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Primaires citoyennes : pour moi, c’est Montebourg !

N’étant pas membre du Parti Socialiste, je n’envisageais pas forcément de voter aux Primaires qui se tiendront les 9 et 16 octobre prochains. Mais ces dernières ne concernent pas seulement la rue de Solférino, et c’est pourquoi il faut davantage parler de Primaires citoyennes, que de Primaires socialistes. Elles s’adressent en effet à l’ensemble du peuple de Gauche, c’est-à-dire à tous ceux qui se reconnaissent dans des valeurs de progrès et de solidarité ; alors j’y suis venu petit à petit. Une fois passé le désastreux épisode de l’affaire Strauss-Kahn, j’ai écouté les uns et les autres, j’ai regardé les propositions de chacun, et j’ai suivi les débats télévisés. Pour moi, le discours du parlementaire de Saône-et-Loire est le plus convaincant.

La mondialisation, en soi, n’est pas mauvaise, et ne renvoie pas uniquement aux échanges économiques. On devrait plutôt se réjouir de vivre dans un village planétaire où les barrières tombent et où les distances s’effacent, en particulier grâce à Internet et aux réseaux sociaux. Mais ce n’est évidemment pas le fait que les échanges s’internationalisent, notamment en matière d’information, de communication ou de voyages, que dénonce Arnaud Montebourg dans son petit essai Votez pour la démondialisation !, publié chez Flammarion. Non, ce qu’il entend combattre, ce sont des pratiques qui, faute de contrôles efficaces, se développent sur un mode inéquitable, et aboutissent au creusement des inégalités. Quand il parle de « mettre au pas les banques et les marchés financiers », il met en avant la nécessité de réguler un système devenu irrationnel, qui livre l’espace public sans garde-fous aux intérêts particuliers et prédateurs. Arnaud Montebourg tient à cet égard un discours profondément républicain de retour à la raison contre la loi du plus fort. La République plus forte que la mondialisation, c’est justement le sous-titre de son ouvrage.

Ce projet de sauvegarde du bien commun, abondamment caricaturé par des détracteurs-faussaires (un idéaliste, disent-ils, qui voudrait renvoyer le monde à la bougie, et pourquoi pas à l’âge de pierre), est taxé d’irréalisme. Pas réaliste, vraiment ? La critique pourrait être recevable si elle s’appliquait à l’un de ces idéologues d’extrême-gauche qui ne s’est jamais trouvé aux responsabilités. Arnaud Montebourg, au contraire, en exerce, des responsabilités. Il a conduit voilà quelques années, avec Vincent Peillon, une mission d’enquête parlementaire sur la lutte contre les paradis fiscaux. Il a régulièrement alerté l’opinion sur les dangers présentés par des systèmes de spéculation boursière opaques ; et il n’est pas déraisonnable de penser aujourd’hui que, si la lucidité d’Arnaud Montebourg avait été mieux reconnue, on se serait évité bien du sang et des larmes en 2008, puis en 2011. Quant à Emmanuel Todd, qui signe la préface de Votez pour la démondialisation !, comment peut-on sérieusement lui attribuer un manque de réalisme ? Entre des moqueurs qui sont incapables d’anticiper les bouleversements du monde contemporain et un spécialiste qui, avec quelques longueurs d’avance, a été en mesure de prévoir la chute de l’URSS ou les mutations du monde arabe, j’ai la faiblesse de penser que les « réalistes » et les « modernes » ne sont pas les persifleurs qui se rient de ceux qui savent regarder au-delà des apparences.

Arnaud Montebourg, en osant le terme de « protectionnisme », ne prône du reste nullement le retour aux frontières de la vieille France, mais prend en compte avec bon sens le fait que dans la mondialisation, le stade des Etats-Nations est dépassé, et qu’il est désormais indispensable de raisonner en termes de grands pôles géographiques : l’Amérique du Nord, la Chine… donc l’Europe. Et c’est bien une forme de protectionnisme européen qu’il revendique, le seul qui permettrait de rétablir l’équilibre entre les vastes ensembles économiques du XXIe siècle. Mieux encore, il envisage un protectionnisme vert qui intègrerait les préoccupations liées au développement durable et à l’écologie. La réindustrialisation de la France pourrait aller de paire avec de telles préoccupations, et pourrait d’ailleurs s’appuyer sur le développement de nouvelles filières de production, par exemple en vue de fournir les matériels nécessaires au respect de normes environnementales. Ce programme permettrait de créer des emplois. Il pourrait en outre participer à la revalorisation des filières de l’enseignement professionnel qui formeraient les futurs techniciens capables de gérer les outils dont les « énergies vertes » ont besoin (panneaux photovoltaïques, systèmes d’isolation innovants, etc).

