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Pourquoi la libération d’Ingrid Betancourt me met mal à l’aise

Ma tâche est difficile, puisque je dois me livrer à une analyse critique de ce qui constitue un événement formidable, fabuleux, émouvant, inattendu, etc., j’en passe et des meilleures.

Tout d’abord, pour lever toute ambiguïté, la libération d’Ingrid Betancourt est sans conteste une bonne nouvelle pour elle et sa famille. La prise d’otage constitue le pire des terrorismes, le plus pénible, le plus inique, le plus cruel. Rien ne justifie, et rien ne pourra jamais justifier de telles exactions. Personne ne peut prétendre imaginer l’enfer qu’elle a vécu, personne ne peut comprendre la souffrance extrême de ses enfants pour qui l’attente fut interminable. Ce qui est contestable en revanche, c’est la dimension politique et nationale donnée à cet événement.

Il convient de souligner la responsabilité prise par Ingrid Betancourt dans son enlèvement. Bien sûr que ce dernier est inqualifiable, bien sûr qu’elle ne méritait pas cela. Mais son positionnement politique extrêmement fort faisait qu’elle connaissait parfaitement les risques encourus. Dès lors, pourquoi les médias ont-ils érigé Ingrid Betancourt en victime absolue ? Pourquoi n’ont-ils pas, ou du moins pas suffisamment contextualisé la chose ?

Je prends des risques, et je l’assume, en disant que la place médiatique accordée à la détention d’Ingrid Betancourt était franchement démesurée. Bien évidemment, il fallait en parler, mais pas de la façon dont cela s’est fait. Le peuple colombien n’a pas attendu Ingrid Betancourt pour subir la violence des Farc. Attribuer le monopole de la souffrance à Ingrid Betancourt fut quelque peu gênant.

Une autre question se pose : cette affaire était-elle l’affaire de la France ? Je ne le crois pas. Pas du tout. Faut-il rappeler qu’Ingrid Betancourt est avant tout Colombienne, et que l’action qu’elle mène était au nom du peuple colombien. Que les Français s’émeuvent du sort d’une Franco-Colombienne est tout à fait louable, mais rien ne justifiait que la France s’engage à ce point pour la soutenir.

La France peut-elle et doit-elle développer de tels moyens à chaque fois qu’un ressortissant français joue les aventuriers aux quatre coins de la planète ? La question peut paraître choquante, mais elle mérite d’être posée. Les Français doivent-ils être pris à témoin de façon aussi forte lorsqu’un de leurs compatriotes prend des risques dans un environnement géopolitique qui leur est totalement étranger. Qui, en France, se soucie réellement de la question colombienne, du narcotrafic, des paramilitaires, des Farc, de la corruption ? Qui s’intéressera à l’après-Betancourt ?

L’instrumentalisation, pour ne pas dire la récupération faite par le président, Nicolas Sarkozy, et par les médias français ne manque pas de culot. La France a eu beau jeu de s’agiter, de vociférer, et de s’indigner pendant ces années ; la France a eu beau jeu de s’attaquer systématiquement à l’attitude d’Alvaro Uribe, quitte à se bécoter avec l’infréquentable Hugo Chavez (qui exigea que l’Union européenne cesse de considérer les Farc comme une organisation terroriste !). Faut-il rappeler qu’Alvaro Uribe a perdu son père, tué par les Farc en 1983 ? Il n’était donc pas moins concerné que d’autres par le sort des otages. Sa position était, je trouve, tout à fait acceptable sur un plan moral pendant toutes ces années : pas de négociation avec des terroristes, sous aucun prétexte. N’en déplaise à la France, la libération est le fait de l’armée colombienne et du président Uribe, point final. Etant donné le déferlement de critiques qui a jalonné la politique d’Uribe pendant ces six années de détention, ce dernier peut être fier de cette réussite.

L’exploitation faite par Robert Ménart, Nicolas Sarkozy, artistes et autres saltimbanques était obscène. S’approprier la souffrance d’une personne finalement si lointaine fut indécent parce que superficiel. Les égocentriques de tous les combats du boulevard Saint-Germain n’ont pas le droit de se donner en spectacle ainsi.

