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Pourquoi les pays civilisés instaurent-ils des lois mémorielles ?

Avant de répondre à cette question, j'aimerais préalablement aborder un problème subsidiaire qui se donne l'air d'être hors-sujet alors qu'il est manifestement connexe à la question posée, à savoir “Pourquoi la dialectique du Maître et de l'Esclave n'a-t-elle jamais été opérée ?”

Tout simplement parce que celui qui prétendait exposer sa théorie à ce sujet oubliait de dire une chose fondamentale, à savoir qu'il faisait lui-même partie des esclaves, en conséquence de quoi toute sa vision ne se concevait que de son point de vue à lui, celui des esclaves, et non du vrai point de vue, celui des maîtres.

Car l'Esclave se croit Maître au motif qu'il a une fonction officielle dans la société, un salaire étatique, la pérennité de sa position en tant qu'indéboulonnable, l'accès aux augustes péristyles, une chaire, une médaille sur la poitrine, de l'audience, et que sais-je d'autre encore ?

Or, soit un objet quelconque, il y aura dans les cas fondamentaux deux définitions de cet objet, celle de l'Esclave et celle du Maître : elles ne sont pas du tout les mêmes et n'ont même rien à voir entre elles.

Il en résulte qu'il y a deux définitions de l'Esclave, celle des esclaves et celle des maîtres, et également deux définitions du Maître, celle des esclaves et celle des maîtres.

Du point de vue des esclaves, l'Esclave est celui qui est au bas de la société, qui obéit à des ordres, qui est pauvre, et ainsi de suite ; et le Maître, de ce même point de vue servile, celui qui est en haut de la hiérarchie sociale, qui est riche et puissant, et ainsi de suite.

Mais ce point de vue n'est pas celui des vrais maîtres c'est-à-dire des maîtres du point de vue des maîtres.

Socrate, qui marchait pieds nus et ne possédait rien, nous paraît être un vrai Maître c'est-à-dire un maître du point de vue des maîtres : il a d'ailleurs été assassiné par les maîtres du point de vue des esclaves, ceux qui croyaient être les maîtres c'est-à-dire les esclaves du point de vue des vrais maîtres.

La dialectique du Maître et de l'Esclave, la seule possible, est celle qui s'opère du point de vue des maîtres, pas ceux qui se croient maîtres ne l'étant pas mais des vrais maîtres, les maîtres du point de vue des maîtres.

Cette dialectique n'a jamais été opérée par personne, elle a seulement été brièvement ébauchée dans “Zur Genealogie der Moral”, Friedrich Wilhelm en a indiqué les bases mais ne s'est pas attardé à ce sujet.

À partir de là, on constate que, du point de vue des vrais maîtres, ce qui caractérise les esclaves, c'est la mémoire, et ce qui caractérise les maîtres, c'est l'oubli.

L'esclave n'oublie jamais rien et ne veut rien oublier car il soutire un bénéfice industriel de la mémoire, il institutionnalise la mémoire qu'il appelle emphatiquement “devoir de mémoire” pour se donner l'air d'enfoncer le clou et poser ce principe comme allant de soi, il s'approprie le monopole de la souffrance à travers les siècles par un regard mémoriel tout entier tourné vers le passé, revendiquant une tradition, des millénaires, tout un bric-à-brac très caractéristique de l'Esclave qui ne sait pas se délester de toute cette vermine (Gewürm scripsit Fredericus Wilhelmus) qui au contraire s'incruste en lui définitivement, sans possibilité de libération.

Voilà donc pourquoi les pays civilisés instaurent des lois mémorielles : ces lois permettent de réaffirmer le caractère servile de ceux qui se prennent pour des maîtres avec, en prime, de façon involontairement cynique, toute la bonne conscience possible et imaginable puisque ce sont eux, les esclaves, qui en font la demande expresse à grands renforts de jérémiades éplorées, selon l'habituelle méthode des inférieurs d'obtention d'un avantage.

Ces faux maîtres pourront tout avoir un jour ou l'autre, on pourra tout leur donner, tout l'argent du monde et tout le pouvoir : ils n'en resteront pas moins ce qu'ils sont à savoir des esclaves, ce qui fait qu'ayant tout, ils n'auront rien.