Cependant, c’est sans doute la question constitutionnelle qui retient au final le plus mon attention dans le discours d’Arnaud Montebourg. Ce dernier, tout en défendant l’idée d’un passage à une VIe République, met le doigt sur un problème essentiel de la Ve. En France, on a toujours tendance à abandonner le pouvoir à ceux qui exercent des responsabilités. Au point de s’enfermer dans des logiques d’appareil contraires au maintien de la démocratie. Celui qui détient une autorité se trouve systématiquement couvert par l’Etat, par l’institution, voire par le parti politique dont il est issu ; alors que, dans une véritable république, n’importe quel responsable devrait rendre des comptes devant le peuple et des contre-pouvoirs ; c’est-à-dire être mis en cause, et éventuellement destitué s’il manquait à ses devoirs. Parce que, lorsque le pouvoir détourne un bien public au profit d’intérêts particuliers, le peuple doit pouvoir le dénoncer comme illégitime. Il faut pouvoir mettre en cause le mandataire qui rompt le contrat social et moral qui le lie aux citoyens. Arnaud Montebourg est à cet égard parfois caricaturé en Saint-Just ou en Robespierre. S’il ne fallait retenir que la Terreur, il serait bien sûr facile de stigmatiser ces révolutionnaires pour leurs méfaits. Pourtant, il reste un de leurs textes qui gagnerait à être connu : le Projet de Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, adopté par le club des Jacobins le 21 avril 1793, mais repoussé par la Convention le 24. Il rappelle qu’un gouvernement n’est qu’un instrument au service du peuple et des citoyens :

« Article premier : Le but de toute association politique est le maintien des droits naturels et imprescriptibles de l’homme, et le développement de toutes ses facultés. »

D’où l’énumération d’une large série de garde-fous afin de prévenir les détournements institutionnels. Plusieurs articles insistent sur le fait que les responsabilités occupées dans le cadre d’un service ne sont nullement assimilables à un privilège, mais renvoient à une activité devant faire l’objet d’un contrôle public :

« Art. 32. Les fonctions publiques ne peuvent être considérées comme des distinctions ni comme des récompenses, mais comme des devoirs publics. »

« Art. 33. Les délits des mandataires du peuple doivent être sévèrement et facilement punis. Nul n'a le droit de se prétendre plus inviolable que les autres citoyens. »

« Art. 34. Le peuple a le droit de connaître toutes les opérations de ses mandataires ; ils doivent lui rendre un compte fidèle de leur gestion, et subir son jugement avec respect. »

Le parlementaire de Saône-et-Loire a toujours dénoncé ces administrateurs douteux qui s’abritent derrière un appareil qui les couvre pour échapper à d’éventuelles poursuites, y compris dans son propre camp : le président Chirac, Jean-Noël Guérini, DSK… On pourrait ajouter ces hauts fonctionnaires, recteurs de l’Education nationale par exemple, qui ont tendance à étouffer les pires dysfonctionnements dans leurs fiefs, quitte à prendre un bouc émissaire qu’ils n’hésiteront pas à casser, au lieu de mener les actions qui conduiraient à vraiment améliorer la qualité du service. La VIe République qu’Arnaud Montebourg appelle de ses vœux permettrait d’avoir le cadre pour réaliser ces évolutions nécessaires à une grande démocratie. Manuel Valls, attaché aux institutions de la Ve République, se révèle au bout du compte, derrière son « parler vrai », un gestionnaire à courte vue. Arnaud Montebourg, lui, propose une vision, et c’est là le moins que l’on puisse demander à un responsable politique.

Alors, pour abolir la monarchie républicaine qui nous étouffe et pour faire enfin entrer la France dans le XXIe siècle, votez et faites voter Arnaud Montebourg ! 

Daniel Arnaud

Philosophe et auteur de La République a-t-elle encore un sens ?, L’Harmattan, 2011.

http://www.decitre.fr/livres/La-republique-a-t-elle-encor...

J'étais cette semaine l'invité de Lisa d'Orazio sur Radio Alta Frequenza :

http://www.dailymotion.com/video/xlc7ej_alta-tv-in-prima-...

par Daniel Arnaud (son site) lundi 3 octobre 2011 - 24 réactions
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  • Par devphil30 (xxx.xxx.xxx.62) 3 octobre 2011 11:15

    D’accord avec vous

    Donnons lui du poids politique par les primaires afin de le voir au gouvernement dans un ministère ( économie et finance par exemple ) , j’en vois déjà qui deviennent livide ....

    Philippe
  • Par funkyzarathoustra (xxx.xxx.xxx.175) 3 octobre 2011 11:37

    J’ai la même démarche. je souscris totalement à son projet de démondialisation, projet véritablement de gauche et républicain. J’étais hier à son meeting à l’espace Reuilly vraiment très bien. 

    Bruno
  • Par Daniel Arnaud (xxx.xxx.xxx.93) 3 octobre 2011 13:45
    Daniel Arnaud

    Madame,

    Vous me citez... pour mieux dénaturer mes propos. Vous laissez entendre, en relevant que je parle d’"acquis libéraux" à défendre, que je serais "atlantiste" et ultralibéral en matière d’économie.

    Vous dites m’avoir lu sur le site du nouvelobs.com. Vous auriez dû me lire davantage, car vous auriez pu constater que lorsque je me dis "libéral", c’est en réhabilitant le libéralisme dans sa dimension politique. On l’oublie souvent, et c’est bien dommage, mais ce terme désigne initialement la défense des libertés individuelles, des droits de l’homme, la lutte contre le pouvoir absolu et l’arbitraire. C’est aux libéraux des XVIIIe et XIXe siècles que nous devons la plupart de nos conquêtes démocratiques, en particulier la séparation des pouvoirs et le suffrage universel.

    C’est en ce sens-là qu’il m’arrive d’évoquer des acquis libéraux, qui sont tout aussi important que les acquis sociaux. Mieux encore, je soutiens que l’ultralibéralisme économique, parce qu’il abouti à l’asservissement de certains hommes par d’autres, contredit précisément ce libéralisme initial, qui se voulait émancipateur.

    Vous semblez vous poser en "antilibérale" : êtes-vous donc contre la liberté de la presse, contre les pouvoirs du parlement, et contre les droits de l’homme ?

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