Les retrouvailles d’Ingrid Betancourt avec sa famille et ses amis sont une affaire privée, exclusivement privée. En diffuser les images, et les considérer comme un fait national est choquant. Nous n’avons pas à regarder ces instants qui leur appartiennent, simple question de pudeur. De manière générale, je trouve cela toujours déplacé de voir un ministre accueillir des otages libérés (pour ne pas citer Bernard Kouchner), s’attribuant des mérites qu’il n’a absolument pas, et sortant ostensiblement de son rôle.

J’entends dire ici ou là que cette libération est un symbole, et que c’est là l’essentiel. Et bien justement, c’est ce recours démesuré aux symboles qui devient choquant et déplacé, puisqu’il a tendance à dissimuler les véritables enjeux, et donne l’impression désagréable du deux poids deux mesures.

Pourquoi n’a-t-on pas ou presque pas entendu parler des autres otages, colombiens et américains, retenus eux aussi depuis des années ? Cela m’amène à me poser la question suivante : la vie de telle ou telle personne a-t-elle plus ou moins de valeur. Finalement, n’ayons pas peur des mots, les êtres humains sont-ils égaux ? Pourquoi observe-t-on cette fâcheuse tendance à l’indignation sélective ? Pourquoi est-on plus ému par ce qui se passe loin de nos yeux, que par l’intolérable qui se passe sous nos yeux ?

Par respect pour TOUS les otages des Farc, par respect pour Ingrid Betancourt, par respect pour le peuple colombien, la mise en scène a assez duré. Basta.

Mal à l’aise. Je suis mal à l’aise, car partagé entre un immense soulagement de voir cette femme libérée et ses enfants en larmes, et en même temps dégoûté par l’attitude de ceux qui n’ont pas hésité à détourner les vrais enjeux et à se donner en spectacle.

Mal à l’aise à l’écoute d’Ingrid Betancourt, affirmant que, si c’était à refaire, elle le referait.

Suis-je le seul ?


Les réactions les plus appréciées

  • geo63 (---.---.---.152) 4 juillet 2008 12:08

    Je suis assez d’accord avec l’ensemble de vos arguments, mais j’aurais choisi comme titre :
    "pourquoi l’exploitation de la libération d’Ingrid Bétancourt me met mal à l’aise".
    Quoi qu’il en soit, l’obscénité de la scène médiatique est de plus en plus insupportable.
    Nous allons vers l’émergence d’un royaume absolu de la beauferie.

  • DD (---.---.---.225) 4 juillet 2008 11:41

    Vous dites :

    "Pour ce faire élire, mieux vaut aller dans un pays "pauvre", alors que pour se faire soigner aux frais de la princesse et pour faire éduquer ses gosses, mieux vaut aller dans un pays riche."

    Je partage votre position, je n’ai pas osé aller aussi loin dans l’article par peur d’être censuré, mais il est vrai que les média se taisent sur le fait que la famille Betancourt est riche et célèbre, a toujours mouillé dans la politique et la diplomatie, ce qui a évidemment contribué à l’activisme villepino-sarkozien.

  • Cris Wilkinson (---.---.---.107) 4 juillet 2008 11:31
    Cris Wilkinson

    Pour une fois, nous avons un article réaliste sur la libération de la sénatrice colombienne qui s’était volontairement jeté dans les bras des farcs.

    De plus de quel droit la France, par l’intermédiaire de notre omni-président, peut-il se permettre "d’enlever" un représentant élu d’un état démocratique, pour la seule raison, qu’elle aurait un lien avec notre pays.
    Lien qui pour mémoire elle a abandonné en allant ce faire élire dans un pays où elle n’a jamais élevé ses enfants, ni vécus avec eux.

    Pour ce faire élire, mieux vaut aller dans un pays "pauvre", alors que pour se faire soigner aux frais de la princesse et pour faire éduquer ses gosses, mieux vaut aller dans un pays riche.

