les USraëliens moteur du nouvel ordre mondial jouent leur dernière carte avec la planche à billet plus qu’épuisée pour assurer le changement de continent auquel ils sont obligés vu l’état de délabrement et de pollution morale et environnemental de leur peuple et leur terre...Ils se comportent comme des drogués risquant un dernier shoot avant d’émigrer vers leur future base, en territoire sibérien mongol et autre Kazakhstan vierge pour s’infiltrer en douce vers les nouvelles bases secrètes de leur arche de Noé du futur après la solution du grand nettoyage final.

    Le coût dans ce cas n’a pas d’intérêt puisque nous les paierons...

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