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Les réactions les plus appréciées

  • Par flesh (---.---.---.84) 21 août 2012 08:26
    flesh

    Où ai-je dit que j’étais fan de Nietzsche ? Mon prof de philo me l’avait fait découvrir en terminale. J’avais trouvé son style excellent, j’étais assez d’accord avec sa critique de la morale et de la religion. En revanche sa mysoginie et son soutien à l’esclavagisme m’avait franchement outré... Donc raté papa, je ne vais sans doute pas me jeter au cou d’un cheval.


    Mais revenons-en à nos moutons, car ce n’est pas de Nietzsche dont il s’agit mais de vous - j’espère que vous l’aurez enfin compris. Vous descendez un auteur et insultez ceux qui l’apprécient sans être foutu de sortir le moindre argument pour justifier votre dires. Ce procédé lamentable en dit long sur votre psychologie.
  • Par sylvie (---.---.---.200) 20 août 2012 12:10

    Lol, et une poignée de tranxème pour le camarade dura, il vaut mieux qu’il ne développe pas trop ce point très particulier...

  • Par Jason (---.---.---.218) 20 août 2012 12:16
    Jason


    Etre esclave n’est pas une fatalité. On peut se libérer par la pensée de cet état qui détruit la personne.

    Vouloir réduire le devoir de mémoire au seul pôle maître-esclave, c’est binaire et stérile. Sortez de ce modèle, le monde vous paraîtra beaucoup plus libre et les idées fécondes reviendront à vous.

  • Par louphi (---.---.---.112) 20 août 2012 15:45

    durae.leges.sed.leges

    Vous résumez votre dialectique du maître et de l’esclave par cet aphorisme : « ce qui caractérise les esclaves, c’est la mémoire, et ce qui caractérise les maîtres, c’est l’oubli ».

    Cette dialectique n’est pas réelle. C’est une pure fiction. C’est plutôt l’inverse qui semble proche de la réalité, à savoir que « ce qui caractérise les esclaves, c’est l’oubli, et ce qui caractérise les maîtres, c’est la mémoire ».

    En effet, pour être bref, les esclaves n’ont pas le temps de ressasser leur mémoire. Ils passent leur temps à servir leurs maîtres. Ils n’ont pas non plus les moyens de conserver leur mémoire, car tous les moyens pour conserver la mémoire appartiennent à leurs maîtres.

    Par contre, les maîtres passent leurs temps à ressasser leur mémoire, à l’entretenir, à la conserver, à la transmettre à leur descendance. C’est leur passe-temps favori. C’est ainsi que l’aristocratie phallocrate grecque a institué son homosexualité et sa pédophilie comme base du système éducatif de la société grecque, puisque Anaxandre évoque les gréco-romains. Et les maîtres font tout, pour que les esclaves ne puissent jamais accéder à leur mémoire, car c’est là le plus grand danger pour les maîtres.

    Qu’est-ce que la mémoire sans conscience, si on ne parle pas dans le vide d’une fiction ? L’esclave n’a aucune conscience de la mémoire. Il s’agit de la mémoire historique. Votre dialectique va à l’encontre de celle de Karl Marx, Friedrich Engels, Lénine et Staline, ces grands maîtres de la dialectique matérialiste et historique, pour qui, la conscience de l’esclave, et donc sa mémoire, ne peut venir à lui que de l’extérieur, c’est-à-dire des intellectuels révolutionnaires issus plus ou moins de la classe des maîtres.

    Votre dialectique n’en n’est pas une ! C’est une pure fiction !

    Quant à savoir, comme vous posez la question, pourquoi les pays civilisés instaurent des lois mémorielles, voici la réponse. Les pays civilisés instaurent des lois mémorielles pour se donner bonne conscience, et surtout pour enlever aux masses populaires qu’ils exploitent toute possibilité d’accéder à leur propre mémoire, pour embrouiller tout message allant dans le sens de l’acquisition de cette mémoire, pour empêcher toute idée de révolution prolétarienne.

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