    PS : honte à tous les médias français, qui depuis des années ont sciemment passé sous silence la douleur de milliers de familles qui ont un de leur membre capturé par les farcs.

  • mariju (---.---.---.226) 4 juillet 2008 11:58

    On ne peut évidemment que se réjouir de cette libération, et de la fin du calvaire de cette femme. L’auteur le souligne d’ailleurs : "La libération d’Ingrid Betancourt est sans conteste une bonne nouvelle pour elle et sa famille". 

    Mais je suis d’accord pour dire qu’il y a quelque chose de déplacé dans la façon dont cette libération a été traitée par les médias et par les politiques. Et je suis moi aussi partagée entre un sentiment de grand soulagement et de grand bonheur pour cette femme et sa famille, et un sentiment de malaise, presque de suspicion face au caractère trop exceptionnel, trop parfait, trop public et à la fois trop privé de cette affaire. 

    Ce qui ne devrait être qu’une bonne nouvelle porteuse d’espoir se transforme en mascarade indécente. C’est dommage, parce que l’événement ne devrait être que beau, et il en devient, je trouve, malsain...


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167 réactions à cet article

  • Cris Wilkinson (---.---.---.107) 4 juillet 2008 11:31
    Cris Wilkinson

    Pour une fois, nous avons un article réaliste sur la libération de la sénatrice colombienne qui s’était volontairement jeté dans les bras des farcs.

    De plus de quel droit la France, par l’intermédiaire de notre omni-président, peut-il se permettre "d’enlever" un représentant élu d’un état démocratique, pour la seule raison, qu’elle aurait un lien avec notre pays.
    Lien qui pour mémoire elle a abandonné en allant ce faire élire dans un pays où elle n’a jamais élevé ses enfants, ni vécus avec eux.

    Pour ce faire élire, mieux vaut aller dans un pays "pauvre", alors que pour se faire soigner aux frais de la princesse et pour faire éduquer ses gosses, mieux vaut aller dans un pays riche.

    PS : honte à tous les médias français, qui depuis des années ont sciemment passé sous silence la douleur de milliers de familles qui ont un de leur membre capturé par les farcs.

    • DD (---.---.---.225) 4 juillet 2008 11:41

      Vous dites :

      "Pour ce faire élire, mieux vaut aller dans un pays "pauvre", alors que pour se faire soigner aux frais de la princesse et pour faire éduquer ses gosses, mieux vaut aller dans un pays riche."

      Je partage votre position, je n’ai pas osé aller aussi loin dans l’article par peur d’être censuré, mais il est vrai que les média se taisent sur le fait que la famille Betancourt est riche et célèbre, a toujours mouillé dans la politique et la diplomatie, ce qui a évidemment contribué à l’activisme villepino-sarkozien.

    • Loïc Decrauze (---.---.---.213) 4 juillet 2008 23:25
      Loïc Decrauze

      et médiocre commentaire du Wilkinson et sans doute de la brochette qui doit lui emboiter le pas ci- dessous. Minable raisonnement qui voudrait qu’on ne laisse échapper aucun enthousiasme si disproportionné apparaisse-t-il à ses yeux. Restons coincés et n’embrassons aucune cause.

      Votre engagement néant vous amène à accuser cette femme de s’être "jetée dans les bras des FARC" !!! Et on laisse passer ces âneries comme des idées ??? Salir, ça vous savez le faire à merveille. Un fangeux de premier ordre.

      J’ai compris depuis bien longtemps le sens des choses à avoir ici : plus on est "noté" négativement par les censeurs acariâtres du lieu, plus on est dans le vrai. Alors défoulez-vous sur ce qui suit, j’en jubile déjà :

      "Viva la Vida", Ingrid !

      Mercredi soir, vers 21h30, sur Internet, la page d’accueil d’Orange se pare d’un titre inattendu  : Ingrid Betancourt libérée ! Je vais vérifier sur Google actualité : aucun article sur le sujet. Rumeur de mauvais goût, me dis-je, sans songer que la fraîcheur de l’information n’avait pu laisser le temps de développer ce fait majeur.

