En ce début d'année, j'ai eu une illumination, il s'est passé un miracle du nouvel An. Quand on discute avec quelqu'un n'étant pas forcément d'accord avec vous, on croit souvent que la personne en face a réfléchi longuement sur ses engagements, s'est posé toutes les questions relatives à ces engagements, sait se remettre en cause et remettre en causes ses opinions.
Je prenais quant à moi toujours au sérieux, ou presque, ces engagements affichés, respectant finalement toujours celle ou celui ne pensant pas comme moi, car étant persuadé que ce qu'elle affirmait penser et faire était profond. Je dis ou presque car je me rappelais bien de ce camarade des bancs de la fac, communiste révolutionnaire selon ses dires, et capable de virer des personnes de leur logement quelques années plus tard, comme j'ai pu lire qu'il le fit, ironiquement non loin des lieux mêmes où nous étudions et où il lui arrivait de prononcer ces homélies enflammées pour la Révoluation et la libération de tous les prolétaires..
C'était une grossière erreur, les opinions affichées par telle ou telle personne, qu'elle soit de gauche ou de droite, mais c'est mieux vu d'être de gauche, et, ou de passer pour rebelle, ces opinions reflètent essentiellement la posture que prend la personne, sa pose qu'elle tient sur Internet ou dans la vie pour raison « x » ou « y ».
Et à notre époque où l'apparence est reine, la posture est le plus important, les opinions sont presque secondaires finalement :
Cela va de la compensation d'une frustration réelle ou imaginaire quand elle était plus jeune aux conséquences d'un complexe social ou non d'infériorité.
Le complexe d'infériorité ne nait la plupart du temps que du ressentiment contre la société de ne pas pouvoir être autant consommateur qu'on le souhaiterait. C'est pour cela que le pseudo-révolté ne respectera au fond que le fric encore et toujours malgré ses textes parfois enflammées contre les riches z-et les privilégiés dont il voudrait être.
On dit à la fois tout et son contraire, pour se mettre en avant et plaire au chaland, être reconnu pour ce que l'on s'imagine être une vie intérieure intense alors qu'il ne s'agit la plupart du temps que d'opposer des certitudes à d'autres certitudes, ou de balancer autant de lieux communs que possible, des lieux communs qui parfois s'opposent entre eux mais ce n'est pas très grave aux yeux de celui ou celle qui se contredit tout seul.
Il y a bien sûr, mais de moins en moins le complexe d'infériorité culturelle : Actuellement, il y a un paradoxe très fort quant à l'appréciation de la littérature : un complexe d'infériorité, confinant parfois à la haine du livre, de ceux qui n'ont pas lu, lié également à une mise au même niveau de toutes les œuvres, Julien Gracq à égalité avec Nothomb et Alexandre Jardin, et un mépris pour le savoir en général et le littéraire en particulier. Ce qui change cependant est que les ignares sont de moins en moins discrets.
La posture rebelle, révolté de salon, révolutionnaire en charentaises, vient le plus souvent de petits bourgeois gâtés par la vie, matériellement s'entend, favorisés qui par le portefeuille de PapaMaman, qui par des réseaux, qui s'en sentent la plupart du temps coupables et cherchent à se déculpabiliser en adoptant ce qu'il s'imagine être l'attitude type ou du voyou ou de l'anarchiste genre Brassens, qu'ils portent aux nues car finalement celui-ci comme d'autres icônes du même acabit se mettaient en marge de la société en quelque sorte par procuration, ce qui permet aux petits bourgeois de rester fondamentalement un petit bourgeois et cependant de se sentir mieux dans sa peau, libéré, décomplexé, décomplexé le plus souvent d'être ignare ou inculte, trouvant en plus sur le réseau des spécimens dans son genre, auprès de qui il fait illusion, ou d'impressionner deux ou trois comparses en étalant son maigre bagage.
Notez bien que quand je parle de petits bourgeois ici, je ne parle pas seulement de la caricature commode trainant encore dans notre société, BCBG, ou NAP (Neuilly, Auteuil, Passy), en lodens et Cyrillus ™ qu'il pleuve ou qu'il vente. Un petit bourgeois est un petit bourgeois quelle que soit son apparence, son look ou son sentiment de l'être ou pas, qu'il le veuille ou pas...
Le plus souvent, les faux rebelles, les rebellocrates ou « mutins de Panurge pour reprendre l'expression de Philippe Muray me rappellent cette citation de Kléber Haedens parlant de Voltaire :
« Voltaire, conservateur, antidémocrate convaincu, il plaît à la foule parce que ses idées sont simples, superficielles, correspondent aux vœux du plus grand nombre et s’expriment dans une forme alerte, vive et plaisante" (note personnelle : Je suis étonné que les thuriféraires de Stéphane Hessel n'aient pas parlé de Voltaire, icône presque aussi inattaquable que Zola, à son propos). »
Contredire ces faux rebelles, ce n'est donc pas contredire leurs opinions à leurs yeux, leurs certitudes ou les lieux communs qu'ils avancent sans vergogne constamment, et sans se lasser, c'est remettre en cause leurs personnes et le rôle qu'ils jouent, qu'ils confondent avec la vérité de leur être, ne sachant plus très bien ce qui tient du réel, ce qui tient du virtuel, ce qui tient de la vérité intérieure, ce qui tient du reflet que l'on voudrait avoir dans le miroir.
Les contredire c'est les renvoyer à leur imposture, à ce qu'ils sont en vérité. C'est les obliger à un peu de lucidité sur eux-mêmes, ce qu'ils ne veulent surtout pas. Et ils savent très bien qu'ils finiront bien un jour par suivre les rails comme tout le monde, et rentrer dans le rang, car ils n'ont en fait jamais songé à vraiment en sortir.
Ci-dessous, encore des petits bourgeois voulant êtres "des voyous, vrais de vrais hors la loi..."

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