Le droit à l’éducation contient comme contrepartie le devoir d’étudier avec vigueur. Ce n’est que ceux qui ont fait preuve de leur envie d’étudier pendant les trois premières années de l’université qui devraient avoir le droit de continuer au niveau Master. Je donne ici l’avis d’un prof de base, partagé par beaucoup de collègues.
La nouvelle réforme de l’université pourrait déplacer ou plutôt permettre aux universités de déplacer la sélection à l’entrée du M1 (bac + 4) plutôt que du M2 comme il existe maintenant.
A priori, le problème n’est que technique. La sélection existe déjà, on voudrait simplement la rendre cohérente avec la réforme LMD des universités qui a déjà eu lieu. La scolarité est maintenant divisée en trois cycles : Licence (Bac + 1, 2, 3), Master (Bac + 4, 5) et Doctorat (Bac + 8). Il est logique de déplacer la sélection à l’entrée d’un cycle plutôt que de la laisser au milieu de celui-ci.
Mais de façon plus générale, est-il juste d’instaurer une sélection ?
Le droit à l’éducation est un droit fondamental. Plus nos sociétés ont progressé technologiquement,
plus la durée garantie de l’éducation s’est allongée. Cependant, les
droits vont de pair avec des devoirs. En effet, pendant sa période de
formation, l’étudiant ne produit pas, mais consomme la production que
d’autres (la société dans son ensemble) lui accordent. Ceci est un
investissement de la société à long terme puisque les personnes
éduquées auront une plus grande productivité et formeront de meilleurs
citoyens.
La société finance donc l’étude de ses jeunes ; en
contrepartie, les étudiants s’engagent à travailler et à étudier. En
aucun cas, la période d’études universitaires ne peut être des vacances charitables
payées par l’ensemble des citoyens.
Dans le système universitaire français, une partie des étudiants ne remplit pas ses devoirs. Une proportion non négligeable des étudiants est là non pas parce qu’elle a envie d’étudier, mais parce qu’elle ne saurait pas quoi faire d’autre. Aucune honte à cela, on peut considérer que la période de recherche de soi et de ce que l’on a envie de faire fait pleinement partie de la formation. Mais on peut estimer que trois années sont amplement suffisantes pour cette recherche. Si les étudiants n’ont pas démontré après cette période qu’ils sont aptes à continuer les études, la société n’a pas à gâcher ses ressources à les maintenir dans le statut privilégié de l’étudiant. C’est la caissière de Carrefour et l’OS de Renault qui paient ces études en travaillant.
Il faut enseigner dans les facs pour se rendre compte de l’apathie de beaucoup d’étudiants. L’étudiant moyen-inférieur ne consulte pas les bibliothèques, ne travaille pas individuellement, assiste aux cours avec un ennui profond affiché sur son visage et consulte de temps en temps son téléphone portable sans même trop se cacher. Nous les professeurs avons organisé un système de connivence où, malgré tout, on leur assure un diplôme : il existe le contrôle continu ; ensuite l’examen final où l’on retient la meilleure entre la note finale et la moyenne de celle-ci avec la note du contrôle continu ; ensuite, il y a la session de rattrapage pour ceux qui ont échoué à l’examen. Enfin, un système de compensation entre les divers cours permet à l’étudiant de passer s’il assure une moyenne générale autour de 10. Ajoutons à cela que les professeurs ajustent les notes de chaque examen : si trop d’étudiants n’ont pas la moyenne, on gonfle toutes les notes pour ramener la moyenne autour de dix. Je peux avoir des étudiants qui débarquent à mon cours de mathématiques en L3 et ayant tellement bien joué le jeu des compensations qu’ils n’ont même pas le niveau d’un bachelier en mathématiques. Le système va leur permettre d’obtenir la Licence, on ne va pas les laisser échouer si proches du but. Mais doit-on leur permettre de continuer au niveau supérieur ? Le diplôme de Licence que nous leur avons accordé avec largesse doit-il constituer la porte d’entrée en M1 ? N’a-t-on pas le droit de trier et de ne sélectionner que ceux qui ont travaillé dur pendant ces trois années et qui ont montré leurs mérites sans profiter des largesses des systèmes de compensation ?
Si on ne sélectionne pas, on transforme la solidarité en assistanat. Sous des slogans de bien-pensance et de "tout le monde il est beau tout le monde il est gentil", et "le droit fondamental à l’éducation", on laisse pourrir le système.

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Né en 1966 Métier : Chercheur Scientifique
Voir ses articles, sa fiche et ses statistiquesJe tiens à préciser que je ne parle que de ce que j’ai vu... Il y a certainement de bon (...)
02/07 15:10 - Nicolas L@Nicolas P.S.-Quand l’HDR a été créée il y a eu une flopée de mini-dossiers qui sont (...)
02/07 13:43 - armand@Nicolas ça me semble être des fautes vénielles par rapport aux tares de la plupart des (...)
02/07 13:41 - armandL’HDR est souvent qu’un resucé de la thése agrémenté des quelques articles qui (...)
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02/07 08:15 - Nicolas L