      Ce n’est que ce matin, par la Matinale de France Inter, que j’apprends la réalité de cette formidable nouvelle. Sa voix claire, affectueuse, d’une douceur maternelle conforte mon enclin pour cette femme. Une Résistante à la Jeanne d’Arc-Moulin, dans une éblouissante synthèse, indéfectible, sure de la noblesse de son engagement, imperméable au cloaque des FARC.

      Finalement, l’audacieuse opération du président Uribe, l’inflexible critiqué y compris par la famille Betancourt, est à l’aune du caractère d’Ingrid l’indomptable.

      Le terre-à-terre et le prosaïque reprendront vite le pas sur l’événement, mais profitons de cette parenthèse pour, sur le dernier air de Coldplay, s’enchanter de cet instant, en espérant qu’il accouchera de multiples semblables pour tous ceux qui restent sous l’emprise du déliquescent mouvement.

      Quarante ans de féroces combats pour une cause diluée dans la criminalité, les FARC s’éteindront après avoir gâché, ruiné, anéanti nombre de vies, car, derrière la flamboyante Ingrid Betancourt croupissent encore des centaines d’anonymes au nom d’une idéologie dénaturée, au remugle crapuleux. Après l’enthousiasme jubilatoire devra s’imposer la justice expiatoire, même si les deux premières têtes de la clique tentaculaire ont connu la sentence immédiate de l’éradication militaire.

      Couronnement pour la courageuse libérée si elle accédait à la présidence colombienne, peut-être en se présentant contre son libérateur…

      Attendons-la, pour l’instant, dans cette France qu’elle chérit tant, pour quelques moments d’émotion dans les grands médias, comme une icône de l’insoumission à l’arbitraire, affective sans fard pour tous ceux qui l’ont soutenue.

      A vous, Madame Betancourt, avec toute mon admiration !

       

    • onegus (---.---.---.230) 5 juillet 2008 01:17
      Onegus

       Magnifique opération d’infiltration des forces spéciales colombiennes ! Leur secret ? Le camouflage ! Ils suffisait d’y penser, un petit accessoire et hop ! les cerveaux ravagés par la drogue des terroristes rouges ne pouvaient qu’être qu’abusés !

      Scoop : les forces spéciales brésiliennes se seraient également proposées mais auraient été remerciés en raison d’un camouflage inadéquat...

      Sinon, c’est quand qu’ils arrêtent de nous prendre pour des cons ?

    • claude (---.---.---.101) 5 juillet 2008 02:22
      claude

      mr wilkinson et l’auteur font un amalgamme des plus navrants : en effet par manque de vérification des éléments avancés, ils s’enmèlent les pinceaux de manière pitoyable :

      • ingrid betANcourt, l’otage libérée a son nom de famille qui s’écrit avec "AN"  , est la fille de Gabriel Betancourt Mejía, deux fois ministre de l´Éducation, (...), puis conseiller de Kennedy[3]. (...)directeur adjoint de l´Unesco (...)jusqu’en 1966. Puis il obtient en 1968 un poste d’ambassadeur de Colombie à l’Unesco. Sa grande œuvre sera en Colombie la création de l´ICETEX, fondation pour le Crédit éducatif, qu’il saura reproduire dans un grand nombre de pays en voie de développement quand il sera Directeur adjoint de l’Unesco. Grâce à Gabriel des millions d´étudiants à travers le monde ont trouvé les moyens de financer leurs études supérieures à l´étranger.
      • Jusqu’à sa mort le 23 mars 2002, Gabriel Betancourt aura été un défenseur de l’éducation. Il est par ailleurs un des membres fondateurs de la Communauté ibéro-américaine et du Parlement latino-américain.( source : fr.wikipedia.org/wiki/Gabriel_Betancourt )
      • et il ya : Liliane BetTENcourt, fille du fondateur de l’oréal, Eugène Schueller, ingénieur chimiste de génie, initiateur de la 3° fortune de france ( www.challenges.fr/classements/fortune.php )
      la famille de l’otage colombien est certes très aisée, on peut même la qualifier de riche par rapport au revenu moyen des colombiens, mais elle l’est bien moins que la plupart des politiques de son pays.
      avant son enlèvement, elle était connue pour son engagement contre la corruption et les enlèvements par les farc, spécialement quand il s’agisssait de rançonner de pauvres gens...
      • quand à ses enfants, leur mère les a éloigné de colombie en raison des menaces de mort qui pesaient sur eux : "

        Mélanie Delloye-Betancourt a cinq ans quand sa mère se lance dans la politique. Malgré la violence et la terreur, Mélanie mène une vie privilégiée en Colombie. En 1996, elle et son frère sont les cibles de menaces de mort, leur mère dénonçant les trafics de drogue en Colombie. Mélanie Delloye part vivre chez son père en Nouvelle-Zélande.

        Elle revient trois ans après et sa mère est élue sénatrice. Elle vit alors entourée de gardes du corps. Íngrid Betancourt crée son propre parti, Oxígeno Verde, et en 2002, elle s’engage dans la campagne présidentielle. Encore en danger, Mélanie repart à Saint-Domingue.(...)"


      je trouve regretable de colporter des ragots de bas étages qui portent atteinte à une personne qui a n’a jamais voulu se soumettre au chantage exercé par tous ceux qui tiraient profit du marché de la drogue ; que cela soit des gens au pouvoir, comme les farc ! et qui n’a certainement pas désiré autant de battage mediatique autour de sa libération !

      que tous ce rafut autour de sa libération vous importune, je le conçois,
      mais rien ne vous empèche de changer de chaine ou d’éteindre votre poste !!!!

      pour info, même les chaines d’infos américaines, passent les reportages sur sa libération en boucle !!!

      enfin, pour finir, quelques sites qui prouvent que les betancourt ne sont que de sales égoïstes qui ne pensent qu’à eux mêmes ! :

      www.4ingrid.com/princ/merci.htm
      • INGRID BETANCOURT UNE OTAGE PARMI TANT D’AUTRES, est la plus connue des 4200 otages en colombie !

      www.20minutes.fr/article/198028/Monde-Retour-sur-l-affaire-Betancourt.php
      • "Qui est Ingrid Betancourt ?
        Née à Bogotá, en Colombie, le 25 décembre 1961, Ingrid Betancourt Pulecio passe la majeure partie de son enfance à l’étranger et surtout en France. Elle y étudie notamment à l’Institut d’Études Politiques de Paris, où enseigne alors Dominique de Villepin avec qui elle se lie d’amitié. Française par son premier mariage,
        elle milite pour les Droits de l’Homme et contre l’injustice, la corruption et les narcotrafiquants."

      www.paris-communiques.com/communique.php
      • Communiqué le 26/12/2006
      • COMMUNIQUE DE PRESSE DE MELANIE ET LORENZO BETANCOURT – DELLOYE



        Aux commandants des Farcs,

        Nous nous appelons Mélanie et Lorenzo Delloye Betancourt. Nous sommes les enfants d’Ingrid Betancourt. Cette année, ce sera pour nous le cinquième Noël sans notre mère qui vous retenez en otage, et cela fait plus de trois ans et demi que nous n’avons aucune preuve de vie d’elle ni de son amie Clara Rojas qui l’a si courageusement accompagnée.

      • Nous ne sommes pas les seuls dans cette situation. Combien d’enfants, de mères et de pères, d’épouses et d’époux, attendent chaque jour une lettre, une vidéo, un signe qui leur démontre que leur être cher est toujours en vie ? Nous, les familles, nous avons lutté avec toute notre force et toute notre âme pour un accord humanitaire dans l’espoir de revoir ceux que nous aimons. Mais cette lutte, nous la menons dans la nuit, dans le silence … Nous continuons à lutter pour ceux que nous aimons sans même savoir s’ils sont toujours en vie. Parce que depuis trop longtemps déjà vous nous refusez une véritable preuve de vie.

      • Pour ce Noël, voilà ce que nous vous demandons : faites un geste d’humanité, donnez nous une preuve de vie de notre mère Ingrid Betancourt, de Clara Rojas e
        t de tous les otages dont on n’a pas eu de preuves de vie récemment.


      ingrid.mangaia.fr/IMG/article_PDF/Melanie-Betancourt-la-petite.pdf.
      • (...) A 21 ans, elle a consacré tous ses efforts et ses larmes à faire connaître à l’étranger, le fléau de la prised’otage en Colombie, à travers l’histoire et l’image de sa mère. « Cela me fait toujours mal quand je vois certainsarticles qui disent que nous luttons uniquement pour ma maman et pour Clara (ndlr : Rojas, collaboratrice d’Ingrid,enlevée avec elle). Et cela me fait mal parce que depuis le début, nous avons réellement tout fait pour égalementparler des autres et faire comprendre que ma maman est un symbole mais qu’il y a 58 otages politiques et desmilliers d’autres pour des raisons économiques ». (...)
      • La France est sa deuxième maison, mais la Colombie continue à être sa patrie, où elle a passé la plus grande partie de sa vie. Ses parents se sont séparés quand elle avait 4 ans, (...) A 11 ans, elle a été obligée, pour la première fois, de quitter le pays à cause des menaces qui planaient surelle et son frère, quand sa mère était congressiste. A 14 ans, elle est revenue et a vécu à Bogota jusqu’à ce qu’Ingridlance sa campagne présidentielle. Depuis lors, elle n’a pas pu revenir mais elle rêve de le faire, tous les jours.(...)
    • Pierre JC Allard (---.---.---.67) 5 juillet 2008 08:34
      Pierre JC Allard

      Nous avons ici deux dossiers qui s’enchevêtrent mais qu’il ne faut pas confondre.

      On a, d’une part, le dénouement d’une des intrigues parmi plusieurs qui constituent la vie politique colombienne. Je connais assez le Colombie pour n’être sûr que d’une chose : ce que l’on voit n’est pas ce qui est au fond des choses, les motifs ne sont pas ceux qu’on prétend et, quand la vérité éclatera,... ce sera un autre mensonge. L’information qui permettrait de comprendre ne sera JAMAIS accessible au public et y réfléchir est inutile.

      On a, d’autre part, un exercice de récupération par la France d’un mérite qui ne semble pas évident. Aux dernieres nouvelles, je crois qu’on disait que, sans la France,Uribe aurait choisi la violence et aurait fait des bêtises... Si on accepte ce role pour la France de Bienveillante Temporisatrice, le rapport Risque/Héroisme semble remarquablement peu onéreux. Multiplions ce genre d’interventions. Commençons tout de suite en Afghanistan, par exemple...

      Pierre JC Allard

    • Soleil2B (---.---.---.99) 5 juillet 2008 14:06
      Soleil2B


       Dis nous un peu Decrauzemarie, tu arrêtes de nous faire des orgasmes en public ?

    • Cascabel (---.---.---.244) 6 juillet 2008 13:18
      Cascabel

      @ Loic

      Le discours d ’Ingrid m’a semblé aussi fort que sincère. Elle avait visiblement l’air heureuse de sortir de ce mauvais pas, et mieux elle se sentait redevable de quelque chose. La foi et la passion l’animait, cela va sans dire. Probablement les FARC, grâce à la politique déterminée du président Uribe, ont été considérablement affaiblis.
      Cela étant dit, nous sommes en droit de nous poser quelques questions. Tout d’abord la santé de l’otage. Ne vous semble-t-il pas étonnant qu’au sortir des griffes de ses ravisseurs elle soit en aussi bonne forme ? N’a-t-elle pas été soignée et mise au repos bien avant son apparation en publique ? Et si c’est le cas, alors pour quelle raison nous racconte-t-on autre chose ?
      Ensuite ce qui est gênant, c’est le grand battage de Sarkozy et de notre classe politique autour de cette affaire. Ils se dépensent sans compter, et pire dépensent sans compter aux frais de la princesse pour la famille Bétancourt. On affiche le portrait d’Ingrid à l’hotel de ville, maintenant qu’elle n’est plus hotage ! On affrète pour ses seuls proches l’avion présidentiel alors que c’est parfaitement innutile.
      Comme si cela n’était pas suffisant, on parle déjà d’une éventuelle rançon de 20 millions de dollars, en partie payée par la France.

      La France se mobiliserait-elle autant pour vous et moi, simples citoyens ?

    • Cascabel (---.---.---.244) 6 juillet 2008 21:33
      Cascabel

      Je faisais mention au discours tenu en Colombie.

  • mariju (---.---.---.226) 4 juillet 2008 11:58

    On ne peut évidemment que se réjouir de cette libération, et de la fin du calvaire de cette femme. L’auteur le souligne d’ailleurs : "La libération d’Ingrid Betancourt est sans conteste une bonne nouvelle pour elle et sa famille". 

    Mais je suis d’accord pour dire qu’il y a quelque chose de déplacé dans la façon dont cette libération a été traitée par les médias et par les politiques. Et je suis moi aussi partagée entre un sentiment de grand soulagement et de grand bonheur pour cette femme et sa famille, et un sentiment de malaise, presque de suspicion face au caractère trop exceptionnel, trop parfait, trop public et à la fois trop privé de cette affaire. 

    Ce qui ne devrait être qu’une bonne nouvelle porteuse d’espoir se transforme en mascarade indécente. C’est dommage, parce que l’événement ne devrait être que beau, et il en devient, je trouve, malsain...

  • geo63 (---.---.---.152) 4 juillet 2008 12:08

    Je suis assez d’accord avec l’ensemble de vos arguments, mais j’aurais choisi comme titre :
    "pourquoi l’exploitation de la libération d’Ingrid Bétancourt me met mal à l’aise".
    Quoi qu’il en soit, l’obscénité de la scène médiatique est de plus en plus insupportable.
    Nous allons vers l’émergence d’un royaume absolu de la beauferie.

    • DD (---.---.---.225) 4 juillet 2008 12:15

      Je reconnais que j’ai mal formulé le titre de l’article. C’est en effet l’exploitation et le traitement politico-médiatique de la libération que je conteste, et non pas la libération en elle-même.

  • Radix (---.---.---.204) 4 juillet 2008 12:09
    Radix

    Bonjour

    La libération d’Ingrid Bétancourt vous met mal à l’aise, moi aussi mais pas du tout pour les mêmes raisons.

    Vous insinuez qu’elle s’est jetée dans les bras des Farcs ? Je ne le pense pas, elle a juste commis une erreur d’appréciation en pensant qu’ en allant dans une zône qui était contrôlée par celle-ci pour y faire sa campagne électorale elle montrerait à cette moitiée du pays qu’ils n’était pas oubliés et qu’elle voulait une réconciliation.
    Mais les Farcs avait déjà basculées dans une autre logique, moins politique et plus mercantile.
    Son enlèvement a bien arrangé Uribe qui a été réélu tranquilement et a continué la politique de corruption et d’assassinats de ses prédecesseurs à travers les paramilitaires : la même qui avait conduit à la création des Farcs !
    La "libération" d’Ingrid par l’armée colombienne est une farce, il n’y a pas eu infiltration des Farcs mais reddition de deux commandants. Uribe, qui a fait échouer toute les négociations auparavant en organisant des fuites d’informations, voulait reprendre l’avantage en faisant oublier ses manoeuvres.

    C’est cela qui me met mal à l’aise et que les médias présentent la Colombie comme une démocratie, ce qu’elle n’est plus depuis longtemps !

    Une démocratie n’assassine pas ses citoyens et ses élus uniquement parce qu’ils ont le tort de penser différemment !

    Radix

    • DD (---.---.---.225) 4 juillet 2008 12:18

      Je souscris tout à fait à votre critique de la politique colombienne. Mais que l’on ne nous fasse pas croire que l’inteligentsia parisiano bien-pensante soit pour quelquechose dans la libération.

    • Radix (---.---.---.204) 4 juillet 2008 12:37
      Radix

      Bonjour

      Vous vivez dans un microcosme pour penser que "l’inteligentsia parisiano bien-pensante" puisse avoir la moindre importance aux yeux du provincial que je suis, je m’intéresse à la Colombie et au courageux combat d’Ingrid pour mettre un peu de démocratie dans ce pays.

      Ceci dit pouvez-vous m’expliquer pourquoi vous avez dit qu’elle s’était "jetée dans les bras des Farcs" ?

      Radix

    • Emile Red (---.---.---.41) 4 juillet 2008 12:48
      Emile Red

      Si l’article m’est bien sympathique sur certains points, Radix, je ne peux qu’être d’accord avec vous sur le traitement du gvt Uribe et de la Colombie en général.
      Il n’y a pas un bon (Uribe) et des méchants (Farcs), mais bien une approche totalement erronée de ce qui se passe là bas, au profit d’intêrets géopolitiques qui dépassent largement le seul fait divers que sont les enlèvements.

      L’auteur parle de l’infréquentable Chavez qui, jusqu’à preuve du contraire, garde les mains hors sang, et omet la collusion d’Uribe et des paramilitaires qui ont non seulement massacré à qui mieux-mieux mais ont aussi utilisé l’enlèvement comme moyen de rétorsion.

      Le comportement politique d’Uribe est une copie conforme de celui des farcs, seul changent la position idéologique et les intêrets servis. Ce manichéïsme perpétuellement entretenu par les médias, que ce soit dans un sens ou dans l’autre, élude en permanence le peuple Colombien qui souffre au même titre des Farcs que de cette politique ultra-répressive. Maintenant il est utile de comprendre (sans la cautionner...) la démarche des Farcs et de dénoncer l’implication des politiques des deux grands partis dans les trafics en tout genre. Et c’est ici que Bétancourt vient biaiser l’information en focalisant sur un sujet porteur masquant l’ensemble des problèmes Colombiens.

    • ZEN (---.---.---.163) 4 juillet 2008 13:18
      ZEN

      Sur MEDIAPART, un journaliste remet en cause lal version hoolywoodienne du gouvernement colombien :

      www.mediapart.fr/journal/france/040708/liberation-d-ingrid-betancourt-ce-que-ne-dit-pas-la-version-officielle

    • Yves Rosenbaum (---.---.---.236) 4 juillet 2008 13:58
      Yves Rosenbaum

      Très intéressante le lien, Zen...

      @ l’auteur : fort bon article. Je partage votre sentiment général

    • DD (---.---.---.225) 4 juillet 2008 14:03

      Bonjour Radix,

      Je vous invite à relire l’article.
      En effet, à aucun moment je ne dis qu’Ingrid betancourt "s’est jeté dans les bras des FARC". Je ne l’ai jamais prétendu et jamais pensé, car cela sous-entendrait qu’ Ingrid Betancourt souhaitait tirer profit de son enlèvement éventuel, ce que je ne crois absolument pas.

      Deuxièmement, vous dites "Vous vivez dans un microcosme pour penser que "l’inteligentsia parisiano bien-pensante" puisse avoir la moindre importance aux yeux du provincial que je suis".
      Je suis d’accord avec vous, cela n’a aucune espèce d’importance ; ce que je voulais dire, c’est que ces gens-là ont le quasi-monopole de la parole et de l’opinion dans les médias.

    • Radix (---.---.---.204) 4 juillet 2008 14:13
      Radix

      Bonjour

      Je vois que l’auteur a lâché pied et ne s’intéresse quà la surface des choses, à la mousse médiatique, il a oublié de se documenter sur la situation réelle en Colombie et ne répète que des choses vues ou entendues dans des médias qui ne sont que le reflet de "l’inteligentsia parisiano bien-pensante"... très bien pensante !

      Radix 

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